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Richard Malka : « En 1941, des avocats juifs se sont retrouvés exclus de leur profession ».
4 novembre 2004

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Richard Malka : « En 1941, des avocats juifs se sont retrouvés exclus de leur profession ».

Richard Malka est avocat « dans le civil ». Spécialiste du droit de la presse, il a notamment assuré la défense de Charlie Hebdo. Il est le scénariste d’une nouvelle série publiée aux éditions Glénat,L’Ordre de Cicéron, qui raconte le combat de Nathan Steiner pour réhabiliter ses ancêtres, une lignée d’avocats français spoliée au cours de la Deuxième Guerre mondiale par le régime de Vichy.

Le premier album est déjà un succès, vendu à près de 40.000 exemplaires. Richard Malka prépare une nouvelle série qui se déroule cette fois dans le milieu des affaires. Le lumineux dessin de Paul Gillon, un des maîtres de la bande dessinée française, vient soutenir le propos de ce scénariste débutant. Un maître du dessin venant au secours d’un maître du barreau, c’est inédit.

Richard Malka : « En 1941, des avocats juifs se sont retrouvés exclus de leur profession ».  L’Ordre de Cicéron raconte un aspect particulier et peu connu de la spoliation des Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale : celle de l’interdiction pour les avocats juifs d’exercer leur profession. C’est basé sur des faits réels ?

-  Malheureusement : oui. Par décret du 16 juillet 1941, le nombre de juifs autorisés à pratiquer la profession d’avocat a été limité à 2% dans chaque barreau, ce qui a entraîné, pour le seul barreau de Paris, 217 radiations. C’est ainsi que des avocats, illustres ou pas, se sont retrouvés exclus de leur profession, souvent une vocation, avant d’être internés puis déportés, comme Pierre Masse dont je me suis inspiré pour créer le personnage de Ferdinand Steiner. Il était, à l’époque, une des plus grandes figures du barreau, ancien héros de la guerre 14-18, ancien député, homme politique de premier plan, maintes fois décoré, modèle d’éthique et grande conscience de ce temps ; ce personnage a été remarquablement évoqué par Robert Badinter dans son ouvrage « Un Antisémitisme ordinaire - Vichy et les avocats juifs » (Fayard, 1997). La « toile de fond » de la seconde partie de L’Ordre de Cicéron est donc effectivement inspirée du comportement de l’Ordre des avocats pendant la guerre. Cela dit, ce n’est qu’un des aspects de mon récit, évoqué parce qu’il ressurgit soudainement 60 ans plus tard...

-  L’Ordre de Cicéron est l’histoire d’une vengeance : l’héritier d’une famille spoliée sous l’Occupation règle ses comptes avec des collabos restés jusque-là impunis. La Libération et l’Après-Guerre ont-ils été si difficiles à gérer pour les familles juives revenues aux affaires ?

-  Je n’ai pas de connaissances assez générales pour répondre à cette question globalement. Par contre, s’agissant des avocats, j’ai une anecdote significative des difficultés rencontrées : leur caisse de retraite a refusé de prendre en compte le temps passé par les survivants en déportation dans le décompte de leur droit à la retraite... Quant à leur clientèle, il leur a fallu bien souvent la reconstituer en redémarrant de zéro.

-  Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre ce récit en bandes dessinées, de préférence à tout autre support ?

-  En fait, la question s’est posée dans l’ordre inverse : cela faisait en effet des années que je souhaitais écrire un scénario de BD. Après avoir proposé aux Editions Glénat un projet de science-fiction, Dominique Burdot m’a suggéré d’évoquer plutôt la profession que je connaissais le mieux : la mienne. C’est ainsi que l’idée de cette BD est née. Le support a donc été déterminé avant que le récit ne soit imaginé.

-  Comment s’est passé votre collaboration avec ce géant de la bande dessinée qu’est Paul Gillon ?

-  C’est un incroyable privilège d’avoir vu mon premier scénario confié à ce magicien espiègle qui est, par ailleurs et comme vous le rappelez à juste titre, une légende de la BD. En fait, je n’ai peut-être pas réalisé immédiatement à quel point c’était miraculeux, ce qui m’a certainement permis de nouer avec ce personnage délicieux des relations franchement simples et amicales. S’il fallait définir d’un mot notre collaboration ce serait le mot « plaisir » que je choisirais. J’ajouterai que ce fut une collaboration très étroite (bien que tout à fait respectable) au cours de laquelle chacun a œuvré dans le respect sourcilleux du travail de l’autre, aucune modification n’intervenant sans dialogue et débat préalable, qu’il s’agisse du graphisme, des dialogues ou du découpage. Je crois que cette harmonie entre le travail du scénariste et celui du dessinateur, sans oublier celui du coloriste, Hubert, se ressent pour les lecteurs.

-  Comment l’album a-t-il été accueilli ?

-  Extrêmement bien par le milieu judiciaire dont j’ai reçu de nombreux témoignages d’amitié. Plus largement, les réactions ont été très favorables et souvent chaleureuses de la part des critiques et du public. Pour un premier album, je ne pouvais décemment pas rêver mieux. Cela m’encourage à continuer de flirter avec un emploi du temps légèrement ingérable.

-  La suite, c’est pour quand ?

-  Cela fait presque un an que j’ai fini d’écrire le tome 2, alors c’est davantage Paul Gillon qui tient les rênes sur ce point, qui est à même de répondre, mais a priori ce sera entre juin et septembre prochain.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 2 novembre 2004.

En médaillon : Richard Malka- Photo (c) D. Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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