Russell Chase - T1 : Le Loup de Tasmanie - Richard D. Nolane & Pasquale Del Vecchio - Les Humanoïdes Associés

11 mai 2005 0 commentaire
  • La science n'est pas toujours de tout repos, surtout lorsque l'on s'occupe d'une discipline peu reconnue. Ainsi le nouveau héros de la série de Nolane et Del Vecchio a-t-il pâti de son intérêt pour la cryptozoologie... mais la roue tourne vite.

Quand débute cette première histoire, Russell Chase est responsable de la sécurité au zoo de San Francisco, viré de l’université après avoir été dupé par un faux film sur le yéti. Les circonstances le font revenir dans son pays natal, la Tasmanie, où ses retrouvailles avec sa famille vont lui faire découvrir une photo de Thylacine, un marsupial prédateur présumé disparu depuis les années 30. Bien évidemment, il se met en quête des origines de la photo, qui lui permettront de prouver que l’animal existe encore. C’est le retour en grâce pour le scientifique déchu, mais pas la fin de l’aventure : un de ses vieux amis (celui-là même responsable du fiasco avec le yéti) lui montre une autre photo... celle-ci représentant la patte coupée d’un grand singe, et l’analyse d’un des poils de la patte confirme qu’il ne s’agit d’aucune espèce connue. Revoilà Chase sur la trace du yéti...

Russell Chase - T1 : Le Loup de Tasmanie - Richard D. Nolane & Pasquale Del Vecchio - Les Humanoïdes Associés

Le terme de « cryptozoologie » (lit. "étude des animaux cachés") a été inventé dans les années 50 par Bernard Heuvelmans, ami et collaborateur de Hergé qui lui a emprunté sa description du Yéti pour Tintin au Tibet. Richard D. Nolane, le scénariste de Russell Chase, s’intéresse depuis longtemps à cette science (qui, il faut le reconnaître, a servi d’alibi à nombre de charlatans), et a écrit deux ouvrages sur le sujet. On comprend donc que cette série est née de sa passion, mais cela ne suffit pas pour faire une bonne histoire. En effet, si les prémisses de cette série sont bien sympathiques, l’histoire semble avoir du mal à décoller, et reste un peu au niveau d’une série B. Il y a le valeureux héros, beau et intelligent, il y a une belle jeune femme (qu’il ne peut s’empêcher de protéger sur la couverture - il faudrait peut-être dépasser ces clichés, un jour ou l’autre), il y a son supérieur méprisant et idiot (il trouve le mot « cryptozoologie » difficile à prononcer - on se demande s’il existe vraiment un universitaire qui trouverait un tel mot compliqué...) sur qui il aura sa revanche, et bien sûr, il y a une belle brochette de méchants sans scrupules, dont une Triade et un ex-haut gradé soviétique reconverti au gangsterisme, grand collectionneur d’animaux rares.
Heureusement, le dessin très agréable de Pasquale Del Vecchio donne des couleurs à ce mélange un peu gentillet. Son trait réaliste convient parfaitement à une histoire mêlant monde réel et animaux qui, pour ne pas être fantastiques au sens strict du terme, n’en sont pas moins inexistants (l’honnêteté intellectuelle nous oblige à préciser "jusqu’à preuve du contraire, en tout cas").

Russell Chase manque donc tout de même d’épaisseur pour dépasser le simple divertissement - plutôt bien construit, cela dit. Nous verrons dans les tomes suivants si l’ambition du scénariste lui fera prendre des chemins moins balisés, ce qui serait la moindre des choses pour une histoire mettant en scène un cryptozoologue.

(par François Peneaud)

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