Mars avance comme un lion dans le manga-phénomène de Chica Umino

2 mars 2017 0 commentaire
  • Succès public et critique au Japon depuis une dizaine d’années, "March comes in like a lion", le manga de Chica Umino, nous arrive enfin, ce qui constitue pour les amateurs de mangas un évènement à ne pas manquer ! Ainsi nous pouvons enfin faire connaissance de Rei et des sœurs Kawamoto, que la vie n’a pas épargnées et qui continuent coûte que coûte d’avancer pour ne pas sombrer…

Chica Umino a connu un beau succès en France il y a presque dix ans avec Honey and Clover, un Josei Manga [1] d’une dizaine de tomes publié chez Kana entre 2007 et 2008, grâce entre autres à une adaptation animée de qualité diffusée de 2005 à 2006.

Chica Umino acheva cette série en 2006 et débuta l’année suivante March Comes in like a Lion qui nous arrive seulement aujourd’hui près de dix ans après Honey and Clover. Un délai qui peut s’expliquer par plusieurs éléments.

Tout d’abord laisser le temps à la série d’avancer pour la proposer en France avec suffisamment de tomes – actuellement douze au Japon. Avec un à deux tomes par an, il fallait un certain temps pour constituer une marge suffisante. Ensuite, une adaptation animée se trouve actuellement en cours de diffusion (sur Wakanim pour les pays francophones) : débutée en octobre, elle se terminera en mars, et constitue une fenêtre de tir idéale pour le manga.

De plus cette adaptation animée se révèle d’une qualité exceptionnelle : dirigée par Akiyuki Shinbo, le réalisateur vedette du Studio Shaft, qui apparaît particulièrement inspiré par March Comes in like a Lion et livre un travail de haute volée.

Mars avance comme un lion dans le manga-phénomène de Chica Umino
© 2008 Chica Umino / HAKUSENSHA

Pour l’anecdote, alors que je lisais le premier tome dans le métro parisien je fus abordé par une personne qui suit actuellement cette adaptation animée : elle plaisanta sur le fait que je risquais de le « spoiler » ! Un exemple inattendu de la popularité naissante du titre en France.

Au Japon, la série apparaît déjà bien installée. D’abord au niveau institutionnel : en remportant en 2011 le prix Manga Taishô (décerné par les libraires) et en 2014 le Grand prix du prix culturel Osamu Tezuka.

Et les ventes ne sont pas en reste : avec en 2016 un tome cumulant à 630 000 exemplaires, il s’agit du titre numéro un de l’éditeur Hakusensha (Le Pacte des Yokai, Skip Beat ! et Berserk), et du dix-septième titre le plus vendu sur l’année pour un tome.

Bref un succès critique et public qui nous arrive aujourd’hui et qui a toutes les qualités nécessaires pour séduire un large public. Alors de quoi s’agit-t-il ? Une possibilité serait de le présenter comme un titre traitant de shôgi, les échecs japonais.

En effet son héros, Rei Kiriyama, est un jeune homme de 17 ans, joueur de shôgi professionnel, qui vit seul dans un petit immeuble de Rokugatsu-Chô, un quartier de Tokyo où se trouve essentiellement des entrepôts et des entreprises.

© 2008 Chica Umino / HAKUSENSHA

Pourquoi Rei vit seul ? Comment est-il devenu un joueur professionnel si jeune ? Telles sont les quelques questions que distille le récit lors de ses premiers chapitres et y répond petit à petit. Le lecteur découvre les différentes tragédies qui ont parsemés la courte existante de Rei, et surtout la culpabilité qui l’habite.

Rei culpabilise d’être en vie, se considérant comme un mal qui détruit tout ce qu’il touche. Mais en même temps il se trouve habité par une rage de vivre qui le pousse à toujours aller de l’avant. Pour cela il a le shôgi, la seule chose qu’il possède réellement et qui lui permet de survivre dans ce monde cruel.

Ainsi, dire qu’il s’agit d’un manga de shôgi, au sens sportif ou compétition, comme c’est le cas par exemple avec Chihayafuru, n’est pas tout à fait exact. Le shôgi reste dans un premier temps en toile de fond et les matchs de Rei demeurent des moments de « travail » qui ponctuent « simplement » sa vie triste et solitaire. Il faudra attendre les tomes trois et quatre pour que les tournois de shôgi commencent à prendre davantage de place, une fois le personnel du récit installé.

Si la teinte de Rei, héros paradoxal, se rapporte à la « la nuit », « le jour » est présent sous les traits des trois sœurs Kawamoto. Elles vivent dans le quartier voisin, Sangatsu-chô, lieu de vie où Rei se rend régulièrement en traversant un immense pont.

Akari, 21 ans, élève ses deux jeunes sœurs, Hina, 13 ans, et Momo, allant à l’école maternelle. Leur mère et leur grand-mère sont mortes, et leur grand-père les aide un peu. Du père il n’est jamais question. Akari a l’habitude de ramener les chats perdus et de les engraisser, et c’est un peu ce qu’elle va faire avec Rei en le trouvant et le ramenant un jour chez elles.

© 2008 Chica Umino / HAKUSENSHA

Pour les sœurs Kawamoto la vie n’a pas non plus toujours été tendre mais leur joie de vivre et leur positivité vont servir de point d’encrage émotionnel à Rei, apportant des moments de « vie » à son existence relativement sèche.

Sur cette base, Chica Umino tisse un manga tour à tour pesant, mélancolique, comique et tendre. Son graphisme et en particulier son découpage fluide installent un dynamisme et un lyrisme particulièrement saisissant.

Les ruptures de tons et les histoires, parfois un peu chargées, s’enchaînent avec une fluidité étonnante, fait d’une maîtrise narrative authentique, qui permet d’émouvoir et de faire rire presque dans la même page.

Derrière ce titre étrange et un peu long, qui fait référence à la fin du tournoi de rangs, se déroulant en mars, où les joueurs de shôgi doivent se changer en lion afin de protéger ou d’améliorer leur rang (une descente équivaut à une perte de revenu significative), March Comes in like a Lion se présente comme un titre puissant, une chronique du quotidien de ceux qui ont tout perdu et cherchent à se reconstruire.

Un incontournable de ce début d’année, étonnant et fascinant.

© 2008 Chica Umino / HAKUSENSHA

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

March comes in like a lion T1 & T2. Par Chica Umino. Traduction Misato Raillard. Kana, collection "Big Kana". Sortie le 17 février 2017. 240 pages. 5,95 euros & 7,45 euros.

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Chica Umino sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 10 de Honey and clover

[1Josei : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale des femmes adultes.

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