Nos coups de cœur de la rentrée BD 2018 : un duo surprise pour les 70 ans d’Alix

10 septembre 2018 2 commentaires
  • C’est une chose incroyable que l’album d’Alix que publie Casterman en cette rentrée : un nouvel épisode signé par David B, oui : LE David B de « L’Ascension du Haut Mal », ici associé au dessinateur italien Giorgio Albertini pour un cru absolument exceptionnel.

Cette fin d’année s’annonce exceptionnelle par la qualité des nouveautés qui déferlent en librairie. Nos avons déjà signalé quelques-uns de nos coups de cœur et nous ne pensions pas qu’un album d’Alix puisse figurer parmi les surprises de la Rentrée, en dépit du fait que le 70e anniversaire de ce personnage ait joui d’une belle expo à Angoulême en janvier, et que le Gaulois soit à l’affiche de la Fête de la BD qui s’inaugure cette semaine à Bruxelles.

Nous pensions que le héros de Jacques Martin était, comme tout Gaulois selon un Jupiter moderne, « réfractaire au changement » et que le 37e album de cette série vendue à 12 millions d’exemplaires et traduite en 15 langues, allait benoîtement s’inscrire dans le sillage des précédents.

Eh bien, pas du tout : Benoît Mouchart, le directeur éditorial de Casterman BD nous offre un joli contrepied en nous proposant un duo inédit pour le nouvel album [1].

Et quel duo ! : au scénario David B, la grande figure du roman graphique L’Ascension du Haut-Mal, auteur exemplaire primé à Angoulême et à Blois et membre du comité éditorial de L’Association, le giron de la « Nouvelle Bande Dessinée » française ; et puis au dessin quasiment un inconnu : Giorgio Albertini, dont le métier dans la « vraie vie » consiste, en tant qu’illustrateur historique et scientifique, à restituer les constructions architecturales de certains sites archéologiques, de même que les vêtements que l’on trouve dans les tombes.

Nos coups de cœur de la rentrée BD 2018 : un duo surprise pour les 70 ans d'Alix
David B et Giorgio Albertini à Rome.
Photo : Eric Vandeville

Qui plus est, son dessin s’est fixé sur la période « classique » de Jacques Martin, celle qui se situe autour de La Tiare d’Oribal, moment où le dessin de Martin fait une inflexion vers le style d’Edgar P. Jacobs qui venait, avec Le Mystère de la Grande Pyramide, de donner une leçon d’histoire à la bande dessinée toute entière.

Le résultat est époustouflant. D’abord par la qualité des références historiques : Alix arpente le pays des Parthes (l’actuelle Turquie) où il n’était jusqu’ici pas encore allé. Les auteurs multiplient les allusions historiques parfois très pointues, allant jusqu’à corriger les rumeurs répandues par les ennemis de César disant qu’il avait fait assassiner Pompée ou qu’il avait brûlé la Bibliothèque d’Alexandrie, la plus grande du monde antique. Des notations précises sur les pratiques religieuses et sur la géopolitique de l’époque achèvent de convaincre que nous avons là une des histoires d’Alix les mieux soutenues du point de vue historique. Cela se voit notamment dans le détail des costumes et des intérieurs antiques qui ne souffrent d’aucun défaut.

"Veni, Vidi, vici !", l’Alix de David B et Giorgio Albertini, d’après Jacques Martin
© Casterman
"Veni, Vidi, vici !", l’Alix de David B et Giorgio Albertini, d’après Jacques Martin
© Casterman
"Veni, Vidi, vici !", l’Alix de David B et Giorgio Albertini, d’après Jacques Martin
© Casterman

Ajoutons qu’Albertini a réussi à atténuer le côté un peu efféminé de la représentation masculine des personnages de Jacques Martin et que, pour le coup, même quand ils sont aperçus quasiment nus, ils gagnent davantage en crédibilité qu’en ambiguïté. C’est vrai aussi pour le scénario -complètement storyboardé par David B. Nous y trouvons davantage de femmes que chez Martin, ces dames ne jouant pas forcément un rôle soumis comme en témoigne celui de la géante « Personne ».

"Veni, Vidi, vici !", l’Alix de David B et Giorgio Albertini, d’après Jacques Martin
© Casterman
"Veni, Vidi, vici !", l’Alix de David B et Giorgio Albertini, d’après Jacques Martin
© Casterman

Nous nous trouvons face à une restitution qui est à la fois parfaitement fidèle à l’esprit du créateur d’Alix mais qui en renouvelle aussi les codes avec une pertinence et une qualité jusqu’ici inédites, d’autant que désormais, une frise chronologique détaillée permet de situer avec précision où se passe l’épisode en cours soit ici en -46 avant notre ère, dans la première année du calendrier « julien » qui, le rappelle l’historien Yann Potin, dura 447 jours.

« Veni, Vidi, Vici  ! » peuvent proclamer les auteurs et l’éditeur !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1On notera que ce volume n’empêchera pas Marc Jailloux de continuer la série dont le prochain volume paraîtra en 2019.

 
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2 Messages :
  • Merci pour cet article mais une coquille qui m’irrite de plus en plus apparaît maintenant de façon systématique dans tous les articles de bande dessinée et que je ne pensais pas trouver ici : ROMAN GRAPHIQUE...sauf erreur une invention d’un bobo qui trouvait que la B.D c’est pour les gamins ou ados attardés et que roman graphique sonne mieux pour la faire rentrer dans le monde des grands et des intellectuels...Par pitié, arrêtez de cautionner en réutilisant ce terme...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 septembre à  08:33 :

      Je crois en effet que vous faites erreur. Je vous renvoie aux nombreux articles sur ce site qui documentent l’usage du vocable "Roman graphique". Corto Maltese est paru dans Pif Gadget, car oui, les romans graphiques peuvent AUSSI être destinés aux gamins.

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