Rencontres du 9e Art d’Aix en Provence 2016 : la bande dessinée et ses associés

2 avril 2016 1 commentaire
  • Nulle part ailleurs qu'à Aix en Provence, la bande dessinée ne sort autant de sa bulle. Elle se déploie à la Cité du Livre, mais aussi dans l'atelier de Cézanne ou à la Fondation Vasarely, deux peintres indépendants et atypiques qui ont marqué leur temps. Ils dialoguent avec ce qui se fait de mieux dans le graphisme contemporain : dessin, peinture, performance... "Des lignes de force qui nous rapprochent et nous permettent d'évoluer chaque année" disent les organisateurs.

Comment imaginer aujourd’hui un artiste dans ses seules cases de bande dessinée ? C’est possible bien sûr, mais la plupart des auteurs pratiquent divers métiers : du dessin de presse, de l’illustration, de la publicité, de la peinture, l’enseignement, le cinéma, le Maping ou le Game Design de jeu vidéo,... serveur parfois.

Sans ces activités associées qui nourrissent littéralement l’auteur, mais qui également irriguent sa création pour créer des images, des histoires neuves et qui, surtout, permettent de sortir de l’atelier pour rencontrer d’autres pratiques, d’autres idées, le 9e Art ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Grâce à ces rhizomes, elle affiche au contraire une santé insolente, elle rayonne, elle inspire et se fait sans cesse remarquer.

Une simple ballade ce week-end à la cité de Cézanne permet de s’en rendre compte.

Quand l’art fait tache d’huile

Le premier jour, nous voyons arriver Willem. Le légendaire dessinateur hollandais arrivé en France en Mai 68 a toujours bon pied bon œil et le gosier en pente malgré ses 75 ans (il fête son anniversaire aujourd’hui) et sa carcasse voûtée. Le compagnon de route de Libération et de Charlie Hebdo n’a perdu ni sa verve, ni sa candeur. Vous aurez l’occasion de lire sur ActuaBD son interview dans quelques jours.

Rencontres du 9e Art d'Aix en Provence 2016 : la bande dessinée et ses associés
Willem fête ses 75 ans à Aix.

Il vit depuis quelques années dans une île bretonne, se lève tous les matins tôt et fait avec son épouse une demi-heure de marche "pour aller chercher le journal". Il met à profit l’Internet pour conforter son isolement : "Le continent, c’est un endroit bruyant où il y a des bombes qui explosent, dit-il en riant. mon île, c’est le paradis." De là, il continue d’envoyer ses dessins par mail et de faire ses petits ouvrages labellisés Cornélius ou autres, en toute liberté.

Que vient faire Willem à Aix, présence que Serge Darpeix, directeur artistique du Festival qualifie de "cadeau" ? Simplement soutenir et participer à l’exposition Un Monde Meroll, une création de Winshluss avec Les Requins Marteaux et Ferraille Productions. À la suite d’un film d’une dizaine de minutes contant les vertus de Edouard-Michel Méroll, le magnat de l’huile de moteur et de friture qui contrôle une chaîne de grande distribution (toute ressemblance...), on visite la collection de planches de bande dessinée que le mécène, dans sa mansuétude à l’égard des artistes -qui sont aussi ses clients, ne l’oublions pas- a accumulées au cours de son existence.

Edouard-Michel est un esthète : non seulement Willem figure dans ses coffres-forts ("un investissement doit toujours être bien protégé, c’est le b.a.-ba, mon petit...") mais on y trouve les signatures rafraîchissantes du catalogue des Requins-Marteaux : Alexöne Dizac, Juliette Bensimon-Marchina, Guillaume Guerse, Antoine Marchalot, Morgan Navarro, Marc Pichelin et Anouk Ricard. Des auteurs décalés et drôles dont le graphisme décrasse l’œil et dont les précieuses planches sont conservées par le huileux magnat EMM. "L’œuvre d’art échappe à son auteur, souvent. Au fisc, parfois..." dit notre avisé homme d’affaire.

Willem, Alexöne Dizac et Antoine Marchalot, talentueux auteurs figurant dans l’exposition "Un Monde Meroll" conçu par Winshluss.

Utopies urbaines et art outsider

Nous allons ensuite à la Fondation Vasarely, un endroit étrange, une utopie architecturale tout en hexagones imaginée par la grande figure de l’Op Art et que le petit-fils du grand Victor, Pierre Vasarely anime avec un courage de chaque instant. Au premier étage, Thierry van Hasselt, l’une des têtes pensantes et agissantes du label éditorial Fremok, expose son dernier chef d’œuvre conçu avec Marcel Schmitz, Vivre à FranDisco.

FranDisco est une ville-fantasme imaginée par Marcel Schmitz, artiste handicapé trisomique, qu’il sculpte et agglomère de façon évolutive au gré des résidences et des rencontres. On y voit la Tour de Pise, l’Atomium, les Tours jumelles (de New York ?), une piscine, des buildings, des nuages dans le ciel, un avion...

FranDisco, la rêverie urbaine de Marcel Schmitz à la Fondation Vasarely.

Thierry et Marcel dialoguent à propos de cette ville, Marcel raconte des histoires qui portent en elles une charge poétique et fantastique, Thierry en a fait une bande dessinée exposée au premier étage de la Fondation. Rencontre étrange, enthousiasmante, que la confrontation entre l’utopie du peintre hongrois qui fut l’artiste préféré de Georges Pompidou et dont la Fondation devait être le joyau d’un ensemble urbain voisin qui ne s’est jamais réalisé et cette réalisation foisonnante qui relève de l’art outsider (ou art brut). Un partenariat avec M2F création et Lab Gamerz permet même au visiteur d’entrer dans cette ville comme si on y vivait. Remarquable.

Demain, nos autres impressions sur le festival.

Thierry Van Hasselt et Marcel Schmitz à l’oeuvre. ils ont résidé par deux fois à la Fondation Vasarely.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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