Richard Guérineau : « Avec les Stryges, je m’épanouis en dessinant des ambiances sombres »

10 septembre 2005 0 commentaire
  • {Le Chant des Stryges} est un thriller fantastique à l'intrigue forte, ne laissant aucun moment de répit aux lecteurs. La série vient aujourd'hui de franchir un cap symbolique : les voilà arrivés au neuvième album, soit à la moitié de la deuxième « saison ». {{Eric Corbeyran}} et {{Richard Guérineau}} nous promettent en effet trois cycles de six albums chacun. Nous avons rencontré Richard Guérineau, le dessinateur afin de faire le point sur cette série à succès.

L’As de Pique, votre précédente série, n’a connu qu’un succès d’estime. Par contre, Le Chant des Stryges a rapidement séduit le public, et est l’une des meilleures ventes de Delcourt. Est-ce facile à gérer ?

Je préfère cela que l’inverse (Rires). Eric Corbeyran et moi-même avons eu beaucoup de regrets de devoir arrêter l’As de Pique. Mais les chiffres étaient si mauvais que nous avons dû faire une croix sur l’avenir de Arthur de la Gravière.
Cette série a été inventée pour être lue par un grand public. Visiblement nous nous sommes trompés de cible...

N’était-ce pas cette ambiance rétro qui dérangeait le lecteur ?

Oui ! La nostalgie qui berçait le récit n’était plus dans l’air du temps. Nous avons donc décidé de réaliser une série plus contemporaine. J’avais envie de dessiner un projet plus réaliste, tant dans les ambiances que dans l’univers. Mon trait devait donc forcément changer : jJ’ai recherché un style réaliste plus noir, plus sombre.
Eric et moi-même avons une passion commune : le fantastique ! Nous avons donc décidé de mélanger nos envies de thriller tout public à ce genre. Le Chant des Stryges est né de nos discussions et de nos envies.

Corbeyran semble avoir la possibilité de se fondre facilement dans des univers fort différents, contrairement à d’autres scénaristes qui ne peuvent écrire que des récits d’un même genre.

Richard Guérineau : « Avec les Stryges, je m'épanouis en dessinant des ambiances sombres »

Il alterne facilement thriller, récits de genre et autres histoires plus intimistes. Il arrive à passer d’un style à l’autre avec beaucoup de facilité. Eric est quelqu’un d’éclectique. On se ressemble finalement beaucoup car j’apprécie également les histoires plus intimistes.
D’ailleurs, j’ai envie d’écrire et dessiner un récit qui tendrait vers ce type d’histoire. Mais il me faut trouver le temps d’alterner les Stryges avec un autre projet. J’ai malheureusement moins de temps qu’un scénariste à consacrer à un autre projet ! Hélas...

Etes-vous intervenu dans la trame du Chant des Stryges ?

Bien sûr ! La mythologie des stryges est née de nos discussions. Autant Eric a des idées très visuelles et peut parfois me décrire une scène avec beaucoup de minutie, autant j’ai beaucoup d’idées qui, au fil de nos discussions, sont intégrées au récit. Nous avons construit le synopsis des deux saisons ensembles. J’interviens donc dans l’histoire, tout en me limitant : je ne tiens pas à empiéter sur son domaine réservé. Nous avons heureusement trouvé un bon équilibre.

Saviez-vous dès la création de la série que Le Chant des Stryges comporterait trois cycles ?

Oui. Nous avions prévu trois cycle de six albums. Bien sûr, lors de la réalisation du premier cycle, nous avions une vague idée de la trame du suivant, mais notre perception s’est affinée peu à peu. Nous essayons toujours de maîtriser totalement l’histoire de l’album qui suit celui que je dessine. En décembre 2004, nous avions déjà bouclé la trame du dixième album.

C’est un vieux truc de scénariste pour inclure des éléments de l’histoire dans l’album précédent.

Exactement ! Nous devons connaître le fil conducteur du récit et prévoir le contenu de l’album suivant. Sinon, nous risquons de faire une histoire qui ne tient pas la route...

Pourquoi réaliser autant de séries parallèles ?

Lors de l’écriture du synopsis du premier cycle, nous nous sommes aperçus que la mythologie des Stryges était riche et dense, et que l’on pouvait la développer à d’autres époques. Nous en avions parlé à Guy Delcourt lorsque nous réalisions le premier album. Il nous a demandé de patienter quelques temps. Guy voulait s’assurer que l’accueil des premiers albums du Chant des Stryges soit bon, avant de se lancer dans d’autres séries sur le même thème. En 1999, notre éditeur a finalement accepté de développer ces séries parallèles.
Je me suis moins impliqué dans le graphisme et dans l’écriture du Maître de Jeu et du Clan des Chimères. Je donne juste mon avis à Eric quant à la trame de l’histoire.

Intervenez vous dans le graphisme de ces séries ?

C’est délicat d’imposer son point de vue. Je n’aurais pas aimé cela, si j’avais été dans le cas de Charlet (Le Maître de Jeu) et de Suro (Le Clan des Chimères). Je reste donc en retrait ! Dans ses premiers albums, Charlet n’a d’ailleurs pas donné la même représentation graphique aux Stryges que moi.
Par contre, Michel Suro a été plus demandeur. Je lui ai donc envoyé des esquisses et il s’est inspiré de mes dessins.
Finalement, ces différences sont intéressantes : chaque époque - et donc chaque série - possède sa propre représentation des Stryges. Ces dessinateurs ont leurs propres interprétations de l’univers que nous avons créé avec Eric.

Essai pour la couverture d’un Pavillon Rouge

Le Chant des Stryges marque un changement de ton, mais aussi graphique.

Effectivement. Je souhaitais tendre vers plus de réalisme. Malheureusement, dans les premiers albums, mon trait était beaucoup plus retenu. Puis, je me suis libéré.

Vous renforcez les ambiances par de larges aplats de noir.

J’adore jouer sur ces deux couleurs. Ce goût du noir et blanc était déjà fort présent dans l’As de Pique, mais j’étais obligé de me retenir car le récit était beaucoup plus léger. C’est également pour cela que je voulais réaliser un thriller fantastique. Avec une série noire -et parfois glauque, je pouvais m’épanouir en dessinant des ambiances sombres. J’utilise le pinceau pour ces scènes. En fait, j’aimerais réaliser une bande dessinée en noir & blanc, sans couleurs.

Souhaiteriez-vous dessiner une bande dessinée « de gare », imprimée en noir & blanc sur du mauvais papier, et vendue à un faible coût ?

J’ai été élevé avec ce type de bande dessinée. Enfant, je lisais Blek le Rock, par exemple. Plus tard, j’ai découvert avec joie les maîtres du noir et blanc : Hugo Pratt, Toppi et Battaglia. De là à faire de la bande dessinée de « gare » ? Je n’en sais rien !
Aux yeux de certains professionnels et journalistes, je suis déjà considéré comme réalisant de la BD « à trois francs » car les Stryges ont du succès (rires).

N’êtes-vous pas déçu de n’avoir plus que neuf albums du Chant des Stryges à dessiner ?

Dès le départ, nous avons souhaité réaliser trois cycles de six albums. Il m’en reste donc neuf ! Cela représente encore quelques années de travail, et cela reste un défi. J’irai jusqu’au bout, même si je veux trouver du temps pour me consacrer à mes autres envies. Je dessine un album en sept ou huit mois. Pour l’instant, je profite de mes « temps libres » pour travailler sur des couvertures de romans...

Plus vous avancez dans l’intrigue du Chant des Stryges, plus elle s’épaissit..

C’est le but de la série, non ? (rires). Chaque album apporte sa réponse. Mais en même temps, cette révélation amène de nouvelles questions. Si bien que le récit comporte des ramifications innombrables, et de nombreuses pistes pour faire avancer l’intrigue. À partir d’un tronc, on est arrivé à des questions métaphysiques qui nous dépassent.

Comme par exemple la fin de Existences, le sixième album ?

Oui. On y reviendra. Il y a encore des choses à dire sur ce sujet...

Nivek a quelques années de plus dans le deuxième cycle.

Il a vieilli de sept ans. Ce n’est pas rien ! Sa figure est plus creusée. Il est plus abattu et a moins la pêche pour aller au combat. En revanche, l’Ombre est restée aussi fraîche, pimpante et énergique...

Pour la première fois, vous avez dessiné une scène « hot » dans le huitième album.

Certaines personnes en ont été étonnées. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant, car on a bousculé ces lecteurs.

Mais vous ne dessinez pas tout. L’Ombre reste habillée.

C’est une volonté. Nous ne mettrons qu’une scène érotique dans la série. Elle sera totalement justifiée et va être un « choc » pour le lecteur. Mais, je vous rassure, ce n’était pas celle-là !

Le mal qui ronge les personnes qui ont été en contact avec les Stryges semble être plus psychologique que physique.

Nous développons cette piste dans la deuxième saison. Nivek va tenter de découvrir les origines de cette maladie, qui est à la fois psychologique et physiologique. Elle vient du baiser que donne le Stryge à certains humains qu’il rencontre. Une substance secrétée par les Stryges inocule cette maladie mystérieuse.

Le mot de la fin ?

La donne va totalement changer à la fin du deuxième cycle.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Photo de l’auteur (c) Nicolas Anspach
Illustrations (c) Guérineau, Corbeyran & Delcourt

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