Pierre Bailly : « Il faut faire confiance aux enfants ! »

11 septembre 2007 0 commentaire
  • Après avoir signé quelques récits pour adultes, comme {Agadamgorodok} ou une série tous publics comme {Ludo}, {{Pierre Bailly}} s’est imposé un nouveau challenge : celui de donner vie avec {{Céline Fraipont}} à {Petit Poilu} destiné aux tout-petits. Cette bande dessinée sans le moindre texte, est lisible par les enfants de trois ans et plus. Le dessinateur nous explique les contraintes du genre.

Pourquoi vous adresser à un public aussi jeune ?

Très tôt, Céline Fraipont, ma compagne et moi-même, avons lu des livres à notre petite fille. Les parents sont perméables à l’univers de leurs enfants. Nous avons donc commencé à réfléchir de manière naturelle à ce projet de série lorsque notre enfant a eu un an.Si nous ne l’avions pas eu, nous n’aurions probablement jamais pensé nous adresser un jour à des enfants aussi jeunes !

Pierre Bailly : « Il faut faire confiance aux enfants ! »Votre autre série, Ludo, est également une bande dessinée pour enfant

Oui. Mais elle est plus complexe. Avec Petit Poilu, nous voulions leur donner un livre qu’ils puissent lire de manière totalement autonome. Il suffit simplement d’expliquer à l’enfant quelques consignes de bases : tourner les pages, lire de gauche à droite et de haut en bas, etc. Dès qu’ils prennent conscience de cela, ils peuvent se débrouiller seuls.

Nous avons fait en sorte que la narration soit extrêmement limpide, tout en gardant une certaine complexité dans les rapports entre les personnages. Nous ne voulions pas tomber dans le piège et réaliser des histoires fadasses. L’album ne comporte aucun texte, mais ce n’est pas pour cela que l’on ne peut pas jouer sur les quiproquos, sur les retournements de situation, etc.

Justement, est-ce facile de raconter une histoire sans aucun texte…

C’est une question d’envie et de plaisir. C’est un exercice difficile, mais tellement plaisant ! Le premier tome de Petit Poilu est le livre qui m’a demandé le plus de travail. Il y a très peu de ligne dans les cases. Chaque ligne apportait une information supplémentaire. Pour des raisons de lisibilité, il fallait apurer au maximum les dessins. Tout tient dans la mise en forme, dans l’ellipse, dans la forme des personnages. Ceux-ci sont arrondis et inspirés par certains dessins animés comme Betty Boop.

Denis Lapière, le directeur éditorial des collections Puceron et Punaise, était-il présent ?

Pas particulièrement ! Nous avons créé Petit Poilu alors que ces collections pour enfant n’existaient pas encore. Nous avons proposé cette série au moment où Dupuis commençait à réfléchir à une collection pour les jeunes enfants. Nous avons donc rejoint cette réflexion.

Quelle est la perception des enfants par rapport à Petit Poilu ?

Nous l’avons fait lire à quelques enfants. Cela leur plaisait, mais on savait aussi qu’ils étaient ouverts et sensibles à ce type de livre. Les adultes, eux, se disent être surpris par la simplicité avec laquelle les enfants entrent dans le récit. En fait, il faut faire confiance aux enfants. Ils sont capables d’entrer dans ce type de BD beaucoup plus facilement qu’on le croit !
Nous nous sommes aperçus qu’ils s’accaparaient l’histoire et y replaçaient des éléments de leur vécu, de leur quotidien ! C’était devenu un support pour s’exprimer …

Les enfants font ils parler Petit Poilu ?

Non ! Ceux que j’ai observés jouent la comédie. Ils imitent le personnage, font des sauts en même temps que lui. Ils créent eux-mêmes leur propre rythme de lecture …

Qu’en est-il de Ludo ?

Les deux prochains albums sont en chantier. Le septième album, intitulé Qu’as-tu, Kim ?, sortira dans la collection Punaise et sera accompagné par la réimpression du premier album et du troisième tome de Petit Poilu. Le huitième album et les réimpressions des autres titres sortiront dans la foulée.

Vous avez signé différents albums plus réalistes, tels que « Agadamgorodok » ou encore « La Saison des anguilles »…

Oui. C’est paradoxal, car le dessin plus réaliste, pour des livres pour les adultes, est beaucoup plus facile à réaliser. Le dessinateur peut se cacher derrière les effets de style ou le côté littéraire du texte. Finalement, c’est quand je travaille sur les planches de Petit Poilu que je travaille le plus !

Etude préparatoire pour Ludo

Auriez-vous envie, pour ces livres, de verser davantage dans la fluidité et la simplicité, comme Munôz par exemple ?

Il fait partie de mes maîtres ! Mais j’ai toujours travaillé en réaction par rapport à mes précédents travaux. J’ai la chance d’exercer un métier créatif. Ce terme est loin d’être anodin. J’aime me renouveler, tout en me pliant à l’histoire pour la transmettre le mieux possible. Peut importe que cela soit en noir et blanc, en couleur directe ou avec un dessin plus rond. Le style n’existe pas. C’est un terme que l’on a inventé pour classer les livres. Mon prochain livre réaliste n’aura rien à voir avec les précédents…

Pierre Bailly & Céline Fraipont
Photo (c) DR.

(par Nicolas Anspach)

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Photo en médaillon : (c) N. Anspach
Toutes les illustrations sont issues de "Petit Poilu", sauf mention contraire. (c) Bailly, Fraipont & Dupuis.

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