Spirou et Rob-Vel à Saint Malo

4 juillet 2018 0 commentaire
  • " Moi je prends de l'âge.. Il n'y a que mon personnage qui ne vieillit pas ! ”, s'exclamait Rob-Vel, son créateur, en 1979. Et c'est vrai, Spirou fête ses 80 ans sans prendre une ride ! A cette occasion, l'association Quai des Bulles lui consacre une exposition estivale à la Chapelle Saint-Sauveur de Saint-Malo. Histoire de rappeler qu'avant Jijé et Franquin, le père de Spirou était Robert Velter alias Rob-Vel, et que celui-ci entretenait des liens particuliers avec Saint-Malo...
Spirou et Rob-Vel à Saint Malo
Dès l’entrée, dans l’exposition de Saint-Malo, le visiteur est accueillis par un Spirou géant.

En dépit de sa multitude de créations au graphisme incroyablement moderne pour son époque, Rob-Vel n’est que peu connu du grand public. C’est pourtant le créateur graphique du personnage de Spirou ! Adolescent, il travaillait au Ritz Carlton de Londres. Il a aussi été chef de rang sur des transatlantiques et c’est sur l’un d’eux qu’il a rencontré le dessinateur américain Martin Branner (Winnie Winkle) qui lui mit le pied à l’étrier en l’engageant comme assistant. Sont-ce ces années de service qui lui ont inspiré le petit groom qui naît le 21 avril 1938 ?

Jean Dupuis décide cette année-là de lancer un journal destiné au jeune public, déçu par la littérature de jeunesse de son époque qu’il jugeait peu conforme à la morale chrétienne. Les éditions Dupuis comptaient alors déjà plusieurs périodiques à leur actif, comme les mémorables Moustique (le nom du Moustic Hôtel en est un clin d’œil), une revue de programmes radio et TV, et le féminin Bonnes Soirées.

Pour le nom du groom, Dupuis se rappelle dans ses mémoires (non publiées) : “Un jour, un de nous, je ne sais plus qui, proposa ce titre : Spirou !... C’est-à-dire le nom wallon du gentil et sautillant petit animal qu’est l’écureuil... Alors, adoptons ce titre : Spirou ! Vive Spirou !”. C’est assez ingénieux, puisque ce mot désigne aussi l’espièglerie, dans son sens figuré. On apprendra plus tard que le nom avait été soufflé par l’écrivain Émile-André Robert, un ami des Dupuis. Toutes ces anecdotes Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault le racontent très bien dans leur formidable Histoire du Journal de Spirou.

Dupuis souhaite que l’illustré soit représenté par un personnage à l’image des lecteurs qu’il aimerait attirer : jeune, vif et facétieux. Pour lui donner un visage, Robert Velter qui n’avait pas encore adopté la signature de Rob-Vel, semble l’homme de la situation à l’éditeur.

Un héros moderne

Rob-Vel a trouvé son inspiration pour Spirou en se souvenant de son service sur des transatlantiques.

Sous le pseudonyme de Bozz (grand admirateur de Dickens, il souhaitait rendre hommage à son recueil de nouvelles,Esquisses de Boz), cet auteur avait séduit l’éditeur belge car il avait créé le personnage de Toto pour une revue concurrente lancée l’année précédente par Le Petit Parisien  : Le Journal de Toto. Formé, comme nous l’avons expliqué, aux techniques de la bande dessinée américaine, sa collaboration constituait en outre un gage de modernité.

Rob-Vel faisait régulièrement le voyage entre New York et Le Havre en bateau… C’est donc là qu’il découvre les mousses de sonnerie, ancêtres des grooms. Il voit tout de suite leur potentiel scénaristique par rapport à l’écolier que Dupuis voulait : c’est un personnage qui voyage, qui peut vivre de multiples aventures. La forte caractérisation de son costume le plaçait dans le rang de ces personnages immédiatement identifiables comme Mickey, Charlot ou Félix le chat ses contemporains.

C’est pour cela que l’exposition s’ouvre sur un décor de paquebot ! Dans celui-ci trône un buste en bronze de Rob-Vel, destiné à être exposé sur une place de Saint-Malo, probablement près de la médiathèque. Si l’exposition s’intègre si bien dans cette belle ville côtière, c’est que Rob-Vel y passa la fin de sa vie avant d’y mourir le 27 avril 1991.

Un destin exceptionnel

Spirou sera ensuite repris par de nombreux dessinateurs. Chacun apportera sa touche au personnage, que ce soit en modernisant son apparence ou en enrichissant son caractère, son univers et son entourage. Parmi les plus notables on compte Jijé et Franquin, qui ont créé à deux le personnage de Fantasio tel qu’on le connaît aujourd’hui. Jijé l’avait imaginé comme un gaffeur, très fantasque. Franquin le rendit plus sérieux, notamment dans Gaston.

Le Breton Jean-Claude Fournier reprit Spirou des mains de Franquin. Sacré challenge !
Un calque d’instruction de Franquin pour Fournier.
Dans le chapeau de Spirou sont exposés des planches originales de Rob-Vel, Franquin ou encore Fournier.

Autre personnage incontournable de Spirou : le Comte de Champignac, créé par Franquin. Le manoir du savant est représenté sur une reproduction en grand format. D’ailleurs, le « bibi » de Spirou trône, géant, comme s’il avait été victime d’une expérience du comte. C’est un espace d’exposition dans lequel le visiteur est invité à entrer pour contempler des originaux de Rob-Vel et de ses successeurs.

Dans les années 1950, Franquin modernise drastiquement Spirou en prenant la suite de Rob-Vel et Jijé.

Mais ce qui distingue aussi Spirou de ses contemporains, c’est son bestiaire. Rob-Vel donne à son groom une mascotte qui fait honneur à son nom : l’écureuil Spip. On le retrouve sculpté en bronze par un artiste rennais. Quant au Marsupilami inventé par Franquin, il n’est pas en reste et une artiste de Cancale a installé un splendide microcosme amazonien où de l’eau coule, et dans lequel la longue queue jaune et noire dépasse du feuillage.

Tout cela, l’association Quai des Bulles, organisatrice du festival de BD de Saint-Malo, nous propose de découvrir dans la Chapelle Saint-Sauveur de la cité corsaire. Car oui, le Quai des Bulles, ce n’est pas qu’un festival : c’est aussi une organisation active tout au long de l’année qui met en oeuvre des expositions estivales, comme cela avait le cas avec la rétrospective Gotlib en 2013.

Un incontournable de cet été si vos pas vous mènent à proximité de la côte bretonne. Chapeau bas, Spirou !

Spip, malin, se désole peut-être ici d’une gaffe de Fantasio.

(par Céline Bertiaux)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Saint-Malo (35400) - Ille-et-Vilaine

Adresse : Chapelle Saint-Sauveur rue Saint-Sauveur

Téléphone : 02 99 40 39 63

Entrée : Payant

Prix minimum : 5.5

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