Seigneur Venin – Par Gabbarel Dalmatius – Quadrants

16 décembre 2011 13 commentaires
  • À la suite de l’irradiation du monde, hommes et singes s'affrontent pour le contrôle de la Terre. Mais, venu de l'Hadès, un démon veut prendre part à ce jeu mortel.

Après l’apocalypse nucléaire qui s’est abattu sur la planète des Hommes, le royaume des morts, l’Hadès, s’est ouvert sur le monde. Peuplés d’hommes et de divers mutants en affrontements permanents, l’Enfer s’est incarné sur Terre. Pour se protéger des singes, les humains ont construit les immenses murailles d’Umanurga. Malgré tout, l’homme et le singe restent des parents proches et dans leurs animalités carnassières sont des prédateurs.

Au cœur d’un affrontement sans fin entre deux races qui n’ont pas résolu leur incapacité à cohabiter, un ange déchu se fraye un chemin...

Seigneur Venin – Par Gabbarel Dalmatius – Quadrants
Seigneur Venin
Gabbarel Dalmatius – Quadrants ©

Gabbarel Dalmatius, pseudonyme latinisé de Gabriel Delmas, met en scène une saga symboliste de l’avenir possible de l’humanité. Cette mythologie explore autant la sauvagerie primitive que le macabre du genre humain. Cette relecture de l’Apocalypse croise toutes sortes de références historiques et mythologiques. À la peinture de la Renaissance tout d’abord. Proche de Jérôme Bosch et de Bruegel, on retrouve ici les ingrédients des constructions apocalyptiques des peintres flamands, notamment dans la réalisation excellemment exécutée de batailles dantesques.

Seigneur Venin
Gabbarel Dalmatius – Quadrants ©


Les bêtes géantes et monstrueuses, apparitions démentes et esprits torturés nous font penser à Lovecraft. Les allégories utilisées sont nombreuses, délicates et perverses. Dans la ligné des grandes odes aux rois et aux empereurs (les noms latinisés de l’auteur et des personnages), on plonge au centre d’une trame tissée pour nous perdre dans les méandres de notre propre folie. Les références à la culture chrétienne (on croise la figure du Christ, une cité à l’image de la tour de Babel) se mêlent aux mythologies grecques, romaines et scandinaves ainsi qu’à l’Histoire (Athènes et son port Le Pirée).

La figure du péché originel est très présente, les hommes n’auraient donc rien appris. Loin de l’Eden, les corps sombrent dans une gigantesque démence.

Voici une légende sortie du Moyen Age pour donner une leçon aux modernes. Un univers médiéval-fantastique dans lequel on mesure l’homme à l’aune de ses péchés et donc de sa puissance. Prêt à tout pour acquérir celle-ci, il peut se dévoyer dans n’importe quelle folie pour atteindre dieu, être dieu et réduire toutes choses à son usage. Les hommes sont « doubles et mauvais dans le secret de leur cœur »

Seigneur Venin
Gabbarel Dalmatius – Quadrants ©

Ce livre atypique joue sur les codes classiques de la gravure et du mythe. Le dessin est soigné et travaillé, les crayonnés noir et blanc sont excellents. La grande finesse du détail et des mouvements des corps permet de décrire des personnages tiraillés dans leurs plus bas instincts. Le très beau travail sur les cités avec des contrastes puissants offre la vie et la mort dans leur ultime splendeur.

Cet album ambitieux, justement sélectionné pour le festival d’Angoulême, est une réussite.

(par Vincent GAUTHIER)

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13 Messages :
  • Le dessin est exceptionnel, 220 pages magnifiques et sombres. Une très grande réussite, dans la lignée de Grangousiers.

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  • Seigneur Venin – Par Gabbarel Dalmatius – Quadrants
    16 décembre 2011 12:23, par Fred Poullet

    Voici ce que j’avais répondu ailleurs sur ce site à Mr Plume occulte à propos du conformisme bourgeois :

    Tiens, je vais vous citer un VRAI livre non-conformiste Mr Plume, Seigneur Venin de Gabarel Dalmatius, un livre tout à fait improbable et loin du conformisme petit-bourgeois que vous conspuez... Mais chose, ô combien paradoxale, il se trouve dans la sélection du FIBD.

    "Comment lutter contre ses ennemis quand ses derniers vous adoube".

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  • De quand date cette bd ? C’est une réédition ? Car c’est très seventies, ça rappelle des histoires d’Alexis mâtinées de Toppi, toute une époque !

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    • Répondu le 16 décembre 2011 à  14:42 :

      non ça vient de sortir (novembre je crois).

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      • Répondu par Vincent GAUTHIER le 16 décembre 2011 à  19:54 :

        "Seigneur Venin" est disponible depuis le 2 novembre 2011 dans toutes les bonnes librairies. Ce n’est bien entendu pas une réédition mais une nouveauté à lire absolument.

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    • Répondu par Snouff le 18 décembre 2011 à  12:22 :

      C’est sûr, pour une fois qu’on en tient un qui sait dessiner, et dont le style est très personnel. ça faisait longtemps...

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  • Seigneur Venin – Par Gabbarel Dalmatius – Quadrants
    16 décembre 2011 15:56, par Matthieu V

    Amusant, à priori ce dessin a un coté Rosinsky période "Grand pouvoir du Schinkel". Ou est-ce que je me plante complètement ?

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    • Répondu par Vincent GAUTHIER le 16 décembre 2011 à  19:55 :

      Effectivement le dessin et son côté sombre peut y faire penser mais c’est beaucoup plus "brut" et direct dans l’approche.

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    • Répondu le 19 décembre 2011 à  12:14 :

      Le dessin, si prodigieux soit-il, ne fait pas tout.

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  • Seigneur Venin – Par Gabbarel Dalmatius – Quadrants
    19 décembre 2011 11:45, par Fred Poullet

    Diable, nous sommes bien loin ici de Rosinsky... il faudrait bien d’avantage songer à la poésie d’un Druillet pour la folie du projet et à un Richard Corben dégénéré au niveau du dessin.

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    • Répondu par Sergio Salma le 19 décembre 2011 à  13:43 :

      Bonjour les amis bédéphiles. Toutes les références citées sont assez peu pertinentes je pense. L’auteur a certainement beaucoup aimé des choses plus anciennes, gravures et dessins classiques, à partir du 16 ou 17è siècle voire plus ancien encore. Savez-vous que l’art du dessin a commencé avant la bande dessinée ? Si deux auteurs pouvaient être cités ce sont peut-être Toppi et surtout Buzzelli qui traitaient leurs pages avec de nombreuses hâchures. Eux-mêmes héritiers de la gravure classique ou bien encore des dessinateurs et illustrateurs façon Wrightson( et simultanément pas mal de réalistes espagnols ou italiens comme De la Fuente ou Andreas en France -Belgique ) Mais tout ce cousinage et tout cet héritage n’enlèvent rien à l’univers de cet auteur qui raconte ses propres histoires, expose son propre imaginaire. Le graphisme est toujours un mélange de références volontaires ou inconscientes mais il faudrait donc lire l’ouvrage pour se faire après lecture une opinion plus précise quant à la culture de l’auteur. Et son originalité véritable sera dans le propos de son récit. Ici, on a le tort de "juger" sur quelques images qui en effet rappellent quelques grands anciens.

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      • Répondu par Fred Poullet le 19 décembre 2011 à  15:46 :

        Vous savez que le livre est en librairie et que certains ont pu l’acheter, et l’apprécier, et ne jugent pas uniquement sur les images mises en ligne...

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      • Répondu par Alex le 19 décembre 2011 à  23:41 :

        Toppi et surtout Buzzelli

        Mais oui mr Salma, Buzzelli ! Cela m’a sauté aux yeux aussi- je voulais d’ailleurs intervenir à ce propos puis par flemme... Pourrions-nous convenir que j’ai trouvé cette affiliation avant vous ? (j’ai bien besoin de redorer mon blason après cette appellation dans ce forum de vieux "aux dents jaunes", Ouch !)

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