Rentrée 2017 : Kennes ouvre le bal avec Jacques Lamontagne

8 septembre 2017 0 commentaire
  • Kennes Editions continue de grandir, marquant le coup dès la rentrée avec deux nouvelles séries signées Jacques Lamontagne, Crisse & Fred Besson, tout en continuant de soigner son catalogue, orienté jeunesse, mais pas uniquement...

Pour rappel, Dimitri Kennes, ancien directeur général de Dupuis, avait suivi Midam dans sa maison d’édition Mad Fabrik, avant de fonder son propre label, Kennes Edition, fin 2013.

Rentrée 2017 : Kennes ouvre le bal avec Jacques Lamontagne
Greenwich Village

"Peu importe le genre, pourvu qu’il y ait le livre", telle est la devise de Kennes Editions, qui s’est tout d’abord orienté vers l’édition et la diffusion de romans québecquois, dont La Vie compliquée de Léa Olivier, avant de s’orienter plus largement vers la jeunesse.

Dimitri Kennes n’en a pas oublié la bande dessinée ! Mais comme il nous l’expliquait, cela prend du temps d’éditer un projet d’album, et en comptant les mois consacrés à sa réalisation, il a donc fallu faire preuve de patience pour voir arriver les premiers album de Kennes Edition, dont une partie était l’adaptation des romans jeunesses édités par le label.

Cette rentrée 2017 marquerait-elle un tournant résolument BD pour Kennes Editions ? Nous serions en droit de le penser, entre autres avec l’arrivée dès les premiers jours de cette rentrée, de deux nouvelles séries signées Jacques Lamontagne, Crisse & Fred Besson.

Shelton & Felter, les nouveaux détectives créés par Jacques Lamontagne

Nos lecteurs connaissent certainement Jacques Lamontagne ! Les plus pointus d’entre eux l’ont découvert comme scénariste de la série Yuna (un récit d’Heroic Fantasy bien charpenté publié chez Soleil) et Van Helsing, de la Collection 1800 ; les autres comme le dessinateur et coloriste émérite des Druides et des 4 premiers tomes d’Aspic, Détectives de l’étrange, deux autres séries de Soleil scénarisées respectivement par Jean-Luc Istin et Thierry Gloris. L’auteur a rassemblé ses divers talents pour débuter une nouvelle série en solo chez Kennes Editions, ne s’adjoignant que Scarlett Smulkowski pour les couleurs.

Le récit se déroule à Boston, États-Unis, en 1924. Isaac Shelton, ex-boxeur, s’est reconverti en jeune journaliste à la plume encore mal dégrossie : il traque le fait divers à la recherche du scoop qui pourrait lancer sa carrière. Quant à lui, Thomas Felter est un libraire d’un certain âge, vivant seul avec ses chats : ce grand amateur de littérature policière a aiguisé à travers ses lectures un esprit analytique hors du commun.

Quand Shelton rencontre Felter, le premier convainc le second de l’aider à résoudre les grands mystères de la ville, ce qui lui permettra, pense-t-il, de pondre l’article qui fera de lui un journaliste reconnu. Encore faut-il faire le lien entre ces étranges meurtres qui se multiplient à Boston. Et surtout pouvoir se supporter l’un l’autre, lorsqu’on fait face à des caractères aussi opposés !

Derrière des atours assez communs, Jacques Lamontagne fait pourtant mouche avec cet innovant tandem d’enquêteurs. Ce premier tome nous permet de nous familiariser avec eux, tout en profitant de quelques prises de becs échangés par ces deux nouveaux partenaires, aussi différents que complémentaires. En effet, la symbiose n’opère pas d’entrée de jeu, et l’ex-boxeur a bien du mal à entraîner l’acariâtre petit libraire dans son sillage.

Sans se révéler des plus innovantes, leur première enquête est suffisamment étrange pour solliciter l’intérêt du lecteur. De plus, en profitant de cet étonnant fait divers - l’éclatement d’une citerne industrielle en 1919 a généré un raz-de-marée de neuf millions de litres de mélasse qui a envahi un quartier complet de Boston - l’auteur renforce la qualité de ce premier tome en mêlant l’authentique à la fiction.

Un fait divers aussi authentique que tragique

Quant au dessin de la série, Jacques Lamontagne avait successivement pensé le confier à un premier auteur, puis un second auteur, avant que chacun de ceux-ci ne soit emporté par d’autres aventures. Décidé à reprendre lui-même les personnages qu’il avait initialement créés en 2007, Jacques Lamontagne leur a insufflé la présence nécessaire, tout en soignant le cadre général de Boston sous la Prohibition comme il avait pu le faire dans le Paris de la Belle Epoque d’Aspic, détectives de l’étrange.

Mais les lecteurs de cette dernière série ne devront pas s’attendre à retrouver le souffle d’Aspic. Tout d’abord car Shelton & Felter ne joue pas sur le même rythme dans l’action, ni sur les scènes étranges qui mettaient en valeur les qualités d’illustrateur de Lamontagne. De plus, si les couleurs de Scarlett Smulkowski respectent le cadre plus authentique de cette nouvelle série, elles n’atteignent pas le niveau de Jacques Lamontagne, qui firent sa renommée sur les séries précitées.

Shelton & Felter fera donc le bonheur des lecteurs fans d’énigmes étranges, et qui trouvent leurs solutions dans des explications réalistes, le tout porté par un attachant tandem. Surtout que ce premier tome contient un cahier graphique qui donne plus d’explications sur la création de la série. La seconde aventure devrait d’ailleurs entraîner nos héros sur les traces de vampires sévissant en Nouvelle-Angleterre, une région propice aux monstres en tous genres au début du XIXe siècle...

Un dossier complète ce premier tome, expliquant les différents essais de dessinateurs et la documentation réunie

Fred Besson & Crisse, à nouveau réunis

Nous reviendrons prochainement sur le grand retour de Crisse en bande dessinée, déjà entamé avec la sortie d’une nouvelle série au Lombard, Gunblast Girls. Kennes Editions n’est pas en reste, car le talentueux créateur de Kookaburra, Nahomi, Luuna ou d’entre autres Atalante, s’est de nouveau associé à son compère Fred Besson pour une nouvelle série animalière…

Cette nouvelle série intitulée tout simplement Lemmings prend place en Scandinavie. Tout semble calme dans un petit village viking emmitouflé sous la neige. Mais pourtant les nouvelles rapportées par un drakkar de retour de haute mer ne sont pas bonnes. Les marins ont vu le ciel s’obscurcir et s’y dessiner une aurore boréale noire, présage de grands malheurs.

Un peu à l’écart, vivant cachés, un petit peuple de rongeurs s’agite : les lemmings ! L’un d’entre eux, Oluf, a eu des visions : les vikings, aux dépens desquels ils assurent leur confort en leur volant quantité de petites choses, vont entrer en guerre avec les trolls descendus des montagnes. Pour les repousser, les vikings ne disposent plus que d’une seule pierre sacrée, apte à les transformer en rochers. Mais encore faudrait-il qu’ils puissent remettre la main dessus, car celle-ci a disparu ! Humains d’un côté, lemmings de l’autre, chaque tribu envoie des aventuriers pour conjurer le sort qui semble s’acharner sur eux !

Lemmings est certainement l’un des meilleurs exemples de série jeunesse publiée à cette rentrée. Le mélange entre les hommes et les animaux permet de mettre en lumière les événements que chaque famille ou société traverse. De plus, le talent de conteur de Crisse permet de jouer à merveille sur les surprises, les rebondissements, et les intermèdes pour rythmer ce premier tome. Il parvient aussi à ajouter des personnages comiques, dont les gaffes servent l’intrigue principale : jubilatoire.

Si Fred Besson ne réussit pas les humains aussi bien que les animaux, ce premier tome profite de son dessin habile et de la qualité de ses couleurs pour donner vie à un vrai univers. Que cela soit dans le froid de la neige, ou près d’un feu, on tremble ou l’on s’échauffe à la lecture de Lemmings.

Un programme éclectique

Les tomes 3 et 4 paraissent à quelques semaines d’intervalles

Fort de son programme éditorial orienté majoritairement jeunesse, Kennes Editions continue dans cette voie avec le second tome de Justice, qui signe le retour au dessin de Gihef, dans l’adaptation des romans signés par Renaud de Vriendt. Nous y reviendrons.

Alcante, l’un des scénaristes les plus prolifiques de Kennes Editions, sort également deux albums pour cette rentrée. Le troisième tome des Chroniques de Braven Oc, toujours avec Alain Ruiz & Picksel, suivi d’une nouveauté quelques jours plus tard de Boldhür avec Corentin Longrée. Les péripéties de ce prince nain et de sa jeune épouse vont nous entraîner dans une saga nordique pleine de rebondissements. A suivre…

Enfin, deux albums touchants parachèveront cette rentrée : dans Journal d’un enfant de lune, Joris Chamblain (scénariste des Carnets de Cerise) nous expliquera la vie d’un jeune homme de 17 ans atteint d’une étrange maladie qui l’empêche de vivre à la lumière du jour.

De l’autre, Le Commodore remet au goût du jour un album malheureusement passé trop inaperçu précédemment (The Long and Winding Road, scénarisé par Christopher et dessiné par Ruben Pellejero, qui a repris Corto Maltese. Ce road-movie suit Ulysse, qui entreprend le voyage posthume que lui propose son père. En guise de dernière volonté, celui-ci l’invite à répandre ses cendres sur l’île de Wight, en Angleterre, en suivant le même périple que lui lorsqu’il s’était rendu au mythique concert de 1970. Un album fondé sur la rencontre, ainsi que sur le temps consacré aux choses qui leur permettent de prendre de la valeur.

Les nouveautés ne s’arrêtent pas là, car toute une série d’albums jeunesse sortiront également au mois de novembre : une nouvelle adaptation du roman Juliette à New York sera suivie de La vie compliquée de Léa Olivier T5, Sorcières Sorcières T4, L’envers des contes T2, une nouvelle série intitulée Mini Cats, sans oublier le quatrième tome des chroniques de Braven Oc, à peine deux mois après le tome 3 ! En plus de différents recueils et rééditions, nous retrouverons l’attachant duo de Greenwich Village, avec un tome 2 très attendu !

Que cela soit donc avec ces trois albums adultes de qualité, ou avec cette dizaine d’albums orienté jeunesse, Kennes Editions s’impose donc progressivement comme un éditeur sur lequel il faut compter dans le paysage de la bande dessinée !

(par Charles-Louis Detournay)

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