Rhapsodie croate

27 octobre 2013 0 commentaire
  • Ce week-end avait lieu la 16e édition de la BD de Zagreb. Incursion en terre croate où la BD n'est affaire que de passionnés.

Il a y a d’abord son organisateur, Slaven Goricki, un colosse massif qui en impose. Tout tourne autour de lui et, quand une situation lui échappe, il vous rassure par un "everything is OK !" Et, effectivement, après quelques instants, tout est OK. Il y a le festival qui a lieu dans une salle de concert où traînent encore quelques canettes de la veille.

Nous sommes dans l’ambiance d’une MJC, mais il y reste un esprit de passion formidable. Car en Croatie, qui est un de ces pays issus de l’éclatement de la Yougoslavie, on adore la BD. Personne n’a oublié les quelques 60 ans d’une tradition forte d’où émergent quelques grands auteurs du passé (Maurović, Neugebauer....) mais aussi actuels : Danijel Žeželj, Frano Petruša, Igor Kordey, Gradimir Smudja...) ni cette revue de bande dessinée, Stripoteka, qui, au tournant des années 1970 tirait jusqu’à 350.000 exemplaires par semaine et dans laquelle ont défilé toutes les grandes figures de la BD franco-belge : Astérix, Lucky Luke, Gaston, Spirou, etc.

Rhapsodie croate
Historiquement, la présence de la production italienne de Bonelli (Zagor, Tex...), comme ici, celle d’Alan Ford de Magnus et Max Bunker est extrêmement forte
JPEG - 18.4 ko
L’éditeur Marko Šunjić (Fibra) montre fièrement l’un des derniers-nés de son catalogue : Un album de Manu Larcenet

Et puis, la guerre est passée par là. Un marché de 20 millions d’habitants s’est morcelé en états de quelques millions (4.5 millions pour la Croatie). Mais la passion est restée là et, en attendant la reconstruction d’un des cœurs de la BD les plus importants de l’Europe du Sud-Est, les éditeurs croates s’appliquent à reconstruire cette culture de bande dessinée si précieuse.

Il faut bien le dire, ces gens sont des aventuriers, des défricheurs. Ils travaillent pour l’art. Face à un Marko Šunjić des éditions Fibra qui a publié, avec un souci du détail, un éclectisme raffiné et une production irréprochable, près de 250 titres de BD parmi les plus réputées au monde (Rip Kirby d’Alex Raymond, Maus de Spiegelman, Persépolis de Marjane Satrapi, les œuvres de Moebius, de Taniguchi, mais aussi Larcenet, Trondheim, Schuiten, Lepage, Cosey...)

Face à lui, l’ancien punk et auteur de BD Tino, éditeur de Sin City en Croatie, qui aligne les coups d’éclat médiatiques et les parodies un peu farces comme son personnage de "Black Popeye" amateur de musique punk et de fumette à la Freak Brothers.

Le marché croate, pour ainsi dire, n’existe pas. Les ventes de Maus ? 1000 exemplaires, et c’est le best-seller de la maison Fibra. Tout le reste : Rhapsodie hongroise de Vittorio Giardino, l’intégrale d’Il était une fois en France de Vallée & Nury, Habibi de Craig Thompson vendent... entre 300 et 700 exemplaires. Vous lisez bien : il n’y a pas de zéro coincé dans le clavier. Nous sommes face à des tirages de fanzines. Mais nous sommes aussi face à un des fandoms les plus passionnés et les plus sophistiqués que l’on connaisse. Le marché de langue yougoslave est un marché prometteur. En raison de la qualité de l’offre proposée au public, elle se donne les atouts pour réussir. C’est pourquoi il est important de soutenir ses efforts.

JPEG - 33.4 ko
L’organisateur du festival Slaven Goricki et son invité Vittorio Giardino
JPEG - 31.3 ko
Workshop avec Vittorio Giardino et son éditeur Marko Šunjić
JPEG - 23 ko
Exposition Giardino au Centre culturel italien
JPEG - 19.8 ko
L’un des auteurs cultes de l’éditeur italien Bonelli : Roberto Diso

Il y a tout cela dans ce festival sympathique avec une forte présence italienne cette année : du délicieux Vittorio Giardino, un passionné de la Mittel-Europa ravi de se retrouver à Zagreb, honoré par une exposition au Centre Culturel italien, au dessinateur culte de l’équipe Bonelli Roberto Diso, en passant par les gloires locales comme le Serbe R.M. Guéra (qui fait Scalped ou Django Unchained pour Vertigo/DC Comics, mais aussi Le Lièvre de Mars avec Patrick Cothias chez Glénat), les Croates Boris Talijančić (Hammerfall avec Sylvain Runberg, chez Dupuis), Frano Petruša (Mostar, chez Dargaud) ou encore le critique et historien de la BD yougoslave Zoran Djukanović.

Tout cela sous le soleil de Zagreb, ville tranquille adossée à sa montagne, dans une ambiance de fiN d’été, à la fin octobre.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez la librairie de BD numérique ActuaBD avec Sequencity

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

  Un commentaire ?