Philippe Geluck : « Je considère le lecteur comme un partenaire de la petite ‘pièce’ que je joue pour lui »

11 novembre 2010 0 commentaire
  • L’homme-orchestre multiplie les "entre-Chats" pour notre plus grand plaisir : [nouvel album->art11016] donc, [scénariste de Scott Leblanc->], mais également présence dans votre iPhone, au théâtre, et bientôt à la télévision !

Vous développez une nouvelle interactivité avec le lecteur dans votre dernier album : en demandant d’éteindre les portables, ou en jouant sur le fait de tourner les pages du livres…

Philippe Geluck : « Je considère le lecteur comme un partenaire de la petite ‘pièce' que je joue pour lui »
Je voulais une mise en scène plus théâtrale pour cet Acte XVI, et comme je débute un nouveau one-man show au Magic Land Théâtre, je trouvais intéressant de m’adresser au lecteur, et jouer avec lui, rappelant le lien qu’on peut retrouver au spectacle. De plus, comme je suis toujours en plein tournage du dessin animé et que nous avons avions décidé de combiner les deux dans ce spot de promotion, il semblait logique que l’album revendique également ces aspects. Je prends donc le lecteur pour un spectateur, un partenaire de la petite pièce que je ‘joue’ pour lui. Je veux favoriser cette interaction.

Les bras m’en tombaient, car je l’apprécie beaucoup, mais on voit moins de Vénus de Milo et beaucoup plus de gags avec des burkas, déjà bien présentes dans le tome précédent ! Vous désirez continuer ce combat contre l’exclusion ?

Tout-à-fait, cela demeure une de mes préoccupations parce que cette pratique tient pour moi du Moyen-âge, et que cette tendance se répand dans bien des pays. Je trouve qu’il ne faut pas se taire, et s’abstenir de promulguer une loi sous prétexte que cela ne touche que huit cents femmes en France est une imbécilité. Ce traitement de la femme est incompatible avec notre idée de la démocratie ! Mon rôle est donc de continuer à taper sur le clou, mais j’ai parfois l’impression que l’obscurité est plus envahissante que la lumière.

C’est d’ailleurs pour porter la bonne nouvelle que vous avez pensé aux cartes pour toutes les circonstances. Avez-vous trouvé un éditeur pour celles-ci ?

Il existe effectivement des cartes du Chat pour les naissances, mariages, convalescences et autres moments de la vie, et l’idée m’était venue de traiter également les décès. Mais ce n’est pas possible, car je ne peux pas envisager qu’on plaisante de cette façon sur le deuil d’un proche. Malgré tout, pour toute l’opposition que cela peut susciter, il y a tout de même un petit peu d’avantages à rire dans des moments où l’on se sent mal. Dans ce traitement en gags que je lui ai finalement donné, j’ai noirci volontairement le trait pour lui donner un côté grinçant. Mais la question reste posée : ne devrait-on pas aussi se permettre l’humour dans ces cas… ? Il y a encore du chemin à faire ! Cela fait en tous cas partie d’un humour plus ‘lâché’ que je permets, tel le recueil de textes paru l’année dernière.

Autre point d’orgue de cet album, un gag en une planche comme vous en faites régulièrement, mais où il a fallu presque aller à la fin de la page, pour comprendre le modus operandi, puis reprendre toute la lecture à plusieurs reprises afin d’en saisir tous les sens. Vous êtes normalement plus direct.

J’ai effectivement plusieurs tiroirs à clef, mais j’aime aussi aller en dehors. Certaines de mes connaissances m’avouent avoir parfois relu quatre fois un gag avant de le comprendre. Et je suis content si c’est l’effet produit, car cette relecture s’effectue et que le rire est au bout. Ainsi le lecteur comprend que ‘la maison est sérieuse’ (si je puis parler comme un commerçant) ! Il sait que je ne vais pas publier quelque chose de trop alambiqué s’il n’y a pas de solution. Cela se base donc sur une confiance réciproque et cette interaction dont nous parlions. Bien sûr, je ne pourrais pas réaliser un album avec ce style unique, car la lecture en deviendrait pénible, mais de temps en temps, c’est agréablen cela fait partie du jeu.

Ce changement de style casse la monotonie en relevant l’intérêt du spectateur-lecteur, comme les divers supports que vous allez employer dans votre future émission de télévision. Comment avance d’ailleurs cette production ?

Les réponses des grandes chaînes arrivent doucement mais sûrement, car elles sont très encourageantes. Nous attendons encore quelques confirmations pour lancer la grosse machine, mais nous espérons bien être à l’antenne dans le courant de l’année 2012.

Et au lieu de vous calmer et en vous focalisant sur un seul sujet, vous vous lancez sur iPhone ?

(Rires) Effectivement, je dois toujours faire plein de choses en même temps. De prime abord, nous voulions relooker notre site internet, et avec la même équipe, nous avons alors développé l’application iPhone, ce qui nous a pris beaucoup plus de temps que prévu. En effet, nous voulions être très complet et réactif, et cela a demandé énormément de travail, mais nous sommes actuellement prêts !


En payant 1,59 € par mois, on profite donc de votre dessin du jour qui arrive automatiquement sur son appareil ?

Ah non, c’est 1,59 € pour un abonnement permanent, pas par mois ! Il ne s’agit pas d’un dessin qu’on peut retrouver ailleurs, mais d’un inédit que je réalise spécialement chaque jour pour le lecteur, souvent en lien avec l’actualité. On peut alors le stocker dans sa Geluckothèque avec d’autres éléments que j’envoie. C’est donc 365 dessins par an, soit l’équivalent de trois albums inédits. Car si vous avez effectivement le dessin du jour, vous recevez aussi une vidéo hebdomadaire dans laquelle je me mets en scène, mais vous y trouvez également des jeux, des sketches ou des bandes sonores issus par exemple de Monsieur Dictionnaire et plein d’autres choses.

Il paraît que c’est actuellement l’application la plus complète de l’AppStore ?

C’est ce qu’on dit ! En effet, pour ceux qui le désirent, il y a encore des applications complémentaires (la Boutique), mais qui sont alors payantes. Cela comprend des cartes anniversaires à envoyer, des Docteur G, ainsi que deux eBooks également disponibles. Ces derniers sont un mélange d’album, de sons et d’animations dans lesquels le Chat et moi intervenons pour ‘jouer’ avec le lecteur. Je ne voulais pas transposer des livres, mais offrir une vraie création, pensée pour iPhone. Une fois chargés, toutes ces applications se mettent dans votre Geluckothèque et vous les employez comme vous le désirez.


Et comme vous ne pouvez pas restez inactif, vous remontez également sur les planches pour tout ce mois de novembre ?

J’avais effectivement fait la promesse à Patrick Chaboud de remonter sur scène pour une courte série de représentations, afin de soutenir le Magic Land Théâtre [1]. Je suis seul en scène pendant une heure et demie, dans un spectacle que Patrick et moi avons coécrit, retrouvant notre complicité de Lollipop [2]. Ce qui est assez incroyable, c’est de ce travail d’écriture conjointe fait naître une troisième personne au discours très incisif !

Ce spectacle s’intitule donc : Je vais le dire à ma mère ! Qu’allez-vous y aborder ?

Les thèmes dérangeants du moment : les problèmes politiques belges, mais aussi les débordements de l’Église qui font surface, ainsi que d’autres sujets grinçants pour un spectacle qui sera très borderline. D’ailleurs, sur l’affiche, on me voit imitant Hamlet mais avec le crâne de ma mère. Le ton est donné ! Une partie du spectacle sera d’ailleurs dessinée, via un écran géant. Cela faisait vingt-cinq ans que je n’étais plus monté seul en scène, et ce sera très drôle… J’espère !?! (Rires)

Comment avance le deuxième de Scott Leblanc, la série que vous scénarisez pour Devig. Vous expliquiez que votre héros un peu idiot partait à Hollywood pour interviewer les animaux-stars ?


Menace sur Apollo sortira le 12 janvier. Ce titre-là est correct, mais nous allons sûrement changer la donne pour les prochains, par rapport à ce qui est humoristiquement annoncé en quatrième de couverture. Cet album va être selon moi plus abouti que le premier, car nous sommes maintenant plus rodés. L’exposition des personnages étant déjà faites dans le premier tome, on entre directement dans l’aventure et la connerie du héros, tout en collant aux événements historiques du fiasco d’Apollo I. Ce réalisme est très enrichissant.

Je suppose que le Musée du Chat n’a pu avancer, vu les occupations des hommes politiques belges ?

Actuellement, ils ont effectivement d’autres chats à fouetter (rires).

Quitte à rester en Belgique, un récent sondage parmi les Belges francophones vous classait comme la personnalité qu’ils désiraient le plus retrouver à la télévision.

Cela m’a fait fort plaisir, et je reviendrai donc, mais pas comme dans des émissions dans lesquelles je figurais déjà, mais dans le Chat & Cie. Encore un peu de patience !

(par Charles-Louis Detournay)

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[1Le spectacle est complet. Pas d’autres dates prévues.

[2Programme de jeunesse qui lança entre autres Philippe Geluck. Il la co-animait avec la marionnette Malvira, dirigé par Patrick Chaboud. Cette émission au ton mordant fut diffusée de 1978 à 1983 sur la première chaine publique francophone belge, la RTBF.

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