Midam : "Je ne peux pas garantir que je serai encore chez Glénat l’année prochaine..."

24 septembre 2018 0 commentaire
  • Nous vous l'avions annoncé dans notre article consacré à la rentrée des galeries BD, Midam expose actuellement dans la toute nouvelle galerie Huberty & Breyne, située dans le quartier branché de la capitale belge, place du Châtelain à Bruxelles. Un nouvel écrin de 1000 m² pour une nouvelle expérience artistique, il fallait bien cela pour libérer la folie créative de l'auteur de Kid Paddle !
Midam : "Je ne peux pas garantir que je serai encore chez Glénat l'année prochaine..."

Est-ce votre première expo-vente ?

Midam : Oui, c’est ma première expo-vente. J’avais fait une exposition de planches à Angoulême il y a environ quinze ans. Ce qu’il se passe ici, chez Huberty & Breyne, n’a rien à voir car il s’agit d’abord d’une expo-vente. Ensuite, vous remarquerez que les planches sont très peu présentes parce que l’idée était de proposer principalement des illustrations. Je ne suis pas du tout friand d’exposition de planches de BD parce que, encore aujourd’hui, et c’est certainement plus vrai encore pour mon travail, je pense que c’est juste une phase intermédiaire. La phase finale c’est ce que l’on trouve en couleurs dans les bouquins. Je ne comprends pas pourquoi on achète des choses qui ne sont pas finalisées. Si l’on m’avait dit un jour que la finalité d’une planche de BD serait d’être exposée, j’aurais travaillé des noirs. Kid Paddle n’aurait pas eu une casquette verte mais noire. Parce que plus on met du noir, plus cela balance une planche. Tout ce qui est vert, rouge ou bleu peut devenir noir. C’est donc pour cela que je tenais à faire plutôt des illustrations.

Tant qu’à faire une exposition, il faut que celle-ci soit spectaculaire. Il faut qu’il y ait des couleurs, mais pas des choses qui vous font cligner des yeux lorsque l’on est à cinq pas. Tandis qu’une planche de BD exposée, dont vous vous tiendriez à dix mètres en face d’elle, que ce soit une planche d’Hergé ou de n’importe quel autre auteur, eh bien, on ne voit pas la différence. Bon, ça pourrait passer dans une petite galerie mais ici, l’espace est tellement grand qu’il faut l’habiter de manière différente.

C’est ainsi que je suis passé à des grands formats, d’abord parce que mes cases de BD font 7,5 cm de hauteur et que j’y anime mes personnages depuis 25 ans. C’est une contrainte technique qui me pèse aujourd’hui et c’est tout à fait libératoire de pouvoir faire exploser ce format. Bien sûr, on m’opposera le fait que l’on peut travailler dans de très grandes planches de BD. Mais cela ne marche pas comme ça car il faut toujours avoir une “vision d’hélicoptère” de la planche afin de pouvoir équilibrer les masses et le dessin pour ne pas perdre la dynamique générale de l’ensemble.

Midam et Alain Huberty, lors de l’inauguration de l’expo "Midam : New-Blork City"
Photo © Christian Missia Dio

L’autre raison c’est au niveau du fond. Aujourd’hui, je fais aussi des illustrations où il n’y a pas nécessairement un gag. Il n’y a pas cette dictature du gag dans laquelle un auteur de BD humoristique se doit de faire un gag. S’il n’y en n’a pas, on va se poser des questions. On me demandera quel est le message que j’ai voulu faire passer ? Alors que mon ambition du moment était juste de faire passer une émotion ou une image obsessionnelle que j’ai transposée sur le papier.

Aujourd’hui, dans la série d’illustrations intitulées “New Blork City”, c’est le spectateur qui va inventer une histoire plutôt que Midam qui va imposer son scénario extrêmement construit, avec un début, un milieu et une fin suivie d’une petite réflexion d’Horace. Non, aujourd’hui, j’ai envie de passer à autre chose. Je ne dis pas que je ne ferai plus de Kid Paddle -c’est toujours la même chose avec moi, quand j’arrête un truc, j’ai aussitôt envie de m’y remettre- mais il y aura de toute façon des aller-retours entre la peinture et la BD, entre la BD et l’illustration, et de l’illustration à des grands formats en acrylique comme je l’ai fait ici.

Il y a un côté “warholien” dans votre expo dans l’usage des grandes marques-icônes de l’époque. Pourquoi ce choix ?

Parce que j’adore la société de consommation. New York a quelque chose de paroxystique dans cette représentation que je me fais de la société de consommation. À la maison, c’est moi qui fait les courses. J’interdis à ma femme d’aller au supermarché parce que je m’y rends quasiment une fois par jour. J’adore l’ambiance de l’hypermarché. Je trouve qu’il y a quelque chose de rassurant, je ne peux pas expliquer pourquoi.

J’ai été plusieurs fois à New York et j’ai toujours été frappé par le fait qu’il y a des marques partout, qu’elles sont mises en évidence avec ostentation. Et aussi par le côté rugueux de cette ville. Lorsque j’étais enfant, pour moi, New York était une ville qui brillait car je l’associais à Frank Sinatra, aux lumières de la ville, etc.

Mais en réalité, New York peut être sale, les bâtiments sont vieux, et dans les intérieurs il y a comme une teinte verdâtre... On voit souvent cela dans les films new-yorkais un petit peu Underground, comme une espèce de philtre vert... Mais en fait, c’est la ville qui est comme cela. Il y a une dominante de vert, c’est ainsi que je le ressens. C’est pour cela que j’ai traité mes illustrations de cette manière là.

Pourquoi les Blorks ? Il y a deux raisons. D’abord parce qu’il n’y aucun canon. Si je veux dessiner Kid Paddle, je suis obligé de respecter des codes. Il y a des proportions à conserver, je ne peux pas trop déconner. Tandis que les Blorks sont des monstres difformes et variés et donc je peux me permettre de les faire sous tous les aspects possibles et imaginables. Je peux aussi les grimer en fonction des marques. Par exemple il y a une illustration que je n’ai pas pu terminer à temps pour l’expo et qui utilise la marque KFC. Là, j’ai remplacé le Colonel Sanders du logo par un blork et cela fonctionnait très bien. Il y a tellement de trouvailles de ce genre que cela m’enchante et me donne envie de continuer.

Vous dites que vos illustrations ont été faites pour que chaque spectateur s’invente une histoire. Il y a un triptyque avec le drapeau américain et un blork effrayant sur chacun des panneaux... Je ne peux m’empêcher de penser à Donald Trump. Était-ce votre intention ? Cela illustre les tensions entre les USA et l’Union européenne ?

Non, non, non (rires) ! J’essaye de ne pas faire de politique et certainement pas sur ActuaBD.com car je sais que vos lecteurs peuvent parfois être extrêmement agressifs. Donc je ne vous dirai pas si je suis pro- ou anti- Donald Trump, vous ne le saurez pas.

On pourrait résumer votre carrière en trois périodes : il y a eu l’époque Dupuis, puis celle de MAD Fabrik qui s’est achevée en 2013 car vous étiez arrivé au bout du modèle. Depuis lors, vous êtes édité chez Glénat. Avez-vous enfin trouvé chez l’éditeur grenoblois LA maison d’édition ou la structure qui vous corresponde le mieux ?

Oui c’est vrai, cela fera bientôt cinq ans que je suis chez Glénat. Concernant MAD Fabrik, économiquement ça marchait pas mal mais la difficulté avait été de former une équipe convaincante. Nous avons eu des divergences d’idées avec...

Dimitri Kennes ?

... avec notre associé. Et à partir de là, ça n’a plus vraiment fonctionné et nous avons préféré nous séparer. Nos albums se vendent chez Glénat exactement dans les mêmes quantités que lorsque nous étions aux commandes. Il n’y a pas eu de changements à ce niveau là.

Est-ce que vous avez pu transférer tout le fonds chez Glénat ?

Non. Il y a onze albums de Kid Paddle et trois de Game Over qui sont toujours édités par Dupuis, mais tout le reste est chez Glénat.

Après, il y a beaucoup de similitudes entre Glénat et Dupuis, dans le mode de fonctionnement... J’ai très peu de rapports avec l’éditeur. Je préfère garder, depuis maintenant quinze ans, un espace où ce n’est pas moi qui suis confronté aux énervements avec l’éditeur. Je laisse cela à ma femme, Araceli Cancino, et à mon assistante. Je n’ai plus de rapports directs avec les éditeurs afin d’éviter de m’arracher mes derniers cheveux. C’est beaucoup mieux comme cela.

Mais voilà, nous avions essayé, au sein de MAD Fabrik, de relancer l’audiovisuel. Nous avions essayé d’internationaliser Game Over car c’était mon souhait et je trouvais cela logique vu que c’est une BD muette. Imaginez les économies d’échelle que l’on pourrait faire au niveau de l’imprimerie ? Il n’y a que le code-barres à changer d’un pays à l’autre ! Les quatre cahiers intérieurs peuvent être exactement les mêmes. C’est une série plutôt intemporelle qui peut être lue en Amérique, en Chine ou au Japon. J’ai pleuré pendant des années chez Dupuis en leur disant : « Mais vous ne vous rendez pas compte que vous êtes assis sur une mine d’or ! »

Je me disais qu’ils allaient pleurer toutes les larmes de leur corps lorsque j’aurai repris les droits de la série et que j’irai au bout de mes idées... Nous avons essayé pendant quatre ans mais nous n’avons pas non plus trouvé le moyen d’exporter davantage cette série. Donc, je suis très indulgent aujourd’hui envers Glénat car je leur ai fait la réflexion que nous avions essayé et qu’ils devraient aussi tenter le coup vu le potentiel de la série. Ils me répondaient : « Oui, oui, oui ». Ils ont réussi à placer Kid Paddle en Chine, ce qui me parait illogique vu qu’il y a du texte dans cette série, contrairement à Game Over. Bon, tant mieux je dirais. C’est formidable aussi.

Il y a des projets qui ne voient pas encore le jour mais qui nous tiennent à cœur. Il y a un projet de film. Il y a eu un projet de parc d’attraction indoor. Actuellement, il y a un projet de dessin animé en 3D pour lequel j’avais mis quelques images sur Facebook et j’étais vraiment emballé car c’est la meilleure 3D que j’ai vue sur Kid Paddle... Mais voilà, ce sont des projets qui sont lancés et, comme à chaque fois, ce sont des trucs qui prennent énormément de temps et donc je ne peux pas garantir que l’année prochaine, je serai encore chez Glénat. Je ne peux pas le garantir, je ne suis pas certain. Il y a d’autres éditeurs, il y a un nouveau directeur chez Dupuis...

En clair, vous n’excluez plus de retravailler un jour avec les éditions Dupuis et plus largement avec le groupe Média-Participations ? Pourtant, lors de nos précédentes rencontres, vous aviez la dent assez dure contre eux.

Oui, c’est vrai qu’à l’époque c’était absolument impensable que je retravaille avec eux. Mais depuis, il y a eu pas mal de mouvements. Il y a une nouvelle rédactrice en chef (Florence Mixhel, NDLR), il y a un nouveau directeur général qui n’a rien à voir avec le précédent... De toute façon, quoi qu’il arrive, je vais devoir rencontrer le nouveau directeur, tout simplement parce que Dupuis possède toujours une partie de mes œuvres qu’ils éditent encore, comme je vous l’ai dit tout l’heure.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

(par Christian MISSIA DIO)

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