Stéphane de Caneva ("100 milliards d’immortels") : "J’ai essayé de créer le plus grand bac à sable possible".

23 septembre 2017 0 commentaire
  • On trouve de tout sur les sites de financements participatifs. Parfois, un projet se démarque singulièrement des autres et entraine une adhésion importante. Cela a été le cas avec le premier tome de "100 milliards d'immortels" grâce à l'originalité de son univers, à son format comics et surtout au talent de dessinateur et d'encreur de son auteur, Stéphane de Caneva. Interview à l'occasion du lancement du second opus, "Radio Zero", sur le site Ulule.

- Pouvez-vous nous présenter l’univers futuriste de « 100 milliards d’immortels » et comment vous en avez eu l’idée ?

L’histoire se déroule dans un monde bouleversé par un événement survenu un siècle plus tôt : en une nuit, tous les morts de l’histoire de l’humanité sont mystérieusement réapparus sur Terre. Depuis cette date, plus personne n’est passé de vie à trépas. Dans ce monde étrange où Jésus Christ peut désormais croiser Gengis Khan, Radio Zero va suivre plusieurs personnages : un soldat des guerres napoléoniennes revenu à la vie, un tueur en série aux prises avec ses victimes, deux personnages historiques se livrant une course effrénée pour la conquête des étoiles, des boxeurs prisonniers d’un cadre insolite, un milliardaire changeant chaque jour de corps, les participants d’une étrange chasse à l²’homme… 

Stéphane de Caneva ("100 milliards d'immortels") : "J'ai essayé de créer le plus grand bac à sable possible".
(c) Stéphane De Caneva

La création de cet univers a commencé comme un jeu, en essayant de créer le plus grand bac à sable possible, dans lequel tous les thèmes et tous les genres pourraient être abordés : de la science-fiction à la BD historique, des histoires de fantômes aux questionnements métaphysiques, en passant par tous les genres liés aux époques de naissance des différents personnages.

Omnis Obscura, pl1 (c) Stéphane De Caneva

- Pourquoi un dessin en noir et blanc ? Pour la "force" du noir et blanc ou pour des questions économiques ? Avez-vous essayé une mise en couleur partielle, comme les auras des abstraits en vert par exemple ?

Le noir et blanc était au départ un choix économique mais il s’est rapidement transformé en choix esthétique. Omnis obscura, la première histoire de 100 milliards d’immortels, s’inspire fortement du pulp, du roman noir, et des vieux comics. Le noir et blanc colle donc parfaitement à cette ambiance. C’est aussi un clin d’œil au fanzinat et à la BD alternative qui ont influencé la démarche très « micro-édition » de ce projet.

Concernant les « auras », j’ai en effet un temps pensé à une mise en couleur partielle. J’ai finalement gardé le principe du noir et blanc en optant pour un traitement graphique différent entre les auras, qui contiennent des niveaux de gris, et le reste du dessin, qui est du pur noir ou blanc.

- Vous avez choisi le format "comics" : histoire découpée en épisodes courts, impression en petit format à couverture souple... Pourquoi ne pas avoir choisi un grand format "à l’européenne", hormis le fait que les comics sont à la mode ?

Tout simplement parce que le grand format n’est pas naturel pour moi. J’ai découvert et aimé la BD grâce aux comics et les petits formats représentent encore 95 % de mes lectures. Le financement participatif a été pour moi l’occasion de proposer aux lecteurs un format comics épisodique, quelque chose que j’avais envie de faire depuis longtemps mais qui aurait difficilement été viable pour un éditeur traditionnel. 

Omnis Obscura, pl18 (c) Stéphane De Caneva

- Un interlude, en plein milieu du premier tome Omnis obscura a été dessiné par Jelena Dordevic. Pourquoi ce choix et est-ce que nous allons va retrouver le même principe dans le second volet ?

Le succès de la campagne de financement participatif m’a permis de proposer quelques bonus et j’en ai profité pour inviter sur le projet des artistes que j’admire. Jelena a dessiné cet interlude, Annabelle Léna a écrit une nouvelle, Laurent Sieurac, Laurent Lefeuvre, Sébastien Barré, Radja Sauperamaniane, Jelena Krotka ont réalisé des illustrations… Sur Radio Zero, je dessinerai à priori toutes les pages de BD mais cela peut encore changer.

- L’univers que vous avez inventé fourmille de possibilités : on rêve de voir ce que vous faites de JFK, de Jésus et de Napoléon. Pourtant, le premier opus laisse cet aspect de côté pour une intrigue très ésotérique. C’est intéressant mais un peu frustrant. Vous ne voulez pas vous attaquer à mettre en scène des personnes connues, même à travers des personnages secondaires ? Une histoire d’Amour entre César et Marylin Monroe serait intéressante non ?

L’angle d’Omnis Obscura était de montrer un monde ayant changé beaucoup trop vite, de manière non maîtrisée et quasi-anarchique. Le point de vue est donc celui de personnes ordinaires qui subissent cet environnement étrange qu’ils ne comprennent pas forcement. Les personnages historiques y sont uniquement représentés via des écran géants, ils n’interagissent pas avec les héros. Ils les surplombent. Ils ne font pas partie des mêmes sphères.

Mais de nouvelles histoire pourront aussi montrer le point de vue de ces figures historiques.

(c) Stéphane De Caneva

- Pour rester sur cette question, Holt Latham, le héros du premier volet, se fait voler la vedette par un ensemble de personnages secondaires beaucoup plus intéressants, finalement, que lui, tels que Sémiramis ou Rob LaBlanche par exemple. Est-ce que nous allons en retrouver certains dans ce nouvel épisode ?

Tous ces personnages secondaires, que ce soit LaBlanche, Vienne, Sémiramis ou Olga, ont en effet pris le pas sur Holt au fil de l’écriture. Il faut dire que Latham est par essence un personnage qui refuse catégoriquement d’être le moteur de l’aventure, il fallait donc d’autres points d’ancrage. On en retrouvera peut-être certains dans Radio Zéro...

- Après le financement d’Omnis Obscura, vous aviez indiqué laisser de côté pour un temps cette série. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

Je savais en terminant Omnis Obscura qu’il restait encore de nombreux aspects à explorer dans cet univers. Je ne prévoyais pas forcement de la faire tout de suite mais il se trouve que les quelques idées que j’ai posé sur le papier se sont développées beaucoup plus vite que prévu. J’avais aussi envie d’expérimenter de nouvelles pistes graphiques et ces idées s’y prêtaient à merveille. J’ai donc décidé de profiter de l’énergie et de l’enthousiasme qu’elles m’inspiraient pour en faire quelque chose rapidement. 

Omnis Obscura, pl19 (c) Stéphane De Caneva

- Pourquoi le choix du financement participatif ? Vous n’avez trouvé aucun éditeur intéressé pour publier le premier volet ? Quels sont, pour vous, les avantages et les inconvénients du financement participatif ?

Pour être tout à fait honnête, il y a eu des discussions avec un éditeur concernant le premier volet. Le projet ne s’est pas fait et il aurait sans doute été assez différent s’il avait été réalisé dans ce cadre-là. Le financement participatif m’a permis de partir sur des partis-pris plus audacieux, comme le format comics épisodique, le noir et blanc... Des choix qui n’auraient pas été rentables pour la structure d’un gros éditeur mais qui deviennent réalisables avec une démarche plus artisanale. Les avantages du financement participatif sont aussi ses inconvénients, il faut s’occuper de tous les aspects de la vie de son livre. De la communication, du financement, de la comptabilité, de la logistique... 
 
- Et vous faites d’ailleurs une communication très efficace sur l’avancement de vos projets, sous la forme de petites BD numériques, dont Laurent Sieurac nous avait vanté les mérites. Après le succès d’Omnis Obscura, vous avez sans doute été démarché par des éditeurs pour publier la suite, non ? Pourquoi rester sur Ulule ?

Il y a eu quelques approches mais tant que je n’ai pas besoin d’investissements plus lourds, j’apprécie de mener ce projet en indépendant. Je prévois pour l’instant de continuer à le développer de cette façon. Je trouve qu’un projet relativement modeste comme celui-ci est plus vivant et visible de cette manière plutôt que d’être la énième sortie hebdomadaire d’un éditeur. J’invite donc les lecteurs d’ActuaBD à se rendre compte par eux-même du projet sur Ulule.

- Pour les lecteurs qui rateraient le financement, est-il possible de se procurer les albums d’une autre manière ?

Les campagnes de financement participatif sont le meilleurs moyens de se procurer les albums, notamment pour profiter de bonus exclusifs. Sinon, il faut attendre que les Ululeurs soient servis et me contacter directement via mon site web ou mon Facebook.

(c) Stéphane De Caneva

(par Jérôme BLACHON)

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