Olivier Peru ("Zombies") : « Il est très difficile d’innover avec "des morts qui veulent manger des vivants" »

24 janvier 2014 2 commentaires
  • Boulimique de travail, Olivier Peru s'impose durablement comme un scénariste solide dont la qualité des récits se maintient à un excellent niveau : "Elfes", "In Nomine", "Mjöllnir", etc. Il analyse avec nous les ingrédients du très efficace "Zombies" qui vient de clôturer son premier cycle, avant de repartir de plus belle en 2014, avec une nouveauté et des spin-off.

Aviez-vous d’entrée de jeu prévu de réaliser cette série sous la forme d’un cycle, ou cette idée de conclure une première série d’albums n’est-elle venue que sur le tard ?

Olivier Peru ("Zombies") : « Il est très difficile d'innover avec "des morts qui veulent manger des vivants" »
Le tome 3 de Zombies est paru il y a quelques semaines.

Quand nous avons démarré la série avec Sophian Cholet, notre idée première était de travailler sur une trilogie. Mais dès la sortie du tome 1, sur Internet ou en dédicace, une grande majorité des lecteurs nous disait qu’il était dommage que l’on s’arrête si tôt. De mon côté, j’avais déjà beaucoup d’idées pour des développements futurs et une grosse envie de poursuivre cette aventure. Sophian était dans le même état d’esprit que moi, mais il m’a mis la pression et m’a dit qu’il ne voulait faire un second cycle que si je lui amenais de très bonnes idées. Du coup, entre les tome 1 et 2, nous avons pas mal parlé de ce second cycle, de ce que nous aimerions y raconter. J’ai donc pu très tôt mettre des choses en place pour construire la série sur la longueur et créer des fins d’albums haletantes.

Justement, le thème des zombies est archi-rebattu et pourtant, vous parvenez à utiliser les grosses ficelles tout en dégageant de nouvelles pistes (l’eau, les ultra-sons, les zombies enragés, etc.). Était-il nécessaire de mélanger innovations et clichés pour obtenir une recette gagnante ?

Il faut savoir une chose : le mort-vivant, c’est cool, mais le problème, c’est que tout ou presque a déjà été raconté sur le thème. En conséquence, il est très difficile d’innover avec un concept qui se résume à « des morts veulent manger des vivants ». Par exemple, le coup de génie du film 28 jours plus tard a été de faire courir les zombies. Et plus récemment j’ai trouvé que mon copain Fabien Clavel dans son roman L’Évangile cannibale avait eu de bonnes idées en mettant en scène une maison de retraite face aux zombies.

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Deux cases du tome 4, réalisées par Sophian Cholet

Avec Sophian, nous essayons de marquer notre différence avec des tas de petites innovations, un dessin et une mise en scène travaillés, et une écriture qui ne joue pas la recette de l’horreur du mitraillage à tout-va. Et malgré tout ce que je viens d’énoncer, je considère aussi que pour bien travailler sur des histoires de zombies, il faut aimer et respecter le genre, se conformer à ses codes et ne pas croire qu’on va tout réinventer.

Vous faites monter la pression en laissant filtrer au lecteur un secret caché dans les dernières pages de votre troisième tome de Zombies. C’est une façon de montrer que vous en avez encore sous le capot ?

C’est exactement ça. Je crois que nos meilleures idées, les plus novatrices en tout cas, sont à venir et par ce petit suspens à la fin du tome 3, je voulais signifier au lecteur qu’on allait les surprendre et les emmener dans de nouvelles directions.

Cette idée de raconter la genèse de l’épidémie avec Lapointe dans le tome 0 vous est-elle venue ensuite, pour donner du corps au personnage ?

J’avais l’histoire de Lapointe en tête dès le T1, mais dans une série avec beaucoup de persos, il faut faire des choix, des coupes, et se résoudre à ne pas tout raconter. Aussi quand Jean-Luc Istin, notre directeur de collection, nous a proposé de développer un tome 0, il m’a paru pertinent de bosser sur Lapointe. Je voulais aussi écrire sur un moment-clé de l’épidémie, quand elle commence vraiment à se propager, et faire un cadeau à Sophian en lui faisant lire l’histoire de ce perso qu’on aime tant.

Si nous avons bien saisi la conclusion du tome 3, 2014 verra apparaître un second cycle de Zombies et le début de spin-off. Pour ce second cycle, quels sont les ingrédients que vous réservez au public ?

Oui, en 2014, la série Zombies se poursuivra avec un second cycle et une série de one-shots, Les Néchronologies) qui pourront se lire n’importe quand par rapport à la série mère (avant, pendant ou après). Avec Sophian, nous développons le deuxième cycle en travaillant sur la question : à quoi ressemble le monde six ans après l’épidémie ?

Certains survivants sont toujours là, les gamins qui nous sont si chers ont grandi et d’autres personnages font leur apparition. Les enjeux et la problématique de la survie ne sont plus les mêmes que dans le premier cycle et nos héros sont confrontés à de nouveaux périls.

La seule chose qui, elle, n’a pas changé, ce sont les zombies. Eux sont toujours là. Sans trop déflorer l’histoire, je peux vous dire qu’on ne veut pas concentrer le récit sur les difficultés de quelques survivants, on va rester proches de nos héros tout en donnant une dimension mondiale à l’aventure. Notre champ de bataille va s’élargir, nous visiterons les États-Unis bien sûr, mais aussi l’Europe et l’Asie.

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Avant-goût des Néchonologies, dessiné par Nicolas Petrimaux

Pour les spin-off, combien sont déjà prévus ?

Pour l’instant, j’ai trois albums dans la tête et deux sont déjà écrits et en cours de réalisation. Quant aux dessinateurs qui bossent avec nous, Nicolas Petrimaux et Arnaud Boudoiron, il se trouve que ce sont tous deux des copains dont j’admire le talent depuis longtemps. L’envie de travailler avec eux était donc présente bien avant qu’on se lance sur les albums Néchronologies.
Arnaud a réalisé deux séries de SF de haute volée (Husk et Nirvana) et il apporte à nos zombies une touche très réaliste, avec sa caméra toujours très proche des personnages et de leurs émotions. Quant à Nicolas, il a fait ses premiers pas en BD cette année dans un Doggybags chez Ankama et il va vous impressionner avec ses mises en scène dynamiques et son sens du détail. Tous les deux font un travail magnifique et se donnent à fond pour la série. Je pense que nos lecteurs vont les adorer !

Vous avez pu développer une mise en scène payante avec Sophian. Allez-vous conserver l’univers graphique propre à Zombies dans les spin-off qui arrivent ou chercherez-vous une nouvelle alchimie avec chaque auteur ?

Pour moi, un des facteurs participant à la réussite d’un album, c’est la symbiose entre l’écriture et le dessin, et par extension entre les auteurs qui travaillent dessus. J’essaie toujours d’écrire des choses qui plaisent à mes coauteurs tout en les stimulant dans le cadre de l’histoire que je veux raconter. Chaque album et chaque couple d’auteurs a donc sa recette magique. Cependant, sur Zombies peut-être plus que sur mes autres séries, je dis souvent à mes collaborateurs que nous ne bossons pas seulement pour nous, nous travaillons pour nos lecteurs. Nous avons la chance d’avoir un large public très exigeant et habitué aux histoires de morts-vivants, on doit en permanence garder ça en tête et ne jamais tomber dans la facilité.

Après, pour ce qui est de la technique ou de la mise en scène, oui, nous voulons conserver la touche qu’on a mis en place avec Sophian. On ne peut pas raconter une histoire de zombies en BD comme cela aurait pu se faire il y a encore 15 ou 20 ans. Pour moi, le zombie est un animal de cinéma, on doit jouer avec ça, dans les cadrages, le rythme et les dialogues.

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Avant-goût des Néchonologies, dessiné par Arnaud Boudoiron

Quelles sont les villes qui seront abordées dans les spin-off ?

Dans les Néchronologies, nous passerons par Paris, Genève, Stockholm et l’Asie à différents moments de la contagion. Ces albums se dérouleront parfois sur de longues périodes, ils seront un peu comme un journal de bord de l’épidémie, au travers des personnages qui y font face.

Avez-vous un rythme de parution ? Une Néchronologie par an, en fonction de la demande ?

Pour l’instant et même si on pense à long terme, on n’a pas prévu de sortir des albums en rafale. Le premier album des Néchronologies sortira vraisemblablement en juin 2014, ensuite il y aura le tome 4 de Zombies dessiné par Sophian. Puis je pense qu’en 2015, nous sortirons le 2e Néchronologies et le tome 5 de Zombies. L’idéal serait de sortir un album de chaque série par an et de nous amuser le plus possible tant qu’on a de bonnes idées et des lecteurs qui nous suivent.

On peut légitimement penser que vous avez été soutenu par le phénomène Walking Dead. Comment analysez-vous le récit des Américains par rapport à ce que vous faites ?

Cela a certainement joué. Les Zombies envahissent tous les secteurs culturels depuis une quinzaine d’années. Ça a commencé dans le jeu vidéo, ça s’est propagé au cinéma et ça a inévitablement touché la BD et la littérature. Le comics Walking Dead que je lisais à sa sortie, il y a environ dix ans, a fait tranquillement son chemin jusqu’à devenir incontournable et il a amené beaucoup de lecteurs à s’intéresser aux autres BD de zombies, dont la nôtre. Les libraires, le Net et le bouche à oreille ont joué en notre faveur. Grâce à la conjugaison de tous ces facteurs, nous sommes aujourd’hui traduits dans beaucoup de pays et régulièrement présentés comme la série à lire après Walking Dead. Ce qui est plutôt flatteur !

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Avant-goût des Néchonologies, dessiné par Arnaud Boudoiron

Avez-vous d’autres actualités à venir ?

Des tas. En BD, je travaille en ce moment sur Oracle, une nouvelle série-concept développée par Jean-Luc Istin. Nous y explorerons un univers antique dans lequel nous jouons avec la mythologie grecque. Nous venons de terminer le premier tome avec Stefano Martino au dessin et vous en entendrez parler bientôt.

Je planche aussi sur la suite des Elfes avec Stephane Bileau, le dernier tome de Lancelot et quelques autres titres.

En littérature, je sors cette année le livre II de Martyrs, une trilogie médiévale Fantasy sur laquelle je prépare aussi un artbook. Cette série, racontant l’histoire de frères assassins pris dans un complot politique, est un peu mon bébé chéri. Je la bichonne depuis des années et je suis heureux de la voir aujourd’hui en librairie.

Autrement, je développe de nouveaux romans ainsi que quelques concepts pour la télé. Je ne chôme pas vraiment...

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre analyse du tome 3 qui clôt le premier cycle des 4 albums de Zombies : Morts-vivants à tous les étages

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Lire également nos autres articles concernant Zombies :
- la chronique du tome 2
- l’interview d’Oliver Peru à ce props : « Mon esprit aime se promener dans les univers fantastiques »

 
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2 Messages :
  • « Il est très difficile d’innover avec "des morts qui veulent manger des vivants" »

    C’est le problème quand on suit la mode plutôt que de faire une œuvre originale. La bd est une industrie, à côté des petits artisans il y a des produits de supermarchés. Mais que Olivier Peru ne s’inquiete pas, les gens aiment qu’on leur vende toujours la même chose.

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    • Répondu le 24 janvier 2014 à  17:18 :

      C’est le problème quand on suit la mode plutôt que de faire une œuvre originale.

      Et c’est le problème quand on confond le sujet avec son traitement ; on peut produire une oeuvre originale à partir d’un sujet éculé. Mais que JeanBat’ se rassure, ça ne l’empêchera pas de généraliser.

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