Secret Wars, ou la disparition annoncée de l’univers Marvel !

28 août 2017 0 commentaire
  • Entre 2015 et 2016, le scénariste Jonathan Hickman transforme radicalement l'univers Marvel grâce à l'événement qu'il dirige : les réalités dans lesquelles évoluent les célèbres personnages n'existent plus !

Comme le laissait comprendre les différentes histoires menées par le scénariste Jonathan Hickman depuis 2012, les univers Marvel se percutent les uns et les autres à cause de leurs créateurs cosmiques (les Beyonders) ; faisant disparaître des réalités à un rythme effréné. Il ne reste plus qu’un seul choc possible entre les deux derniers univers connus : l’univers 616 (l’univers classique) et l’univers 1610 (l’univers Ultimate, né au début des années 2000). Lequel va survivre à cette ultime collision ? Il y aura t-il même un univers encore debout après cet événement ? Alors que les héros des deux dernières réalités tentent par la force d’arracher leur survie à leurs derniers concurrents, l’inéluctable semble de plus en plus proche...

Les univers 616 et 1610 disparaissent, seule demeure la lumière blanche et absolue des Beyonders... Sauf qu’un invité s’est glissé sous leur nez et les a soumis à son nouveau pouvoir. Ce personnage, c’est le docteur Fatalis de l’univers 616, l’ennemi juré des Quatre Fantastiques et souverain de la Latvérie. Grâce à un mystérieux atout dans sa manche, il utilise le pouvoir des Beyonders pour créer une nouvelle réalité grâce aux résidus qu’il a pu rassembler à travers ce qu’il restait de la Création. Ce bric-à-brac de réalités n’en forme désormais plus qu’une, sous le pouvoir de l’empereur-Dieu Fatalis : « Battleword ».

Secret Wars, ou la disparition annoncée de l'univers Marvel !
Univers classique contre univers Ultimate dans le ciel de Manhattan : est-ce que ce combat aura une quelconque incidence dans la percussion de leurs mondes respectifs ?
© Marvel

L’existence du Battleworld est donc la finalité de l’œuvre de Jonathan Hickman dans l’univers des Avengers : en rendant hommage au premier crossover Marvel (Secret Wars de Jim Shooter, 1984), il jette la totalité des personnages de l’éditeur dans une réalité bariolée où existent dans diverses portions de territoires les plus grands récits de sa continuité. Par exemple, à l’ouest de Fatalisgard, on retrouvera les terres de Spider-Island (inspirées de l’événement Spider-Island de Dan Slott, en 2011), pas loin de celles du baron Apocalypse (inspirée de l’événement Age of Apocalypse de 1995). Chacun de ces territoires est isolé des autres par d’énormes murs, qu’il est interdit de franchir... sous peine d’être puni par l’empereur-Dieu Fatalis ou ses hérauts, les Thors !

Fatalis a-t-il changé de nature ?

Le récit de la fin des mondes est réussi, celui de l’existence du Battleworld aussi. Si Hickman appuie beaucoup sur les notions de désespoir et de drame lors des premiers épisodes, il plonge ensuite les lecteurs face à un dilemme bien cornélien : est-ce que l’empereur-Dieu Fatalis est « bon » parce qu’il a sauvé les réalités ou bien est-il toujours « mauvais », car il soumet ici à ses caprices une réalité contre-nature et sans cohésion ?

Les différents personnages de l’éditeur qui ont survécu à la fin du monde ou qui vivent dans cette réalité, parfois depuis plusieurs années, se retrouvent eux-aussi face à ce choix, ce qui entraîne invariablement un conflit d’ordre planétaire à l’échelle du Battleworld : faut-il pour ces personnages se battre pour revenir à des réalités préexistantes ou faut-il se battre pour garder le monde qui a permis de sauver leur existence même ? Si on ajoute à cela des personnages qui ont leur propre planning pour dominer leurs camarades ou le monde, les lecteurs n’ont pas fini avec cet album d’aller de surprise en surprise.

Le seul hic que nous pouvons relever ici, c’est que même dans un récit de neuf épisodes, Jonathan Hickman est obligé de faire des concessions et propose assez fréquemment des ellipses narratives où les évolutions du Battleworld, notamment en dehors du château de l’empereur-Dieu Fatalis, ne sont qu’évoqués... Les lecteurs sont alors obligés de lire d’autres séries de l’éditeur Marvel qui participent à cet événement pour comprendre le fin-mot de certaines histoires ; ce qui nous apparaît dommageable.

Reed Richards contre Victor von Fatalis... Même à la fin des réalités connues, les deux continuent de nourrir une querelle vieille de quelques décennies.
© Marvel

La grande surprise de cette histoire, c’est qu’elle est centrée sur une équipe de personnages oubliés par l’éditeur Marvel mais pas par Jonathan Hickman qui a été leur scénariste attitré des années auparavant : les Quatre Fantastiques. Eh oui, alors que nous aurions pu penser qu’à l’instar d’Infinity ou Time runs out du même auteur, les Avengers sauvent à nouveau ici la mise de l’univers, Jonathan Hickman a plutôt décidé de montrer leur impuissance et de centrer le récit sur la famille Richards.

Reed, Monsieur Fantastique, pensait en effet avoir perdu sa femme Susan et ses deux enfants lors de la disparition des réalités... Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que l’empereur-Dieu Fatalis les avait sauvés, puis avait effacé leur mémoire pour faire d’eux sa propre famille ! Secret Wars est donc le récit d’un homme qui n’a plus rien à perdre, Reed, qui va partir à l’assaut de son plus mortel ennemi afin de lui arracher sa famille et retrouver ainsi l’amour des siens !

Si l’opposition entre Richards et Fatalis est passionnante à suivre tout au long de cet épisode, c’est non seulement grâce à la capacité de Jonathan Hickman de mettre en valeur une rivalité de plusieurs décennies entre les deux personnages, mais aussi à celle d’écrire de manière captivante le personnage de Fatalis. Imposant par sa puissance et sa manière retorse de détenir le pouvoir, Fatalis sait aussi fendre l’armure avec Susan et Valeria (la fille de Susan et Reed qu’il a sauvée à sa naissance et dont il avait choisi le nom). Et si Battleworld lui permettait avant tout de vivre une vie de famille qu’il n’avait jamais eue et qui lui permettait de devenir une meilleure personne ? Grâce à Jonathan Hickman, le lecteur est constamment pris entre deux sentiments contradictoires : détester l’empereur-Dieu ou ressentir de l’empathie à son encontre.

Ces deux figures ne sont pas les seules à être très bien traitées par le scénariste. Parmi les super-héros, nous retiendrons particulièrement la création du corps des Thors chargé de faire respecter la loi divine dans Battleworld, l’ambivalence du shérif Stephen Strange qui n’a pas voulu faire ce que Fatalis a fait sous ses yeux pour sauver les réalités (mais qui est néanmoins capable de grandes surprises avec beaucoup de panache) ou encore la belle place réservée dans le récit à la Panthère noire.

Du côté des super-vilains, on retrouve une galerie haute en couleurs mais c’est surtout Thanos qui en impose beaucoup à nos yeux, lui qui a une longue expérience sur ce que c’est de devenir un être aux capacités divines et de commander la Création, ou encore Mr. Sinistre (le machiavélique scientifique sans états d’âme échappé de l’univers des X-Men) voire le Reed Richards de l’univers Ultimate (lui aussi, scientifique génial et sans scrupules qui essaie de trouver son intérêt dans cette ubuesque situation).

L’applomb de Thanos, le titan-fou, n’est pas de trop quand il s’agit de faire face à l’empereur-Dieu Fatalis.
© Marvel

Toutefois, face au gigantisme d’un projet qui se veut être une synthèse des règles de cet univers, nous nous attendions davantage à voir les Avengers dans le feu de l’action ; eux qui avaient été si bien mis à l’honneur par le scénariste durant l’événement Infinity. Pas d’Iron Man ou de Captain America à l’horizon, mais ce choix a l’effet positif de laisser le champ libre aux Quatre Fantastiques et à Fatalis ce qui n’est pas mal, déjà. Nous regrettons aussi le très faible recours aux X-Men dans cette aventure, parfois à contre-emploi de leur univers : le personnage de Scott Summers symbolise malheureusement ici le peu de cas qui est fait aux mutants dans cette histoire.

Si on ajoute à l’ensemble le fabuleux travail du dessinateur Esad Ribic qui propose des planches aux traits finement exécutés et de sublimes couvertures réalisées par Alex Ross pour chacun des neuf épisodes, Secret Wars est assurément un album à ne pas louper pour les amateurs des aventures proposées par l’éditeur Marvel, car ils trouveront ici ce qui est très probablement le meilleur événement de l’éditeur dans le cours des années 2010. Un événement que nous conseillons pour les amateurs de l’éditeur en général, mais particulièrement aux fans des Quatre Fantastiques car ils y trouveront un passionnant chapitre supplémentaire à l’une des plus belles créations de l’univers Marvel.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Secret Wars | La Fin des temps. Par Jonathan Hickman (scénario), Esad Ribic et Paul Renaud (dessins). Traduction de Jérémy Manesse. Panini Comics, collection Marvel NOW. Sortie le 5 juillet 2017. 312 pages. 22,00 euros.

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