Plutona - Par Jeff Lemire & Emi Lenox (trad. S. Van Den Dries)-Futuropolis

31 août 2017 0 commentaire
  • Singulière réussite en duo pour un one-shot entre chronique d'adolescence et mythologie des super héros. Des lycéens mal dans leur peau qui vont se révéler au contact de l'imprévu.

Tant pis si on se chamaille, s’insulte, se toise sans arrêt. On reste copains. Tant pis si nos vies à la maison n’ont rien à voir, si nos parents vivent des situations compliqués. Le point commun entre ces ados, c’est la solitude, la communication difficile dans une famille monoparentale. Et à la sortie du lycée, pour tromper l’ennui, chacun apporte sa touche d’originalité. Jusqu’à la découverte du corps inanimé de Plutona, une super héroïne à la réputation pourtant solide. Et ce soir-là, en pleine forêt, la jolie solidarité de groupe va se fissurer...

Plutona - Par Jeff Lemire & Emi Lenox (trad. S. Van Den Dries)-Futuropolis
© Futuropolis 2017

Pour une fois en tandem avec une dessinatrice, Emi Lenox, Jeff Lemire met en scène une touchante ronde du malaise, nimbée de rêve enfantin . Alors que le petit groupe d’amis semble résigné à un rituel quotidien entre lycée et maison, cette rencontre incroyable bouleverse les relations, les jeux d’alliance. Le grand talent de Lemire, c’est d’abord de présenter ces jeunes gens avec une poignante humanité. Il transmet joliement les joutes verbales, ou l’agressivité menace sans cesse ces entre-soi réconfortant. Les premières pages (une pour chacun) fixent d’entrée les caractères dans une superbe mise en page. Autre idée remarquable : l’alternance entre les scènes réelles et les aventures stéréotypées de Plutona et ses ennemis divers. Jeff Lemire reprend alors le dessin, créant un décalage graphique autant que fictionnel.

Reste le fond de l’histoire, ce petit monde si réel, au bord du banal, où on doute des ovnis mais pas des super héros, aussi familiers que ceux de Marvel. Ce principe apporte un relief particulier aux personnages et conduit un suspens décalé, qui débouche sur une surprise finale à la dramaturgie magistrale. Lemire réconcilie ici plusieurs publics, car les habitués du roman graphique apprécieront la finesse des enjeux humains, tandis que les comics addicts goûteront la collision entre deux mondes peu habitués aux rencontres du 9ème type.

(par David TAUGIS)

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