PHILIPPE BIERMÉ : Pourquoi j’ai confié l’héritage d’ E.P. Jacobs à la Fondation Roi Baudouin et à Nick Rodwell

28 septembre 2017 16 commentaires
  • Suite à l’enquête de Daniel Couvreur du Soir de Bruxelles et à notre article au sujet du « Scandale Jacobs » publié il y a deux jours, Philippe Biermé, l’ami d’Edgar P. Jacobs et le président de sa Fondation directement mis en cause par l’enquête du quotidien bruxellois a tenu à réagir dans nos colonnes. Voici sa lettre.

À la suite de deux décès d’administrateurs et d’une démission pas encore publiée aux Annexes du Moniteur belge, le président que je suis provoque le 17 mai 2014 la 31e assemblée générale statutaire de la Fondation Edgar P. Jacobs. Avec Jacques Burgraeve, nous aurions été sept administrateurs. Quatre des sept refusent que Jacques Burgraeve annule sa démission datée du 10 mai 2013. Par la faute de ces quatre, la Fondation tombe à six administrateurs... ce qui met le conseil d’administration de la Fondation dans une mauvaise situation, car elle n’est plus en règle avec ses statuts et la loi. Ces quatre administrateurs ont créé ainsi les problèmes qui vont suivre.

Après cet échec regrettable, le président consulte un avocat afin d’être juridiquement en ordre avec la loi. Après la consultation juridique et l’avis de l’avocat, je provoque une réunion le 24 janvier 2015 pour débloquer cette situation. N’ayant pas eu d’accord à l’unanimité sur le choix des nouveaux candidats à cette réunion, la dissolution est inévitable.

Deux clans s’étaient formés. La situation était ingérable. Dans le clan des éternels contestataires, nous avions une taupe au service d’un ecclésiastique laïque. Cette taupe va souvent prendre position contre tout ce que j’entreprends. Pourtant, je n’ai jamais rien fait contre lui. En 1992 je l’invite avec son épouse au Québec pour une série d’expositions organisées avec le CGRI (WBI aujourd’hui)... en 1996, la Fondation E.P. Jacobs doit d’urgence attaquer le Studio E.P. Jacobs et les Éditions Blake et Mortimer [entretemps revendus à Dargaud.NDR] pour avoir utilisé le nom de Jacobs et modifié un dessin du père de Blake et Mortimer pour vendre L’Affaire Francis Blake, première aventure sans Jacobs.

La Fondation gagne le procès. Nous perdons l’appel, car en 1997 Pierre L., la taupe, prend position contre moi et mon action en justice pour faire respecter le droit moral de l’auteur. Son “Petit Nicolas” deviendra plus tard directeur dans le groupe Média-Participations. Il s’attribue actuellement des faveurs de Jacobs qu’il n’avait pas et refait l’histoire de ma relation avec le Maître du Bois-des-Pauvres. Il oublie que dans la première édition en décembre 1981 des mémoires de Jacobs parues chez Gallimard son nom n’y est pas. Il ne raconte pas ses dix années d’absence au Conseil d’administration de la Fondation.

L’autre éternel contestataire était contre l’idée d’une collaboration avec le monde de Hergé pour la simple raison qu’il en a été viré.

L’ego de ces deux personnages n’a pensé qu’à leur petite personne et n’a pas agi en adulte. Souvent d’ailleurs, j’avais l’impression de me trouver aux réunions dans un jardin d’enfants. J’en ai donc vu des vertes et des pas mûres pendant ces longues années de gestion de la Fondation que j’ai créée avec le Maître.

Le juge m’a donc désigné pour cette triste besogne : la liquidation.

Au départ, j’avais l’intention de transférer tout à la Fondation Roi Baudouin. Mais, le “gentil” avocat de la Fondation Jacobs pensait qu’il était préférable de dialoguer avec le Studio E.P. Jacobs... une grosse erreur. Il ne connaît pas ces fidèles du Saint-Siège.

Pour notre malheur, nous nous trouvons face à des “Babeleers” [bavards en bruxellois. NDR] et rien n’avance. Trois fois, j’ai reçu des menaces et du chantage, car ils ne voulaient pas de Nick Rodwell et de Yves F. [de la société Moulinsart. NDR] comme administrateurs. Ils affirmaient aussi qu’Hergé n’avait rien à voir avec Jacobs. Comme toujours, l’histoire est oubliée. Ils m’ont également demandé de changer d’avocat pour prendre un avocat à eux et qu’ils le payeraient. J’ai refusé.
La surprise a été totale quand j’ai annoncé que les originaux étaient donnés à la Fondation Roi Baudouin.

PHILIPPE BIERMÉ : Pourquoi j'ai confié l'héritage d' E.P. Jacobs à la Fondation Roi Baudouin et à Nick Rodwell
Philippe Biermé a mis Blake et Mortimer sous la protection de Tintin.
Photo DR. © Ph. Biermé

Depuis, ils attaquent l’avocat de la Fondation et prétendent que tout ce que nous avons réalisé n’est pas légal. Ils me taillent aussi un costume et racontent maintenant que je roule en Rolls-Royce. Oui, j’en ai acheté une en janvier 1994 avec les intérêts de mes placements. Certaines Rolls-Royce sont moins chères qu’une Daxia neuve. Rouler en Rolls-Royce en France c’est être un riche arrogant... c’est pourquoi certaines de mes connaissances quittent la France définitivement. Il est interdit en France d’avoir une voiture de luxe. La Silver Wraith de 1952 publiée dans le journal Le Soir m’a coûté 30.000 €..., ma Range Evoque coûte plus cher. Où est l’erreur ?

Pour les seigneurs de Média-Participations, la Fondation n’aurait rien fait pendant ma présidence. Seul Média-Participations a œuvré pour Jacobs ? Qu’ont-ils fait ? Rien.
Nous avons fait des erreurs. Après le décès de Jacobs en 1987, le notaire et Louis Bos [ancien directeur commercial du Lombard. NDR], alors exécuteur testamentaire et président de la Fondation) n’ont pas fait l’inventaire des biens légués à la Fondation et payé les droits de succession. Nous avions uniquement les 16 planches originales et divers souvenirs dans l’actif de la Fondation. J’ai donc attendu 30 ans pour offrir les originaux et divers à la Fondation Roi Baudouin.

Qui était alors propriétaire des legs de 1987 ? Personne ? Je n’en sais rien. En 2010 l’expert-comptable de la Fondation nous a dit que les planches originales n’étaient pas dans l’actif et que nous ne pouvions pas vendre deux planches chez Artcurial pour financer l’achat de l’appartement. Une société ne peut vendre ce qu’elle n’a pas, c’est élémentaire.

De 1989 à 2015, nous avons produit 30 expositions, donné plus d’un million de francs belges [env. 25000€. NDR] au Centre Belge de la BD pour la cellule Jacobs, en 1988 le Sphinx sur la tombe de Jacobs, en 2001, une nouvelle tombe pour l’éternité (soit plus d’un million de FB), en 1989 la plaque commémorative sur la maison natale de Jacobs où sa mère tenait une épicerie, etc. Alors ?

Revenons à notre sujet. Quels sont les projets futurs de la nouvelle Fondation Edgard Jacobs ? Une grande exposition Hergé-Jacobs au Musée Hergé et sans doute à Paris. Une collaboration positive avec la Fondation Roi Baudouin. Et nous espérons que les sujets du Vatican vont collaborer positivement à glorifier Jacobs, le père de Blake et Mortimer.

Et surtout, Nick Rodwell va défendre le droit moral de Jacobs. Les droits de Tintin sont en bonnes mains avec Nick et son équipe... Alors ? Pourquoi pas ?

Cette planche de Jacobs a été acquise auprès de l’auteur par le Musée des Beaux-Arts de Liège qui devait constituer un fonds national de bande dessinée. Un autre rêve qui s’est évaporé en cours de route. Heureusement, elle reste à jamais dans une collection publique.
© Edgar P. Jacobs - Éditions Blake & Mortimer.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
16 Messages :
  • Tiens, presque pas un mot sur les planches "volées". Cela en dit long !

    Répondre à ce message

    • Répondu par Chan le 28 septembre à  15:36 :

      cet article remet les horloges à l heure ! Il est clair que les décisions de Ph Biermé dérangent et font bien râler certains !

      Répondre à ce message

  • Est-ce que je me trompe ou Nick Rodwell n’aura jamais le droit moral sur l’oeuvre d’Hergé, celui-ci revenant aux descendants de son frère à la mort de Fanny ?

    Répondre à ce message

    • Répondu par Maël R. le 29 septembre à  12:50 :

      Je peux vous confirmer que Rodwell n’aura jamais le droit moral sur l’œuvre d’Hergé, mais pas non plus Fanny ou les descendants du frère d’Hergé. Le droit moral est immuable et peut-être invoqué 200 ans après la mort de l’auteur par des personnes estimant que l’œuvre est flouée dans son intégrité. Cela reste très compliqué à tenir juridiquement, mais c’est possible. Le droit moral se distingue ainsi des droits "patrimoniaux" ou de ceux d’exploitation. Il est impérissable et pas nécessairement lié à une hérédité.

      Pour ce qui est des droits de Rodwell à la mort de Fanny j’ignore ce qu’il en est, ne connaissant pas le droit Belge. S’ils n’ont pas eu d’enfants (qui hériterait des droits de leur mère) il semblerait logique que cela passe aux descendant du frère d’Hergé mais Nick et Fanny Rodwell étant mariésje pense plutôt que les droits possédé par l’épouse soient transférés au mari.

      Quoiqu’il en soit je fais "confiance" à Nick Rodwell pour avoir booké juridiquement sa situation, il y a sans doute une fondation (Moulinsart ?) il est est patron/légataire etc et touchera toujours le bénéfice d’exploitation de Tintin...

      Répondre à ce message

      • Répondu le 30 septembre à  17:45 :

        "Pour ce qui est des droits de Rodwell à la mort de Fanny j’ignore ce qu’il en est, ne connaissant pas le droit Belge. S’ils n’ont pas eu d’enfants (qui hériterait des droits de leur mère) il semblerait logique que cela passe aux descendant du frère d’Hergé mais Nick et Fanny Rodwell étant mariésje pense plutôt que les droits possédé par l’épouse soient transférés au mari."

        1/ Vous ignorez de qu’il en est pour les droits de Monsieur Nick Rodwell à la Madame Rodwell.
        2/ Vous ne connaissez pas le droit belge.
        3 / Mais Monsieur Nick Rodwell à la Madame Rodwell étant mariés, vous pensez que.
        Conclusion, la seule chose que vous sachiez et qui en soit pas basée sur votre opinion, en fait c’est que Monsieur et Madame Rodwell sont mariés.
        Intéressant.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Maël R. le 1er octobre à  23:58 :

          Le droit de propriété/héritage étant assez similaire en France et Belgique je me permet en effet une supposition sur ce point, comme vous l’indiquez je dis très clairement que ça n’a rien de certain. Contrairement à la réponse que j’apporte en début de message sur le "droit moral", la suite servant surtout à montrer la distinction entre ces droits à la personne posant la question.

          Je ne vois guère l’intérêt de retenir un bout isolé sans raison alors qu’une moitié de la réponse a été apporté et que je n’aurai jamais écrit seulement le morceau cité. Mais une fois le début écrit, autant poursuivre avec, cette fois ci, une supposition (liée tout de même à une observation classique des droits de susccession en UE, mais je préfère nuancer car pas certain à 100%).

          Répondre à ce message

          • Répondu le 2 octobre à  09:35 :

            "je dis très clairement que ça n’a rien de certain"

            L’apprenti rhéteur !

            Répondre à ce message

            • Répondu par Mael R. le 3 octobre à  10:44 :

              Une mauvaise foi confondante puisque j’apporte une réponse précise à une question et, comme je fais un message, propose une hypothèse pour l’autre. Mais comme bous niez le reste des messages cela vous permet vos boutades un peu grotesques.

              Je crois que la question posée, celle du droit moral, a une réponse claire. Le reste est une invitation au prolongement.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 4 octobre à  09:13 :

                "Invitation au prolongement"

                Mouais. Vous auriez dû vous contenter du premier paragraphe.

                Question naïve : si les "par des personnes" sont les ayants droits, expliquez pourquoi ni Fanny Rodwell, ni son époux ne pourront jamais user du droit moral ?

                Répondre à ce message

  • De 1989 à 2015, nous avons produit 30 expositions

    Je suis bien volontiers preneur de la liste de ces 30 expositions Monsieur Biermé. Je vous ai sollicité moi-même à trois reprises entre 2006 et 2012 pour organiser une exposition au sein de la Maison de la Bande dessinée à Bruxelles, tout ce que j’ai toujours entendu était : "les originaux ne sortent pas du coffre". Même pour une petite exposition de quelques heures lors de la sortie d’un ouvrage B & M (éditions Studio Golden Creek), j’ai essuyé un refus... Dommage qu’aujourd’hui tous ces originaux soient dans la nature...

    fd

    Répondre à ce message

    • Répondu par Chan le 29 septembre à  13:26 :

      Sortir les originaux reviendrait à prendre une assurance hors prix. Même pour l’exop "Black et Mortimer in Maxeville 4 "en 2010, exposition d’une certaine ampleur tout de même ....,ceux-ci sont resté sagement dans les coffres . Ce sont des fac-similés qui ont été exposés. je suis allée voir l’exposition ,cette année là et j’ai justement posé la question ! Donc....ce refus était très logique !

      Répondre à ce message

  • "Seul Média-Participations a œuvré pour Jacobs ? Qu’ont-ils fait ? Rien."

    Blake & Mortimer ont plus de succès aujourd’hui que du vivant de Jacobs et cela grâce aux reprises. Donc, prétendre Média-Participations n’a rien fait, c’est un peu exagéré, non ?

    Il a fait quoi, lui, Philippe Biermé ? Ce sont les personnages qu’un éditeur continue de faire vivre, les livres qui continuent d’être diffusés qui construisent la postérité d’un auteur, pas une fondation de vieux apôtres qui discutent de la propriété et de l’authenticité des reliques. Reliques qui en plus disparaissent étrangement. Le religieux qui ne dit pas son nom, c’est lui !

    Répondre à ce message

    • Répondu par Jerome le 29 septembre à  12:18 :

      Ph. Biermé n’a pas tort. Je me souviens d’un entretien, dans un numéro de Casemate, où il était question d’un projet de livre reprenant les archives de la première partie de "L’Enigme de l’Atlantide, que Jacobs avait abandonnée et qui évoquait les soucoupes volantes... Le livre ne s’est pas fait, dans mon souvenir, à cause de l’éditeur historique, et non à cause de la Fondation... Combien de projets sont ainsi tombés à l’eau, sans que l’on sache réellement ce qui a été entrepris ou non ?

      Les nouveaux albums ne sont pas concernés par la politique de mise en avant du patrimoine, les synopsis ne sont pas de Jacobs. Vous n’y trouverez rien de Jacobs, pourtant les idées ne manquaient pas. Dans une monographie publiée naguère par Le Lombard, Jacobs égrène les pistes et les synopsis qu’il a dans ses tiroirs. Aucun des thèmes n’a été exploité pour de nouveaux albums. Au contraire, tout semble les éloigner...

      Répondre à ce message

      • Répondu le 30 septembre à  12:27 :

        Un livre peut ne pas se faire pour diverses raisons mais de là à désigner l’éditeur comme toujours responsable… c’est un peu rapide, non ?
        Les raisons d’un projet qui n’aboutit pas peuvent être nombreuses : techniques, économiques, stratégiques, idéologiques, politiques…
        Peut-être qu’en créant de nouvelles aventures de Blake & Mortimer, l’éditeur se protège de tout un tas de soucis. Un éditeur n’a pas le devoir d’être masochiste et de céder à tous les caprices d’ayants droits.
        J’ignore tout des discussions entre la Fondation Jacobs et de l’éditeur historique, mais si les choses ne ses sont pas faites, c’est qu’il y avait une impossibilité, un point de blocage. Ensuite, désigner l’éditeur comme celui qui n’a rien fait, qui ne fait rien. C’est un peu facile, non ?
        Si l’éditeur peut faire quelque chose avec l’œuvre de Jacobs, auteur plus rentable mort que vivant, pourquoi s’en empêcherait-il ?

        Répondre à ce message

        • Répondu par Jerome le 30 septembre à  17:37 :

          Vous avez entièrement raison. Mais... Je n’ai pas retrouvé le numéro de Casemate en question, et dans l’article, il était bien question d’un projet éditorial sur la première partie de "L’Enigme de l’Atlantide", qui avait été préparé et abandonné par l’éditeur. Je suis désolé de ne pouvoir produire la source de ce souvenir de lecture, qui m’avait frappé. Je n’en sais pas plus que ce qui avait été écrit à l’époque.
          En revanche, je comprends très bien qu’un projet éditorial doive être rentable, surtout autour d’une "licence" comme Blake et Mortimer. Le livre posthume de Pierre Sterckx, à paraître, prochainement, "La machine Jacobs" est un exemple, je crois, de ce que l’éditeur peut produire pour prolonger l’œuvre canonique en dehors des suites...

          Répondre à ce message

  • Quelque chose m interpelle : Pourquoi parle t-on tout d’un coup de la fondation Jacobs,pourquoi tant d’histoire sur "l’héritage de Blake et Mortimer"
    Pourquoi AUJOURD HUI ? et non,il y a 3 ans ..ou 5 ans ????
    Y a t-il un grand perdant qui mord la poussière ,étant donné que les originaux ont été confiés à la Fondation Roi Baudouin ? Qui est derrière cette guerre déclarée ? Je ne parle pas des journalistes...ils ne sont que les petits soldats ....

    Répondre à ce message