Sara Quod ("L’Art d’aimer") : "J’ai un amour infini pour les histoires simples qui parlent de gens simples"

8 juin 2018 0 commentaire
  • Le Lugdunum - Musée & Théâtres romains (ancien Musée gallo-romain de Lyon) a accueilli cette année les artistes JC Deveney et Sara Quod en résidence. Ils en ont tiré un album qui, à travers trois histoires d’amour et de séduction, illustre les trois parties de {L’Art d’aimer d’Ovide} en mettant en scène des couples au sein du musée.
    Nous avons rencontré la jeune dessinatrice, qui a accompli un travail en un temps très restreint qui force l'admiration, pour qu'elle nous présente l'album et l'exposition inaugurée cette semaine.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Oui, je suis née et j’ai grandi à l’île de la Réunion, j’ai passé un bac Arts Appliqués puis je me suis "expatriée" à Lyon pour faire l’école Émile Cohl. J’ai passé mon diplôme et voilà deux ans que je travaille dans l’illustration, en jeunesse, dans la presse et en bande dessinée.

Sara Quod ("L'Art d'aimer") : "J'ai un amour infini pour les histoires simples qui parlent de gens simples"

Depuis le début de votre jeune carrière, vous avez déjà illustré La Guerre de Troie. Avez-vous développé un goût particulier pour l’histoire et pour la bande dessinée historique ?

Je crois que c’est le fruit du hasard. Ce sont des projets qui sont venus à moi, c’est très intéressant d’approfondir ces sujets mais je ne dirais pas que c’est mon dada. J’ai un amour infini pour les histoires simples qui parlent de gens simples, ou pour l’actualité plus que pour l’histoire, je dois dire. Après, c’est toujours très satisfaisant d’apprendre !


JPEGAvant vous, trois auteurs avaient travaillé dans le cadre d’un partenariat entre le musée gallo-romain et le Lyon BD Festival, selon trois styles différents : Jibé montrait en 2015 surtout comment fonctionnait le musée, Obion avait une vision subjective en 2016, pleine d’humour, tandis que B-Gnet, en 2017, a développé une fiction, une espèce de Jurassic Parc gallo-romain. Comment ces trois expériences vous ont-elles inspirée ?

Ce qui m’a plu à travers leurs album, c’est le pouvoir imaginaire que peut dégager une grosse pierre ou un bout de quelque chose non identifié. Après, contrairement aux auteurs précédents, je travaille en binôme, donc je n’ai pas du tout eu la même approche sur le projet.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet : comment êtes-vous arrivée sur cette aventure ?

Mathieu Diez, le directeur du LYON BD Festival, m’a contactée en septembre dernier. Le projet m’impressionnait : c’était ma première BD et puis je n’ai jamais écrit d’histoire, j’ai un peu paniqué et c’est là qu’est arrivé... super JC !

Vous avez bénéficié d’une résidence au musée Lugdunum : pouvez-vous nous dire en quoi cela consiste de manière concrète ?

On a bénéficié d’une visite privilégiée avec plein d’histoires incroyables, d’un passe-droit pour faire des tours et des tours de musée jusqu’à tout bien comprendre et puis des locaux pour installer une expo. Mais on attend encore notre nuit au musée, sacs de couchage dans le sarcophage du Triomphe de Bacchus. (Rires)

Pourquoi avoir choisi d’utiliser Ovide ?

Parce que JC a eu un crush sur L’Art d’aimer, et parce qu’il a les cheveux bleus (même si ça reste à prouver).


Combien de temps a pris la réalisation de l’album ?

Alors on a commencé à en parler en septembre donc, l’histoire a été validée en décembre, j’ai pu commencer début janvier et hop trois mois après, c’était le rendu ! Je pense qu’on peut dire que c’était très court et très sport !

Avez-vous utilisé une documentation graphique importante ? Vous êtes-vous inspirée d’une iconographie antique ?

En fait, ma documentation, c’était en grande partie d’aller au musée et de "paparazzier", autant les lieux que leur contenu. Après, j’essayais juste de coller un peu aux représentations qu’on connaît des dieux, tout en me les appropriant.

Avez-vous modifié votre style pour ce travail ? Souhaitiez-vous un dessin plus réaliste, au contraire plus stylisé ?

Pas du tout ! J’ai eu carte blanche, j’ai été très libre de ce côté là, l’important pour moi après, c’était juste que ça plaise à tout ceux qui travaillaient sur le livre.

Sur quels éléments des collections du musée vous appuyez-vous particulièrement ?

Sur la statue de Vénus, sur celle d’Eros, ils ont été une base solide de représentation pour la BD, sur les goodies des gladiateurs et puis la vitrine beauté/make-up !

Les musées d’Orsay ou du Louvre ont développé de nombreux albums de bande dessinée réinvestissant leurs œuvres de manière onirique, journalistique, humoristique ou fictionnelle. Ont-elles constitué une source d’inspiration ?

Pas vraiment, je crois. Ça aurait pu, mais on est parti sur la structure du livre d’Ovide et de là, l’album a pris une direction très précise, en fait. Après, c’en est peut-être une pour le musée Lugdunum qui propose le projet !

Une exposition est présentée au musée à partir du 1er juin et jusqu’au 2 septembre : pouvez-vous nous la présenter ?

Oui, elle est somptueuse, c’est JC qui s’en est chargé, moi je suis époustouflée. Dedans, il y a plein de choses à apprendre, avec des cartes, des objets sortis des réserves du musée qui sont fous, toutes les explications qui vont avec. Et tout ça est mis en lien avec la bande dessinée qui vient illustrer aussi l’expo. Il y a des originaux en couleur directe et des encrages au crayon. Les lumières sont classes, l’univers est bien ancré, je suis vraiment contente !

Quels sont vos projets à venir ? Seront-ils encore historiques ?

Oui, contre toute attente, la BD que je termine là, est une biographie de Victor Hugo. Ensuite, j’ai un album jeunesse à réaliser, un conte philosophique d’Amadou Hampâté Bâ transposé dans un Bénin mi-actuel, mi-ancien, c’est une demi-prise de distance avec l’histoire !

Propos recueillis par Tristan Martine


(par Tristan MARTINE)

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