Pour leurs 60 ans, les Schtroumpfs font escale à Paris

29 mai 2018 1 commentaire
  • Le Centre Wallonie-Bruxelles accueille jusqu’au 28 octobre 2018, une formidable exposition en hommage à Pierre Culliford, alias Peyo, l’auteur des Schtroumpfs, les seuls personnages de la bande dessinée franco-belge à avoir atteint une réelle notoriété mondiale, davantage encore que Tintin ou Astérix. Un ensemble exceptionnel d’originaux de Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer et des Schtroumpfs qui vaut véritablement le détour.

L’inauguration a eu lieu jeudi dernier en présence de Thierry Culliford, le fils de Peyo, et des commissaires de l’exposition Hugues Dayez, auteur de la biographie Peyo l’enchanteur (Ed. Niffle) et José Grandmont, Senior Art Director du Studio Peyo.

En quatre étapes d’une exposition que les Belges avaient pu voir à La Hulpe l’année dernière : Les années de formation, les années en solo avec Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs et l’animation, et le Studio Peyo, c’est tout le parcours de l’artiste qui est évoqué.

Pierre Culliford dit Peyo (1928-1992) était un pragmatique. Cela se voit sur les cimaises du Centre Wallonie-Bruxelles. Tout chez lui est simple, efficace, intelligent. Une phrase interpelle le visiteur, d’entrée : « Gamin, j’avais une propension à dessiner… Mais en fait, tous les enfants dessinent ; certains d’entre eux décident de devenir adultes, des gens sérieux, et puis il y en a d’autres qui refusent de passer le cap et qui font de la bande dessinée !  »

Pour leurs 60 ans, les Schtroumpfs font escale à Paris

Ne nous méprenons pas : il n’y a rien de plus sérieux qu’un enfant qui joue. Quand on voit la progression fulgurante, en un an à peu près, du dessin de Peyo, entre ses premiers travaux pour le studio de dessins animés CBA , ou encore les premières pages de Johan, page du roi (1947) et ses travaux ultérieurs, il y a un bond qualitatif considérable. Thierry Culliford, le fils de l’artiste et l’actuel scénariste de son univers, considère que c’est le contact avec André Franquin qui a été l’élément déterminant. Il y a cependant chez Peyo une clarté, une précision dans la narration qui tient du génie et qui bluffait le créateur du Marsupilami lui-même, toujours emberlificoté dans la complexité.

Cette exposition met en avant la partie de l’œuvre où Peyo est seul : dans la série Johan et Pirlouit pour mettre en évidence à la fois l’évolution et la qualité de son art. Des couvertures, des planches dans des séquences-clés, bien choisies, des cartels écrits simplement et intelligemment, tout dans cette expo permet d’approcher la création au plus près. On peut y passer des heures.

À partir des planches produites par le studio, où l’on rappelle le passage formateur d’un bon nombre de grands auteurs de l’Ecole belge (Gos, Derib, Walthéry, Wasterlain, etc.), on comprend que Peyo est passé dans une autre dimension, celle d’un succès populaire planétaire (ses trois derniers films ont totalisé un milliard de dollars de recettes) qui dépasse largement le créateur.

Pourtant, ce fils d’agent de change a mené lui-même ses personnages aux portes du succès mondial, négligeant le dessin au passage. Ne parlant pas l’anglais, il s’accompagnait toujours d’un traducteur et d’une équipe de collaborateurs dont Yvan Delporte a longtemps été le sherpa créatif, lui qui s’était fait virer comme un malpropre de chez Dupuis en 1968.

Anne Lenoir, directrice du Centre Wallonie-Bruxelles, José Grandmont et Hugues Dayez, les commissaires de l’exposition.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

On redécouvre chaque jour Peyo. Sa lecture est inusable. Chaque jour, on redécouvre l’homme aussi. Son fils Thierry en est même étonné : « Toute sa vie, mon père a ressassé l’anecdote de la salière : « Passe-moi le… Schtroumpf ! ». Moi-même, j’ai dû la raconter 36 000 fois… Et toujours, les gens ont l’air de la découvrir, rigolent… »

« Il n’est guère de passion sans lutte » disait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Expo Peyo
Jusqu’au 28 octobre 2018
CENTRE WALLONIE-BRUXELLES
127-129 Rue Saint-Matin
75004 Paris
(Face au Centre Georges Pompidou - Beaubourg)

Illustrations : © Peyo - IMPS Belgium

 
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