Quoi de neuf en 2018 ? Le Tac au Tac

31 décembre 2017 2 commentaires
  • Ce premier janvier, l’émission culte des 70’s ressuscite sur Museum, nouvelle chaine du groupe Canal +. Là où les grands auteurs viennent dessiner.

On vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… De 1969 à 1975, l’ORTF diffuse une série d’émissions dont les stars sont des dessinateurs. En un quart d’heure Tac au Tac confronte les Gotlib, Fred, Bretecher, … pour des jeux graphiques improvisés. Sous la houlette du réalisateur Jean Frapat, les talentueux confrères se prêtent à des défis comme le cadavre exquis (en quatre cases), la fresque, l’escalade, … L’émission n’a pas de diffusion régulière, mais à un époque où il n’existe que deux chaines de télévisions, quasiment personne en France n’échappe à cette case de performance télévisuelle. Ainsi on découvre les visages qui se cachent derrière les personnages de Pilote, Spirou, Pif Gadget ou Charlie … À sa manière Tac au Tac qui invitait aussi des grandes figures internationales a participé à l’évolution du Neuvième art, de cette époque que l’on qualifie de « passage à l’âge adulte ». Notons que la même période correspond à la création de L’Écho des Savanes, des éditions Futuropolis ou du Festival de la BD d’Angoulême .

Quoi de neuf en 2018 ? Le Tac au Tac
Dominique Poncet et Laurent Frappat encadrent leur premiers invités, Dany, Nicolas Tabary et Aseyn

Depuis lors, si de nouveaux Tac au Tac sont proposés au public, c’est en « live », au petit bonheur de festivals souhaitant échapper à la morosité des queues de dédicaces. Une pratique qui elle-même s’est effacée au profit du « concert de dessins ». Quant à la BD sur petit écran, l’histoire ressemble à une agonie. On se souvient éventuellement des interventions chaleureuses de Cabu dans Récré A2 avec l’inévitable Dorothée de 1977 à 1987. Plus fugacement des clins d’œil aux cases et bulles des trublions Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre dans les Enfants du Rock de 1982 à 1985.

Jusqu’à cette année 2017, la démultiplication des canaux numériques a autorisé peu de nouvel espoir. Deux émissions sont réalisées périodiquement, Entrecase sur Ouatch TV et Kaboom sur les réseaux d’RTL en Belgique. Animés avec sincérité par la force de la passion, ces programmes collectionnent chroniques et interviews sans laisser -faute de moyen sans doute- une grande place à la performance. C’est dire si les nostalgiques du Tac au Tac dont les épisodes sont disponibles en ligne sur le site de l’INA sont nombreux. Deux d’entre eux ont pris le taureau par les cornes.

Rencontre du troisième type entre Sylvie Fontaine, Jeanne Puchol et Davy Mourier.

Aves les moyens de la société Effervescence Label, le réalisateur Laurent Frapat -fils de Jean Frapat- et Dominique Poncet, un des trois fondateurs du fanzine PLG en 1978, propose ce revival pour Museum, chaine du groupe Canal + créée en 2017 et consacrée à toutes les formes d’art. Cette première du nouveau Tac au Tac sera diffusée pour le nouvel an et en prime time à 20H30 !

Une bande annonce laisse entrevoir les dimensions de cette mouture contemporaine. Décor sobre, prises de vue en haute définition, montage serré, le professionnalisme attendu est au rendez-vous. « Qu’une chaine comme Museum s’intéresse à la bande dessinée est très positif, confie Dominique Poncet, Directeur artistique de l’émission. Il n’existait plus de place sur les chaines généralistes ou de celle de la TNT pour laisser les artistes créer. »

Une vingtaine d’émissions réunissant trente auteurs ont été tournées à l’automne 2017. De trio en trio, on y repère Dany et le caricaturiste Jean Mulatier -ex membre des Grandes gueules- qui figuraient déjà participé au générique des émissions d’origine, en passeurs de témoins vers les générations suivantes, de Florence Cestac à Frank Margerin, de Davy Mourier à Dominique Bertail en passant par Jeanne Puchol et Pixel Vengeur. « Notre sélection s’est établie autour d’auteurs suffisamment réputés pour que chaque triplette soit fédératrice auprès des téléspectateurs, tout en réunissant des artistes autour d’une cohérence graphique, intellectuelle voire générationnelle. Enfin, nous avons cherché à trouver un équilibre entre les représentations masculines et féminines.  »

Florence Dupré La Tour, Catel et Isa. Dans sa première formule, Claire Bretecher était la seule dessinatrice invitée.

Les premiers rushs montrent des auteurs et leur création occupant la lucarne avec un plaisir évident. «  Dany m’expliquait que le tournage de l’émission à laquelle il avait participé dans les années 70 lui avait permis de rencontrer pour la première fois Uderzo et Goscinny se souvient Directeur artistique. Et Jean Mulatier, François Boucq et Achdé qui ont déjà travaillé sur un livre en commun étaient également heureux d’être réunis autour de la caricature . »

Qu’on ne s’y trompe cependant pas, au-delà du pur plaisir des retrouvailles, ces auteurs se prêtent à une performance complexe, professionnelle, appréciée et donc rétribuée « Une condition évidente, souligne Dominique Poncet. La production a souhaité s’entourer de réalisateurs, monteurs, cameramen d’une haute technicité pour des émissions drôles, intelligentes, rythmées, cohérentes, il aurait été indigne que les auteurs ne soient pas également rémunérés. »
Dans un paysage éditorial en expansion au prix d’une perte de valeur pour la création -nous en parlons régulièrement- ce retour au professionnalisme sera sans doute bien accueilli par le microcosme.

Florence Cestac, Guillaume Bouzard et Frank Margerin. Les rigolos au boulot !

Voir en ligne : Site de Museum

(par Laurent Melikian)

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La chaîne Museum est disponible avec les offres Canal (canal 84), sur Free dans le Forfait Freebox Révolution avec TV by CANAL Panorama (canal 213), sur Orange dans le bouquet Famille by Canal (canal 136)

 
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