Rhinocéros contre éléphant n°π - Collectif - Editions Tanibis

7 juillet 2006 0 commentaire
  • Les mathématiques ne sont pas un domaine souvent associé à la BD. Le nouveau numéro de la revue des éditions Tanibis nous prouve pourtant qu'il y a bien des choses à faire en la matière.

Le pi-ème numéro de la revue Rhinocéros contre éléphant (qui arrive logiquement après le 3ème, et, on peut le supposer, avant le 4ème) est donc consacré aux mathématiques, et à quelques-uns de ses praticiens les plus connus. On y rencontre au long de ses 120 pages Pythagore, Euclide, Fermat et quelques autres, dans des situations allant de l’exposé historico-scientifique aux délires en tous genres.

La première chose qui frappe lorsque l’on feuillette ce superbe album est le soin apporté à la cohérence visuelle de l’ensemble, et au jeu auquel s’est livré l’éditeur : partout on trouve des symboles mathématiques utilisés de façon tout à fait logique, comme le ∪, symbole d’union, ou le ⇔, symbole d’équivalence (utilisés sous la forme « Ivan Brun ∪ Aurélien Maury ⇔ Échecs et Maths », ce qui signifie que Ivan Brun et Aurélien Maury se sont unis pour réaliser une histoire intitulée Échecs et Maths). La qualité d’impression est également remarquable, mais moins étonnante : Lowlife, l’album de Ivan Brun lui aussi publié par Tanibis, bénéficiait du même soin.

Venons-en au contenu de l’anthologie : parmi les contributions qui nous ont le plus intéressé, citons les textes poétiques de Jean-Luc Coudray, qui affirme des choses contestables (« le langage mathématique n’est pas un point de vue sur le monde, il est le monde »), mais le fait d’une façon aussi charmante que peu scientifique ; ceux de de Madani El Hariri, qui présente de façon ludique mais correcte des matheux et leurs idées, Aurélien Maury qui, seul ou en compagnie de Claude Amauger et Ivan Brun, montre que l’amour est "un oscillateur non linéaire" et que les maths peuvent pousser au crime ; Arnaud Lesage, dont les photos démontrent une fois de plus qu’il suffit de poser des images à côté les unes des autres pour que naisse une narration - même si ici, les formes choisies ne doivent rien au hasard ; Claude Amauger, donc le dessin réaliste et dense illustre une jolie histoire de science-fiction où le temps prend le dessus sur l’espace ; Hervé Carrier qui retrace l’histoire du théorème de Fermat, en partant des théories philosophiques des Pythagoriciens pour arriver à la démonstration dudit théorème il y a quelques années par Andrew Wiles, en utilisant un style graphique simple mais d’une inventivité certaine ; et enfin Ibn Al Rabin, dont les deux flics enquêtent sur l’irrationalité de racine de 2, d’une façon qui devrait être limpide, même pour les lecteurs les plus réfractaires à la logique mathématique.

Cette revue est d’une richesse visuelle et stylistique assez remarquable. Il n’est nul besoin d’avoir une connaissance pointue des mathématiques pour l’apprécier, même s’il nous semble que certaines petites blagues et références passeront au-dessus de la tête de certains. Pour une fois qu’une bande dessinée aborde la science avec des points de vue d’une aussi grande variété, il faut en saluer l’initiative.

Rhinocéros contre éléphant n°π - Collectif - Editions Tanibis
Présentation de la revue par l’éditeur
En deux pages au format pdf, les éditions Tanibis montrent que les maths rendent effectivement cinglé.

(par François Peneaud)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?