Soleil s’attaque à l’uchronie aérienne : « Wunderwaffen » !

17 avril 2012 8 commentaires
  • Combats entre avions à réaction : Soleil prolonge la Seconde Guerre mondiale dans un tonnerre de feu et d’acier, tandis que, dans le même temps, dans la même collection, "Far Albion" aborde la science-fiction.

Rendons à César ce qui est à César, c’est l’éditeur suisse Paquet et Romain Hugault qui, les premiers, remirent au goût du jour des aventures de ces fous volants dans leurs rutilantes machines. Certes Biggles et Buck Danny étaient toujours présents pour contenter les aficionados mais, épaulé par Yann, Hugault permis d’attirer à nouveau un large public, grâce au petit aspect sexy qu’il apporte à ces aventures de haut vol.

La collection Plein Gaz de Glénat répliquant à la collection Calandre bien implantée par Paquet, le lien entre la collection Cockpit du Suisse et cette récente publication de Soleil est tout aussi évidente, même si Delcourt avait déjà remis un pied dans ce domaine grâce à l’excellente trilogie du Faucon XXX.

Wunderwaffen, cependant, est une escadrille promise à un bel avenir !

Soleil s'attaque à l'uchronie aérienne : « Wunderwaffen » !
Les combats demeurent l’atout principal de Wuinderwaffen...

Wunderwaffen : les armes miracles du IIIe Reich

Le sens de Histoire tient souvent à peu de choses. Les auteurs imaginent ici qu’après la mort de Joukov et d’une partie de l’état-major russe, l’échec du Débarquement de Normandie permet à Hitler de reprendre la main, en raison de la réussite technologique des ingénieurs allemands qui mirent au point les premiers avions à réaction, de même que les premières fusées V1 et V2.

Bien entendu, les Alliés tentent de se mettre à niveau, mais toujours avec un train, ou plutôt un avion, de retard.

Les Allemands tiennent désormais le ciel en août 1946. Après l’attentat qui a défiguré son Führer, Goebbels sait bien que l’Allemagne a besoin de nouveaux héros, et c’est pourquoi elle demande au fürher de décorer lui-même le jeune chef d’escadrille des Wunderwaffen, Walter Murnau, une vraie tête brûlée. Mais lors de ce face-à-face cérémoniel, Murnau laisse un peu trop transparaître son dégoût pour le dictateur. Malgré les avancées technologiques proposées par cet as de la Luftwaffe, le maître du Reich, dont la mégalomanie et la paranoïa ont été encore exacerbées par l’attentat dont il a réchappé, décide de muter le héros sur l’un des fronts les plus engagés de l’Est.

De l’autre côté de la Manche, le Général de Gaulle semble enfin avoir mis la main sur l’élément qui lui permettra de briller devant Churchill. Un ingénieur rescapé des camps d’extermination d’Auschwitz livre les détails cruciaux qui permettent à l’aviation alliée d’empêcher que leurs avions ne se fassent tirer comme des pigeons[sic]. Mais cet ingénieur met surtout l’état-major en garde sur les récentes transformations apportées aux camps de la mort... Les ingénieurs allemands semblent avoir trouvé une nouvelle arme miracle pour porter le coup décisif dans ce conflit qui s’éternise !

Un récit passionné et ultra-documenté

Même si Yann & Hugault ont tracé la route avec Le Grand Duc, cette escapade aérienne au sein de la Seconde Guerre mondiale propose un scénario riche et innovant due à l’uchronie proposée, mais aussi à la grande documentation sur laquelle s’est appuyée Richard D. Nolane, à qui l’on devait déjà les Tigres Volants avec feu Félix Molinari.

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... Mais le contexte historique est les possibles avancées technologiques allemandes constituent un terreau solide pour de passionnantes aventures.

Passée l’hypothèse de base, ce récit imaginaire repose en effet sur le cadre historique rigoureux de 1944 : au sein de l’armée allemande, des voix s’élèvent contre Hitler, d’où la logique de l’attentat, et les sentiments du héros du récit qui paraît cependant bien jeune pour ne pas avoir été endoctriné par la propagande de l’époque.

Sur la base des V1-V2, des essais avaient été réalisés sur des avions à réaction à l’époque, mais ils avaient été arrêtés par Hitler ; les ingénieurs allemands étaient l’élite scientifique de l’époque, n’oublions pas que les USA n’ont pu réaliser la bombe atomique qu’en regroupant tous les savants mondiaux, y compris ceux qui avaient fui l’Allemagne.

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Un dossier très instructif vient complèter cet excellent premier tome

Cette toile de fond très réaliste est donc le premier grand avantage de Wunderwaffen ! Ce n’est pas de la science-fiction, car les ces réalisations vont arriver deux ans après le décrochage, ce qui permet aux auteurs d’imaginer comment la situation mondiale va évoluer. Tous les coups sont permis, surtout s’ils sont gagnants !

La seconde grande qualité de Wunderwaffen est le soin et le détail des illustrations apportés par Maza. Ses batailles aériennes sont superbes, et même si la démesure est parfois perceptible, on ne peut résister à la passion qui se dégage de ces combats aériens, fort bien mis en couleurs par les studios Digikore.

Le scénario qui imagine un jeune pilote d’escadrille poursuivi par la vindicte d’Hitler, use certes de quelques grosses ficelles, mais le lecteur est séduit par la qualité globale du récit et harponné par les détails inattendus de revirements scientifiques. Ill faut vraiment être très critique pour bouder son plaisir.

Wunderwaffen est construite comme une machine de guerre éditoriale !

Far Albion : de la SF géopolitique

De l’uchronie, on passe à la science-fiction avec cette autre publication de chez Soleil : Far Albion.

On y imagine la terre détruite, comme l’introduit fort bien la première page de l’ouvrage, l’humanité se partageant l’univers connu en différentes parties, afin de réaliser son exploration et son exploitation. Aux frontières de l’espace, on retrouve le secteur britannique, nouvellement dénommé Far Albion.

Cette station-frontière, chargée de défendre le périmètre de Far Albion offre des détails techniques fort bien amenés. En quelques pages, le cadre du récit est posé, et la tension monte crescendo, au rythme de l’avancée de cet ennemi qui fond sur ces jeunes Anglais.

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La première page plante rapidement et efficacement le cadre de la série avant de plonger l’action

La deuxième partie du récit est certes plus conventionnelle, avec des références assumées à Alien 2 ou Starship Troopers. On y fait connaissance avec les divers protagonistes du récit qui compose ce groupe de Sales Marines dépêché sur le lieu de la station.

La gamme des personnages est d’ailleurs très bigarrée, car à part les non-humains qui viendront rapidement mettre leur grain de sel dans le récit, on retrouve dans le groupe de Space Marines, des humains « traditionnels » avec leurs sentiments forts qui lient certains d’entre eux (amour, haine...), mais aussi des précognitifs dotés de pouvoirs psy, ainsi que des robots et des clones soumis à l’amélioration génétique, mais dont on connait encore peu les résultats.

Le travail de scénariste de Jean-Luc Sala, surtout remarqué pour sa série Cross Fire, est le grand atout de Far Albion. Le contexte géopolitique est brossé aussi rapidement qu’efficacement, et l’équipe présentée est si habilement mise en place qu’on aurait voulu en profiter un petit peu avant que les Extra-terrestres mûs par leur prophétie ne débarquent à tout berzingue ! La loi du marché est ainsi faite : il faut donner rapidement la mesure de son univers dès le premier tome i l’on veut prolonger la série !

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D’entrée, on plonge dans le suspense de cette découverte de l’Inconnu

Le scénario suggère-t-il que cette première rencontre entre humains et aliens ne serait que la réplique d’une précédente qui se serait déroulée quelques années plus tôt ? Jean-Luc Salma fait le lien avec une légende anglo-saxonne ! De quoi faire oublier le trait sautillant d’Emmanuel Nhieu qui convient mieux aux vampires moyenâgeux qu’aux lignes techno de la SF pure. il permet à ce premier tome de s’achever sur un excellent rebondissement, histoire faire saliver le lecteur pour la suite !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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8 Messages :
  • Y en a pas un peu marre de toutes ces conneries avec des nazis ? J’aime l’uchronie mais là, ça ne me fait pas du tout rêver, et ce dessin pseudo réaliste académique rajoute à ma répulsion.

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  • … Pour en finir sur ce sujet, ces collections de "guerre réaliste" (chez Paquet ou autres) me font penser à un mélange médiocre de fascination et de fétichisme pour les maquettes Heller et les BD de chez Elvifrance, au premier degré, figé, plat… On se croirait dans un hors-série "avions" du Journal de Spirou rêvé par feu Thierry Martens avec, parfois, un peu de cul en supplément… Bien loin de la qualité du "Sergent Rock" de Kubert, du "Steve Canyon" de Caniff ou même du "Buck Danny" de Hubinon et Charlier… sans parler du "Kriegspiel" de Arnon et Bocquet ou de certains épisodes du "Hellboy" de Mignola. Non, décidément, je trouve ça vraiment laid et pesant à tous les niveaux (dessin, scénario, narration).

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    • Répondu le 21 avril 2012 à  21:47 :

      Si ca ne vous plait pas c’est que vous n’êtes pas la cible. N’en dégoutez pas les autres.

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      • Répondu par Alex le 22 avril 2012 à  00:04 :

        La "cible"... L’argument fait mouche ! L’intervention de Mr Poussin est justifiée à mon avis : une esthétique de la destruction qui doit au moins être susceptible de soutenir une critique.

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      • Répondu par GPoussin le 22 avril 2012 à  00:23 :

        "La cible" ? Ah ! ah ! Voilà bien un terme révélateur qui mêle le marchand au militaire et qui convient parfaitement à ce genre de collection ! Non, je suis un lecteur de BD passionné qui fréquente les librairies et je pense encore avoir le droit de ne pas m’enthousiasmer devant des concepts foireux qu’on essaye de me vendre… et de le dire (en argumentant). On est encore en démocratie et cet endroit est appelé « forum », non ?

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    • Répondu le 22 avril 2012 à  01:47 :

      Kriegspiel, c’était le regretté Arno et non Arnon.

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      • Répondu le 22 avril 2012 à  12:22 :

        Oui, c’est vrai. Son recueil Kids était également magnifique. Mais qui dessinait Battler Britton ? BD anglaise ?

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    • Répondu le 22 avril 2012 à  21:10 :

      Vu les derniers résultats d’élection en France, ce genre de bd peut plaire à 18 ou 19% des gens, c’est une grosse niche.

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