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Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD) : « Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes. »
18 mars 2010

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Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD) : « Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes. »

Son imposant « Dictionnaire mondial de la BD » (Larousse) vient de sortir en librairie. 2200 articles, 1200 illustrations… C’est une somme, une synthèse de la connaissance de la bande dessinée aujourd’hui. Rencontre avec un encyclopédiste.

Patrick Gaumer (Dictionnaire mondial de la BD) : « Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes. »
Le Dictionnaire Mondial de la Bande Dessinée
Editions Larousse

Le Dictionnaire Mondial de son grand-père, mineur de fond, lui avait transmis le virus de la bande dessinée. Après des études de comptabilité, il monte sur Paris où Stan Barets, le fondateur de la librairie Temps Futurs, l’engage comme libraire et lui met le pied à l’étrier en lui confiant la coordination et la rédaction de L’Année de la BD. En 1993, à l’instigation de Claude Moliterni, il co-signe avec le fondateur du Festival d’Angoulême le premier « Larousse de la BD ». Il entreprend ensuite de continuer sa rédaction seul. Après six ans, une nouvelle édition complètement revue voit le jour…

Quelle est la différence entre l’édition de 2010 et les précédentes ?

La première édition date de 1993. J’ai quand même mis trois ans à la réaliser, car cela avait démarré en 1990. Ensuite, il y a eu une édition en 1998 qui a été profondément remaniée en 2004, soit quatre éditions plus une version de poche In Extenso, la dernière étant épuisée depuis fin 2007.

Dans la nouvelle édition, j’ai tenu compte de l’évolution du marché. Il y a énormément de nouvelles entrées, pas forcément avec des auteurs parus récemment. J‘ai voulu ainsi rendre hommage à certains pionniers, comme Caran d’Ache ou encore le Canadien Charlebois. J’ai ajouté des personnalités issues de la nouvelle génération comme Matthieu Bonhomme, Gwen de Bonneval, Lisa Mandel, Bastien Vivès… Enfin, j’ai ajouté énormément de mangas, entre un quart et un tiers des nouvelles entrées, notamment la bande dessinée japonaise d’auteur, comme Tatsumi qui me semblait manquer dans l’édition de 2004.

Ce sont aussi des rectifications profondes. Par exemple, nous nous étions trompés dans l’édition de 2004 en confondant Émile et Joseph Porphyre Pinchon. Entre les deux frères, le dessinateur de Bécassine est bien Joseph Porphyre.

Il y a aussi ce cahier en couleurs qui rend hommage à Yves Chaland et L’Affaire Louis’ Trio : Chic Planète. On a remis la Belgique à l’honneur en la séparant de la France. Il était très important de faire un dossier sur la Chine que j’ai écrit avant même de recevoir mon nouveau contrat, tant j’avais envie d’écrire sur le sujet. L’article sur l’Afrique a été co-écrit avec Christophe Cassiau-Haurie que j’avais découvert dans Africultures. C’est un sujet qui m’aurait pris de longs mois de travail, j’ai préféré le co-écrire.

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Patrick Gaumer en mars 2010, visitant l’exposition Topor à la Galerie Martel
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Il y a des nouvelles entrées, il y a aussi des disparitions… La BD a-t-elle fondamentalement changé en terme de perception depuis 2004 ?

Il y a d’abord eu l’explosion du manga. En 1993, on publiait une quinzaine de titres par an ; aujourd’hui, chaque année, nous publions près de 1500 ouvrages d’origine asiatique. Il y a aussi un changement de perception culturelle. On n’en est plus à la contre-culture, bien qu’il y aura toujours quelques vieilles barbes du genre Alain Finkielkraut, mais la reconnaissance culturelle est là, avec des musées, des expositions… Que ce soit une bonne chose, je ne suis pas sûr, car cela apporte un côté figé. Ce qui fait la grande force de la bande dessinée, c’est sa capacité de renouvellement.

Ce qui a changé aussi, c’est l’édition alternative, les labels « indépendants », Internet et le numérique qui en est encore aux balbutiements. Internet est une source supplémentaire de vérification pour moi. ActuaBD y contribue ! [1] Il y a quinze ans, pour vérifier un élément, il fallait quinze jours ou trois semaines, maintenant cela peu se faire en quelques clics. Umberto Eco comparait un livre et Internet en expliquant qu’un livre était comme un bon verre de vin dégusté entre copains, tandis qu’Internet était comme une cuite après une bouteille de whisky avalée cul sec : trop d’informations tue l’information. On a besoin de recul. Mon dictionnaire, parmi d’autres ouvrages, contribue à ce recul.

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Chic Planète, le supplément couleurs consacré aux bande dessinées étrangères.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Est-ce que Wikipedia qui dispose sur la BD d’entrées plutôt bien faites n’annonce pas la disparition de dictionnaires comme celui-ci ?

Non, parce que Wikipedia, qui a des côtés relativement sérieux –je dis bien relativement parce que j’ai eu parfois des surprises- , a des entrées particulières dans lesquelles on peut picorer. Un dictionnaire comme celui-ci est un ensemble, une somme, une synthèse qui opère une vulgarisation de la bande dessinée auprès de gens qui ne la connaissent pas. Je ne cherche pas à faire un ouvrage universitaire lu par trois personnes.

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André-Paul Duchateau, Gentleman-conteur, l’un des livres d’entretien réalisés par Patrick Gaumer
Le Lombard

Le Larousse de la BD ne s’intéresse qu’au livre. Or, la BD existe de plus en plus sur des supports numériques.

Effectivement. Il va falloir réfléchir dans les années qui viennent sur la façon d’intégrer ces notions. Cela dit, des études très sérieuses ont été faites là-dessus ; le livre n’est pas mort, au même titre que le cinéma n’a pas tué le théâtre. Le livre a encore un bel avenir, mais également via le numérique. Ce sera la génération qui aura une vingtaine d’années dans 10 ans qui fera basculer la BD sur ce support.

Cela peut durer longtemps : on a mis des années à découvrir le manga…

Oui, mais surtout le Shonen. On se rend compte maintenant qu’il y a par ailleurs des Shojo magnifiques et de vrais grands auteurs, qui sont également publiés en couleurs et pas seulement en noir et blanc. Grâce au numérique et à la mondialisation, on a encore des milliers de choses à découvrir. Quel bonheur que d’apprendre et partager de la sorte ! Chaque année, je forme des centaines de libraires et de bibliothécaires qui m’apportent également beaucoup en termes de connaissance. C’est mon grand-père qui m’a transmis la passion de la bande dessinée. J’aime l’idée la transmettre à mon tour.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

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[1Pour la première fois, d’ailleurs, une entrée du Larousse est consacrée à ActuaBD.com. Nous n’en sommes pas peu fiers !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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