« Original Graphic Novel », un pont jeté entre la France et les USA

9 août 2017 1 commentaire
  • IDW, quatrième acteur du marché US de la bande dessinée et le groupe Glénat, troisième acteur français du secteur, s’allient afin de créer « une véritable passerelle artistique et commerciale entre les deux territoires » en publiant des bandes dessinées de genre « dans un format de narration et de lecture cohérent et compatible avec les codes des deux marchés ».

L’aventure américaine a toujours été difficile pour les Européens. En 1952, les éditions Dupuis et la World Press avaient envoyé René Goscinny de l’autre côté de l’Atlantique pour y lancer un magazine de TV et accessoirement en profiter pour les auteurs de placer Oumpah-Pah auprès d’un Syndicate afin que cette BD soit diffusée dans les grands journaux américains. C’est Harvey Kurtzman qui avait lettré les planches d’Albert Uderzo. Échec sur toute la ligne.

Plus tard, dans les années 1980, les Espagnols de Catalan Communication, les Français des Humanoïdes Associés ou encore l’agent de Moebius à l’époque, Jean-Marc Lofficier, ont réussi avec plus ou moins de succès à se faire publier là-bas. Sans vraiment de grande continuité ni de réussite tonitruante. En 2008 enfin, Soleil annonçait une alliance avec Marvel et Panini qui devait développer une ligne éditoriale outre-Atlantique, sans lendemain…

Il faut dire que le mode de consommation de la BD aux USA –des comic strips distribués par des agences de presse et des comic books de super-héros distribués dans des points de vente spécialisés par un système de souscription préalable- avaient peu de points communs avec les produits européens – des livres d’auteurs le plus souvent distribués en librairie.

« Original Graphic Novel », un pont jeté entre la France et les USA
"Lowlifes" par Brian Buccellato & Alexis Sentenac

Changement d’ère

Mais aujourd’hui, les paramètres ont changé. Du côté des Américains d’abord où grâce à la vogue des « Graphic Novels » impulsée par Will Eisner (1978) puis par le succès international de Maus de Spiegelman (1992), puis par une reconversion dans le même format des cycles de comics historiques compilés dans les TPB (Trade Paperbacks), enfin par l’émergence au début des années 1980 d’une nouvelle génération de créateurs dont le travail s’est orienté vers une production adaptée à ce nouveau format (Alan Moore, Frank Miller, Paul Pope, Daniel Clowes, Chris Ware…)

Parallèlement en France, le roman graphique né avec l’avènement de Corto Maltese de Pratt (1975) a atteint son plein développement avec une nouvelle génération d’éditeurs (L’Association, Frémok…) et notamment Persepolis de Marjane Satrapi (2000), impulsant un mouvement qui amène les éditeurs de bande dessinée à s’adapter et qui permet parallèlement à un grand nombre d’éditeurs de littérature générale ou de documents d’ouvrir la voie de la bande dessinée dans un grand nombre de points de vente jusqu’ici seulement dédiés à la littérature.

"Le Haut Palais" de Mike Carey & Peter Gross.

Troisième mouvement : alors que dans les années 1980, les comics étaient principalement diffusés en kiosque, des petits labels ont développé en France depuis les années 1990 des catalogues structurés autour des classiques du comic book.

Enfin, mondialisation oblige, les graphismes des différentes grandes écoles de bande dessinée se sont mis à converger vers des thématiques communes (la SF, l’Héroïc Fantasy, le Space Opera…) popularisées par le cinéma et même vers des graphismes proches : des auteurs US ou Japonais se mettant à dessiner comme des Français, ou l’inverse. Sans compter que, de plus en plus, des scénaristes français travaillent pour des dessinateurs étrangers et inversement.

"Il Faut Flinguer Ramirez" par Nicolas Petrimaux}

C’est sur ce constat que les éditions Glénat et IDW ont scellé leur alliance : « Ces projets de créations originales de tous genres (SF, fantasy, western, humour, polar, aventure…) seront le fruit de collaborations entre auteurs issus des deux grandes mouvances que sont le comics américain et la bande dessinée franco-belge, » dit le communiqué. Et d’annoncer les premiers titres :

o Sukeban Turbo de Sylvain Runberg & Victor Santos, une équipée sauvage urbaine et ultraviolente. Chronique à lire ici
o Croquemitaines : une fable fantastique en deux tomes où les monstres n’existent pas que dans la tête des enfants par Mathieu Salvia & Djet.
o Lowlifes : un polar hard-boiled dans le Los Angeles d’aujourd’hui par Brian Buccellato & Alexis Sentenac.
o Le Haut Palais, une uchronie Fantasy de Mike Carey & Peter Gross.
o Juste un peu de Cendres, un thriller urbain et social de Thomas Day & Aurélien Police.
o Il Faut Flinguer Ramirez, un road-movie sanglant mâtiné du cinéma de Tarantino par Nicolas Petrimaux.

Le fait que cela se passe chez l’éditeur grenoblois ne constitue pas une surprise : on se souvient des albums de Mickey dessinées par Loisel, Keramidas ou Cosey. En outre, le chef d’orchestre de cette dernière partition n’est autre qu’Olivier Jalabert, ex-Albums Comics, ex-Soleil, ex-Ankama qui recueille là les fruits d’initiatives lancées chez Glénat en 2015.. À en juger par la qualité des auteurs annoncés, cela promet bien des découvertes !

"Glimpse of Ashes" par Thomas Day & Aurélien Police.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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