Spirou, au service des droits de l’homme

5 octobre 2018 0 commentaire
  • En publiant « L’Espoir malgré tout », un roman graphique de plus de 350 pages racontant les mésaventures de Spirou et Fantasio sous l’occupation, Emile Bravo fait bien plus qu’un « Spirou par… » : un chef d’œuvre dont on ne saisira l’importance que dans quatre ans et qui porte haut les notions de dignité et de droits de l’homme. Pas étonnant que l’ONU s’en serve comme ambassadeur pour porter sa parole.

Le lieu est symbolique à souhait : le lancement, hier, du dernier album d’Émile Bravo, Spirou : L’Espoir malgré tout, au Palais de Chaillot, c’est-à-dire à l’endroit même où, il y a 70 ans a été prononcée la Déclaration des droits de l’Homme, n’est évidemment pas un hasard.

Le 10 décembre 1948, en effet, a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies la Déclaration universelle des droits de l’homme, un texte qui, en 30 articles, pose les bases des droits civils et politiques ainsi que les droits économiques, sociaux et culturels des êtres humains.

Rédigée par différentes personnes de nationalités et de milieux variés, sous la houlette d’Eleanor Roosevelt, l’épouse du président des États-Unis, elle est signée par 51 États. Ils sont aujourd’hui plus de 200...

Le but ? «  Plus jamais ça !  », éviter que se reproduise ces deux terribles guerres mondiales qui ont ensanglanté le monde : 20 millions de morts pour la Première , 60 millions de morts pour la Seconde…

Le moment est là pour rappeler que les démocraties sont fragiles, et parfois suicidaires, la montée actuelle des nationalismes d’extrême-droite faisant furieusement écho aux errements d’avant ces guerres… Cette déclaration rappelle qu’au-dessus de toutes législations nationales, quels que soient les régimes, il y a ces droits fondamentaux de l’être humain.

Spirou, au service des droits de l'homme
Au Palais de Chaillot, hier (de G. à Dr.) Jean-Christophe Ogier, journaliste à France Info, Emile Bravo, Laurent Sauveur, chef du Service des relations extérieures du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme et la rédactrice en chef de Spirou, Florence Mixhel.

Sous l’égide de l"ONU

Ce lancement s’est fait en présence de Laurent Sauveur, chef du Service des relations extérieures du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. Interrogé, Émile Bravo a souligné dans quel état d’esprit il porte cet ouvrage depuis cinq ans et la raison pour laquelle il a choisi de faire vivre Spirou en Belgique sous l’occupation allemande : le théâtre d’une époque qui a perdu ses repères et qui se retrouve, face à l’arrivée des Allemands, avec le sentiment qu’ils ont définitivement gagné la guerre et qu’il allait falloir vivre dans cet « ordre nouveau » a des accents particuliers aujourd’hui alors que la peste brune est désormais à nos portes.

Rares sont les gens qui entretenaient alors un esprit de résistance et qui imaginaient une issue heureuse à cette situation ? Son Spirou raconte la guerre, dit Bravo, « à hauteur d’enfant », de l’âge d’un jeune groom qui entre progressivement dans l’âge adulte. « C’est mon regard d’enfant. Ce sont les questions que je me posais enfant... » dit-il. Il faut dire qu’Émile Bravo, dont les deux parents sont des immigrés espagnols rencontrés en France, se sent en quelque sorte « un enfant d’Hitler et de Mussolini » puisque que l’un et l’autre ont installé durablement un régime fasciste en Espagne, cause de l’émigration de ses parents.

Le numéro de Spirou en kiosque le 10 octobre 2018 : 30 dessinateurs de renom illustrent les 30 articles des Droits de l’Homme.

Émile Bravo ne veut pas distinguer spécialement un régime oppresseur, l’Allemagne nazie en l’occurrence. Le mal est, selon lui, tapi en chacun de nous. Chacun est prêt à communier la haine au nom de la défense de son identité. « Mais si l’on va au bout de la logique identitaire, constate assez finement Bravo, il ne reste plus qu’une seule identité : la sienne. »

Il a mis en scène la Belgique parce que c’est un pays jeune qui n’a pas de long « roman national » mais une forte identité catholique, un passé colonial et qui a été le théâtre de conflits européens à plusieurs reprises. En dépit de ces spécificités, c’est un profil finalement assez universel.

Emile Bravo, Laurent Sauveur et Florence Mixhel faisant le signe de Spirou.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

C’est le Haut-Commissariat lui-même qui a demandé à Dupuis d’associer son message à Spirou. Il en a résulté un partenariat de lancement de cet album, ainsi qu’un numéro spécial de Spirou où 30 auteurs -pas tous de Dupuis puisque par exemple Philippe Geluck et son chat sont aussi de la partie- illustrent chacun des 30 articles de cette loi fondamentale.

Certaines de ces histoires ont eu droit à leur webtoon dédié. Une exposition itinérante associant Spirou et les Droits de l’Homme circulera aussi bien en Belgique, qu’en Suisse, au Mali et en Arménie !

Nous reviendrons plus d’une fois sur l’album de Bravo qui reste un des événements marquants de l’actualité éditoriale du moment.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

L’EXPOSITION SPIROU ET LES DROITS DE l’HOMME SERA VISIBLE

-  Au Palais des Nations (Genève, Suisse) du 8 au 19 octobre
-  Au Palais Wilson (Genève, Suisse) du 22 octobre au 2 novembre 2018
-  Au Sommet de la Francophonie (Erevan, Arménie) du 7 au 13 octobre 2018
-  À l’Ambassade belge (Bamako, Mali) du 22 au 24 novembre 2018
-  Au Palais d’Egmont (Bruxelles, Belgique) le 10 décembre 2018, soit le jour même de l’anniversaire de la Déclaration, lors d’une journée organisée par le Ministère des Affaires Etrangères de Belgique en présence de 3000 jeunes avec une sharing-box incitant les jeunes à faire le signe de Spirou
-  Dans le centre commercial MAL d’Avry-Centre (Suisse) du 9 au 16 octobre 2018
-  Au festival BD de BDMania (Belfaux, Suisse) du 4 au 6 novembre 2018

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