"Nil", la minutieuse dystopie de James Turner

13 septembre 2018 0 commentaire
  • Dans l'absurde contrée de Nihilipolis, le Rien sert à tout. Unique horizon de cet infernal pays, le pessimisme permet, au moins, d'éviter la déception de ne pas être heureux, ce qui serait d'ailleurs sacrilège. James Turner promène son personnage Monsieur Nul dans cet environnement hostile, véritable contre-utopie révélatrice des défauts de notre monde.

Monsieur Nul, habitant de Nihilopolis, travailleur efficace et râleur - c’est la moindre des choses - et frustré permanent est le guide parfait pour nous faire découvrir l’univers imaginé par James Turner dans Nil, paru le printemps dernier chez Presque Lune éditions. Le Rien y est la seule référence admise et toutes les valeurs doivent y être négatives.

Destruction, désillusion, pessimisme, inutilité, néant... Seul le vocabulaire le plus sombre est en vogue à Nihilopolis. Les démons de l’Enfer font régner l’ordre et les leçons du professeur Toten sont écoutées de tous. Une véritable dystopie donc, où la guerre aux idées est permanente et le malheur la seule chose qui vaille la peine d’être vécue.

"Nil", la minutieuse dystopie de James Turner
Nil © James Turner / Presque Lune 2018

Monsieur Nul est injustement accusé de meurtre. Est-ce bien grave ? Pas vraiment, même si cela le conduira à changer et entraînera quelques surprises pour le lecteur. L’intérêt de Nil réside surtout dans sa description d’un monde qui semble être l’envers du nôtre, mais en révèle bien des absurdités, des paradoxes et des inutilités. Vaguement steampunk et étonnamment cohérent, ce monde a été truffé par son créateur de références à nos habitudes, mais aussi aux systèmes économiques et politiques qui ont émaillé notre histoire.

Les références sont également littéraires et philosophiques : Derrida, Nietzsche, Orwell... Elles ajoutent à la cohérence du propos ainsi qu’à l’ironie dans laquelle baigne Nil. Si l’ensemble n’est pas des plus légers, l’originalité est bien présente et est renforcée par un graphisme minutieux, fait de traits simples voire schématiques pour les personnages et d’une multitude de détails pour les décors.

Nil est donc une bande dessinée à découvrir, qui mérite que nous passions par-delà sa relative longueur pour laisser naître en nous de fructueuses réflexions sur le monde auquel nous participons.

Court film d’animation adapté de Nil :

(par Frédéric HOJLO)

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Nil - Par James Turner - Presque Lune éditions - traduit de l’anglais (États-Unis) par Ariane Bataille (édition originale : Nil : A Land Beyond Belief, 2005) - 17 x 24 cm - 242 pages en noir & blanc - couverture cartonnée marquée à chaud de couleur argentée - collection Lune froide - parution le 27 avril 2018.

Consulter le site de l’auteur & lire les premières pages de l’ouvrage.

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