Nicolas Courty (Projet Bermuda) : toute la créativité des auteurs rhône-alpins dans une revue de grande qualité

18 mai 2018 0 commentaire
  • Outre un festival, plusieurs écoles, des musées consacrant de nombreuses expositions au 9e Art, le milieu de la bande dessinée lyonnais possède également plusieurs revues, et notamment Le Projet Bermuda. Entretien avec Nicolas Courty, à la tête de la librairie Expérience et de ce projet aussi original qu'intéressant qui permet à des auteurs confirmés (comme Jérôme Jouvray, Fabcaro, J.-C. Deveney ou Christian Rossi) de côtoyer ou de collaborer avec de jeunes débutants (comme Sandrine Deloffre, Délia Leroux ou Antoine Guillaume).

Pouvez-vous nous présenter votre librairie ? Depuis combien de temps êtes-vous à sa tête ?

La librairie Expérience a été créée en 1973 par Adrienne Krikorian en hommage au groupe de Jimi Hendrix. En 1990, elle ouvre une nouvelle boutique 5, Place A. Poncet et met Jean-Louis Musy à sa tête. Elle revend son établissement en 2 000 à ce dernier et à Nicolas Courty, un DRH qui s’ennuyait...

Nicolas Courty (Projet Bermuda) : toute la créativité des auteurs rhône-alpins dans une revue de grande qualité
Façade de la librairie Expérience

En quelle année et dans quel contexte avez-vous créé le Projet Bermuda ?

C’est au fil des nocturnes -mixant auteurs en dédicace et éditeurs venus voir les books locaux- de la Librairie Expérience qu’est née l’envie d’éditer Le Projet Bermuda : un recueil d’histoires plus ou moins courtes en bandes dessinées permettant aux auteurs de la Région Auvergne-Rhône-Alpes de publier leur travail et ce, sans autre contrainte de forme que la qualité. Depuis la parution du premier tome, en 2007, ils sont aujourd’hui près de 400 auteurs à avoir participé à ces recueils et, comme les éditeurs reçoivent gracieusement ce C.V. collectif, certains se sont fait repérer et ont pu signer des contrats. Depuis 2011, Le Projet Bermuda est devenu annuel, comme tout pavé estival qui se respecte.

Quels sont les conditions pour qu’un auteur puisse être publié dans le Projet Bermuda ? Doit-il forcément être un jeune débutant ?

Qu’un des auteurs de l’histoire proposée soit de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et que l’histoire nous plaise ! Et l’appel à projet s’adresse autant aux auteurs reconnus qu’aux autodidactes ou aux débutants.

Les auteurs que vous publiez ne sont pas rémunérés, mais ils reçoivent différents éléments en échange : pouvez-vous nous les décrire ?

Ils reçoivent un certain nombre d’exemplaires du Projet Bermuda accueillant leur histoire et sont VIP (aka all-included) le temps du week-end du lancement. Ceci ajouté au fait que chaque éditeur francophone de BD recevant gracieusement le Bermuda a accès à son histoire.

Quelle est la taille moyenne des récits publiés dans Le Projet Bermuda ? Combien de planches peut faire au maximum une histoire ?

Pas de vraie limitation… La pagination doit correspondre à ce qui est raconté…Il nous arrive souvent de couper ou de demander de rallonger… Évidemment si l’histoire fait 60 pages, on conseillera aux auteurs de la présenter aux éditeurs directement…

Chaque récit, même très court, comprend une couverture : pourquoi avoir fait ce choix ?

Car c’est un bon moyen pour vivre le ‘truc’ entièrement…Concevoir sa couv’, y accoler son nom… C’est symbolique, mais c’est un moment fort ! Et ça permet au dos d’avoir de la place pour dédicacer.

Y a-t-il d’autres contraintes formelles ?

Non.

Depuis 2017, vous vous êtes constitué en association. Vous disposez également désormais d’un diffuseur. Qu’est-ce que cela change ?

On a un diffuseur depuis le début (seul moyen de faire rayonner le Bermuda nationalement) mais le fait d’être en Association permet de rendre étanche cette activité financièrement déficitaire vis-à-vis de la librairie Expérience, tout en pouvant trouver des mécènes…

À combien tirez-vous ? Où peut-on se procurer un exemplaire du Projet Bermuda ?

Cette année les deux Bermudas seront tirés à 700 exemplaires si notre KissKissBankBank remplit sa mission. Pour rappel 300 exemplaires sont donnés aux auteurs, aux éditeurs et à la presse…)

Quelle forme prennent les dossiers de candidature que l’on vous envoie ? Jouez-vous également un rôle d’éditeur pendant la réalisation des planches ?

Nous demandons un story-board complet et dialogué (histoire d’avoir toutes les infos sur un seul support), ainsi qu’une illustration définitive (même d’un autre projet, c’est pour pouvoir se faire une idée du rendu définitif). Et, oui, je crois que nous avons un vrai rôle d’éditeur en ce sens que nous intervenons sur les « problèmes » de scénario identifiés (fin prévisible, intention floue, absence de véritable fin…)

Les égarements du Jugement dernier, par Antoine Guillaume et Jérôme Jouvray

Certains jeunes auteurs ont-ils utilisé Le Projet Bermuda comme tremplin et ont-ils réussi ainsi à se faire remarquer par un éditeur ?

Oui, et ce dès le 1er opus en 2007… Et chaque année, trois, quatre contacts se font en direct entre éditeurs et auteurs.

Chaque Projet Bermuda comprend soit un marque-mage, soit une sérigraphie. S’agit-il de créations originales ? Pourquoi rajouter un tel élément qui augmente le coût de fabrication ?

Expérience possède depuis 2004 un atelier de sérigraphie dans le 7e arrondissement de Lyon. C’est donc un plaisir de pouvoir ‘pimper’ le Bermuda avec des bonus que l’on fabrique nous-mêmes.

Tout en gérant cette publication, vous continuez à mener de front votre activité de libraire. Comment répartissez-vous votre temps entre ces deux tâches ?

Grosso modo :, le Bermuda me prend trois à quatre mois…Merci à mes collègues d’en faire plus pour me permettre de m’y consacrer !

Quel est votre rapport aux Rues de Lyon, l’autre production régulière de bande dessinée à Lyon ? Dans le Bermuda, les sujets traités ne sont pas lyonnais, et surtout sont rarement historiques ou en lien avec l’actualité : votre démarche est-elle finalement complémentaire ?

Ce sont de bons potes qui font un boulot de dingue, notre approche est différente…Nous privilégions la fiction et notre volonté est de montrer ‘hors les murs’ la bonne santé de la BD lyonnaise.

À l’occasion de son 10e tome, Le Projet Bermuda fait coup double, puisque vous publiez deux ouvrages simultanément. Pouvez-vous nous les présenter ?

Cette année, à l’occasion de la sortie du dix, nous publierons, non pas un, mais DEUX ouvrages : Le Projet Bermuda 10, classique et classe !, dans lequel on trouve le meilleur des histoires courtes réalisées par le summum des auteurs BD de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Et Le Projet Bermuda X dans lequel on retrouve la même qualité graphique mais en X... Pour adultes, quoi !

Pour la seconde année consécutive, vous faîtes appel au crowfunding jusqu’au 22 mai, par le biais du site Kisskissbank : pourquoi cette évolution ?

Le Projet Bermuda a toujours perdu de l’argent… Le calcul est simple 700-300=400 à la vente à 20 € soit si tout est vendu en direct 8 000 €…Soit juste les frais d’impression…Sans parler des 10 000 € que coûte le lancement (communication, location de la péniche, boisson et nourriture pour les auteurs, …). Tant que des mécènes réguliers ne seront pas trouvés, le recours au financement participatif sera obligatoire…

Vous organisez le deuxième week-end de juin le seul Festival mono-livre du monde : en quoi consiste-t-il ?

Oui c’est le moment-phare de l’aventure ! Le déroulé cette année, (10 oblige) est très dense. En voici le détail :

Mercredi 6 juin sur Fargo
17h-18h : atelier jeunesse « dessine ton héros »
18h30-19h30 : Master Class « les spécificités scénaristiques de l’histoire courte » animée par J.-C. Deveney
Jusqu’à 22h : rafraichissements et musique douce

Jeudi 7 juin sur Fargo
19h-20h : master class « les erreurs à éviter en BD » animée par Olivier et Jérôme Jouvray
Jusqu’à 22h : rafraichissements et musique douce (et peut être même un blind-test)

Et le lancement du Projet Bermuda, à proprement parler :

Vendredi 8 juin sur Fargo (buvettes et nourritures)
10h-19h : dédicace des auteurs des Projet Bermuda 10 et X
20h-22h : rafraichissements et musique douce
22h-2h : disco-night et DJ set

Samedi 9 juin sur Fargo (buvettes et nourritures)
10h-19h : dédicace des auteurs des Projet Bermuda 10 et X
20h-22h : rafraichissements et musique douce
22h-2h : disco-night et DJ set

Dimanche 10 juin à l’Hôtel de Ville
10h-18h : dédicace des auteurs des Projet Bermuda 10 et X
Dès 14h Battle BD « Bermuda » sur paper board

(par Tristan MARTINE)

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