River’s Edge - Kyôko Okazaki - Sakka

4 novembre 2007 0 commentaire
  • Chronique d'adolescents très déboussolés, cet album est aussi cru que touchant. De la très bonne bande dessinée.

Troisième volume de Kyôko Okazaki à paraître en France après Pink et Helter Skelter, ce bord de rivière nous propose de suivre quelques moments de la vie de plusieurs lycéens, plus tout à fait enfants mais pas du tout adultes. Leur point commun, des comportements quelque peu auto-destructeurs : violence, prostitution, boulimie, tout cela fait partie du quotidien de ces jeunes qui semblent vivre en dehors de toute influence adulte, en tout cas directe. Le poids de la société, de ses valeurs conformistes, est bien là, implicite mais inévitable.

Haruna est une jeune fille qui a l’air bien dans sa peau, mais elle ne semble pas pouvoir se détacher de Kannonzaki, son petit ami violent. Elle sympathise avec Yamada, souffre-douleur qui semble attirer la violence des autres garçons, lui-même en relation avec Kozué, jeune modèle que tout le monde envie mais qui est sujette à la boulimie. Ajoutez à cela Tajima, la copine de Yamada, folle amoureuse de lui mais qui ignore que celui-ci préfère les garçons, quelques autres personnages secondaires gravitant autour des principaux, et vous obtenez un mélange instable qui ne demande qu’à exploser à un moment ou à un autre, et où tous les personnages semblent susceptibles de commettre l’irréparable. Cette instabilité est symbolisée par un cadavre caché dans un terrain vague, dont la découverte est dissimulée par Yamada, qui ne la révèle qu’à Haruna, par amitié, ou peut-être par envie de laisser quelqu’un pénétrer dans son jardin secret.

L’auteure a un don manifeste pour mettre en scène des personnages qui, peu sympathiques au premier abord, nous touchent de plus en plus par leur humanité et leurs contradictions. Si les scènes de sexe ou de violence sont crues et choquantes, c’est bien par l’éclairage qu’elles apportent sur la mentalité des personnages : le sexe est ici affaire de domination, ni plus ni moins que la violence.

River's Edge - Kyôko Okazaki - Sakka

Le travail de dessinatrice de Okazaki est tout aussi fascinant : son dessin, assez simple au premier abord, recèle des trésors de finesse et d’émotions, et le rythme de lecture est remarquablement maîtrisé. Ce style semblant jeté convient parfaitement à la peinture du sentiment de fragilité qui imprègne tout l’album.

Les personnages de River’s Edge semblent conjurer les incertitudes de l’avenir par des comportements extrêmes qui les mettent en danger eux et ceux qui les entourent. Paradoxalement (ou non, d’ailleurs), ils sont d’autant plus attachants pour cela, et les rares moments de légèreté où apparaissent quelques sourires n’en sont que plus précieux pour le lecteur, et laissent la porte ouverte pour les personnages à des lendemains moins pesants.

(par François Peneaud)

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