Ombres et lumières de l’après-guerre

22 septembre 2018 1 commentaire
  • Si la période de la Deuxième Guerre mondiale est plutôt bien documentée dans la BD depuis ces dernières années, celle de l’après-guerre est un peu moins arpentée par les auteurs de bande dessinée, mais aussi par les historiens ! Pourtant quelques publications s’en sont récemment intéressées.
Ombres et lumières de l'après-guerre
"Bastille 42" d’Olivier Esnault & Jean-Philippe Camus (Editions YIL)

Ainsi en est-il de Bastille 42 d’Olivier Esnault & Jean-Philippe Camus (Editions YIL). Décrivant l’enquête d’un commissaire de police juste après l’occupation, il montre bien combien cette période est encore très prégnante dans les années qui suivent la Libération. Une suite de cadavres sont retrouvés dans diverses stations de métro de Paris, entre Belleville et le Marais. L’image de la ravissante Rachel revient en mémoire de ce flic émérite qui comprend très vite que cette série de meurtres a une dimension toute personnelle.

Nous sommes dans les univers du Tardi de Nestor Burma, de Léo Mallet et d’Audiard (auxquels le dessinateur rend explicitement hommage), dans une ligne claire encore maladroite (c’est le premier album de ces auteurs) mais qui rend bien les ambiances de l’époque sous un angle un peu moins angélique que l’imagerie résistancialiste de l’après-guerre. Cette édition artisanale est imprimée "on demand" par l’éditeur et distribuée dans certaines librairies spécialisées et en ligne.

"Les Années Rouge et Noir" de Pierre Boisserie, Didier Convard & Stéphane Douay (Les Arènes)

Années rouge et noir

« Les Années Rouge et Noir » de Pierre Boisserie, Didier Convard & Stéphane Douay (Les Arènes) sont autrement mieux madrées. La série revient sur les « Trente Glorieuses » de l’après-guerre, ce moment qui voit la chute de la IVe République, la décolonisation et l’écroulement des grands empires, au profit d’un pouvoir gaullien qui essaie d’exister entre les deux grands blocs issus de la Guerre Froide.

Nous sommes, dans le tome 3, en 1951. La Guerre commence à se faire loin mais les traces laissées dans la société sont profondes. Une droite collaborationniste qui a réussi à passer « l’épuration » est de retour dans les cercles du pouvoir et en tient plus d’un au passé trouble. Bacchielli en sait quelque chose, lui qui a des fiches sur tout le monde… La Guerre d’Algérie arrive qui va ouvrir de nouveaux champs politiques où les mines du passé sont toujours susceptibles d’exploser.

Formidablement racontée et très bien dessinée, cette série est certainement l’une des références de bande dessinée les mieux documentées sur l’après-guerre en France.

"Les Années Rouge et Noir" de Pierre Boisserie, Didier Convard & Stéphane Douay
© Ed. Les Arènes

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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1 Message :
  • Ombres et lumières de l’après-guerre
    23 septembre 20:47, par gouvion

    Il est vrai que la série "Les années rouge et noir" est une des rares qui traite de l’après-guerre et de la poursuite, d’une certaine manière, des luttes entre les différents camps qui se sont affrontés au grand jour auparavant. Documentée, la série l’est, c’est une évidence, mais il aurait été juste de préciser qu’il s’agit d’une adaptation d’un roman de Gérard Delteil paru au Seuil en 2014. L’adaptation est libre ( selon le terme même des deux scénaristes de la BD en page de garde ) car, pour avoir lu le roman récemment, j’ai constaté que Conrad et Boisserie, en respectant la trame générale, ont rajouté des personnages à l’intrigue du romancier (la secrétaire juive et communiste Simone, le ministre Baillard-Lacaze qui sont présents dans la BD mais absent du roman) et changé certains destins de protagoniste (le collabo Bout de l’an a un rôle plus conséquent dans le livre)... Un procédé assez original et que je n’avais encore jamais vu car on n’est pas dans une simple adaptation... Toutefois, le travail de documentation de Delteil ( c’est quand même son histoire ! ) a donné à la série de BD sa crédibilité et il est bon de le rappeler. D’ailleurs il est dommage que, sur les couvertures des albums, son nom ne soit même pas mentionné...

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