Olivier Ledroit : "Je pourrais arrêter la BD et ne faire que de la peinture."

23 juin 2015 2 commentaires
  • Exposant à la Galerie Glénat, dans un ensemble d'œuvres inspirées de son dernier album Wika (dont le tome 2 est en cours de préparation), nous avons rencontré un dessinateur qui partage sa carrière entre les librairies et les galeries d'art.

Il semble que, ces derniers temps, avec Wika, vous soyez passé de l’ombre à la lumière. Ça fait du bien ?

Oui, quand même. Je m’amusais bien dans mon coin sombre mais ça fait du bien de changer de sujet parce qu’on finit par tourner en rond à force de rester dans le même registre.

Du coup, tout change, y compris dans la technique. Nous sommes ici dans la luminosité et dans la transparence...

Cela a changé parce que je fais des collages, mais fondamentalement, c’est la même technique. J’ai une formation d’aquarelliste, ce sont toujours des encres et des aquarelles que j’utilise en général. La technique était un peu différente avec Requiem parce qu’il y avait une base noire avec peu de couleurs. Ce qui change c’est de pouvoir avoir accès à des couleurs avec toute une série de gammes différentes. Ces dessins-ci sont beaucoup plus décoratifs parce que j’ai amorcé un petit virage vers la peinture. Je fais des expos depuis pas mal d’années maintenant. Je pense de plus en plus mes dessins en les voyant accrochés au mur. De plus, j’ai toujours été un peu frustré parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui disparaissent à l’impression : le fait que ce soit mat ou brillant, les transparences, tout cela se retrouve uniformisé à l’impression tandis que quand on fait de la peinture, la texture et tout cela prend plus d’importance. Il y a les formats aussi, que j’agrandis à volonté.

Olivier Ledroit : "Je pourrais arrêter la BD et ne faire que de la peinture."
Olivier Ledroit en juin 2015
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ce n’est pas pervertir la bande dessinée que de l’imaginer accrochée en galerie ? Vous vous sentez davantage dessinateur de BD, peintre ou illustrateur ?

Au départ, je me suis toujours senti comme un dessinateur de BD. J’ai fait tout le temps de l’illustration, du Character Design [pour les Jeux vidéo. NDLR.] mais le fil rouge cela reste toujours la BD.

Au niveau des références, on va de plus en plus vers le steampunk

Oui, c’est un genre qui m’intéresse. Quand on a cherché le titre du livre, je voulais qu’il sait fait allusion au Steampunk, mais mon directeur de collection a présenté le projet aux représentants de l’éditeur. La moitié d’entre eux ne savaient pas ce que voulait dire "steampuk" [1]. Donc on a oublié le mot parce qu’il relève un eu trop d’une culture geek. Ceux qui font du cosplay en font quelque chose de vachement poussé mais là je voulais dessiner un livre grand public. Le steampunk ne domine pas.


Vous êtes un auteur connu pour la cote importante de ses originaux, que ce soit en galerie ou en vente publique. Comment ressentez-vous cette évolution ? Vous avez connu le métier au bas de l’échelle, comme illustrateur mal payé de fanzines...

Pas longtemps, en fait, le succès des Chroniques de la Lune noire (Sc. Froideval, éditons Dargaud) a été quasiment immédiat. J’ai pas ramé, moi. Ce que j’ai compris tout de suite avec Les Chroniques, c’est que quand on a du succès, on a la paix. Il n’y a plus personne pour vous dire : "Mets un peu plus de ci, un peu moins de cela..." Je fais gagner de l’argent à mes éditeurs, aux galeries... À partir de là, je peux aller dans la direction où j’ai envie de vivre...


La galerie, la vente des tableaux,... C’est devenu une composante importante du modèle économique du dessinateur aujourd’hui ?

En ce qui me concerne, oui. Cela l’a toujours été. Cela a toujours été un complément, mais qui n’est plus un complément aujourd’hui : je pourrais arrêter la BD et ne faire que de la peinture. Je gagnerais peut-être encore mieux ma vie, en fait. Mais j’aime bien les deux, construire les histoires, jouer des influences,...

Dans la dernière exposition à la Galerie Glénat, il y a des créations faites spécialement ?

Pour celle-là, oui. C’était une commande de la galerie qui m’a donné carte blanche. Au départ, il était question de faire le portrait de mes héroïnes de BD mais cela ne me disait rien. J’ai donc commencé à faire des croquis de fées et cela a dérivé dans le steampunk. J’y avais réfléchi depuis longtemps et là, toutes les idées que j’avais en magasin sont ressorties.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Exposition à la Galerie Glénat jusqu’au 30 juin 2015

Le site de la galerie

Lire aussi :

- Notre article Les charmes et les sortilèges d’Olivier Ledroit et Thomas Day

Commander le premier tome de Wika et la fureur d’Obéron - Par Olivier Ledroit & Thomas Day - Glénat
 :
- en version normale (avec cahier graphique) chez Amazon ou à la FNAC
- en version collector de 96 pages chez Amazon

Lire les premières pages de cet album

Lire notre précédente interview d’Olivier Ledroit : « Même quand il ne passe rien dans "Requiem", le lecteur a l’impression que c’est violent. »

[1"Steampunk" ou "rétrofuturisme", genre d’anticipation né au début du XXe siècle qui utilise comme décor l’univers de la Révolution industrielle, principalement dans l’Angleterre victorienne. Il est aujourd’hui aussi présent dans la Fantasy, le Fantastique, ou la science-fiction. Les œuvres de Jules Verne, Mad Max de George Miller, Brazil de Terry Gilliam, Le Château dans le ciel de Miyazaki relèvent du Steampunk.

 
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2 Messages :
  • "Steampunk" ou "rétrofuturisme", genre d’anticipation né au début du XXe siècle

    C’est un terme post-moderne créé dans les années 80 pour définir principalement une production contemporaine et -a posteriori- retrouver les racines d’un genre (sur des critères principalement stylistiques). Jules Verne ne peut être Steampunk qu’à posteriori puisque son oeuvre, lors contemporaine, ne pouvait être libellée autre qu’ouvrage d’anticipation lorsque costumes, environnements et politique étaient en adéquation avec l’époque. Le Steampunk est né dans les années 80, tout comme le surréalisme est né dans les années 20 -malgré les oeuvres de Bosch et Brueghel par exemple.

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    • Répondu par Richard (Teljem) le 24 juin 2015 à  14:31 :

      Le "Steampunk" est né dans les années 90 comme un spin-off rétro du Cyberpunk. Jules n’est pas Steampunk mais c’est une des principales inspirations du Steampunk. Matrix n’est absolument pas Steampunk. Sucker Punch est à ce jour le film le plus Steampunk qui soit, mais le grand film Steampunk reste encore à faire.

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