Sylvie Fontaine : variations et métamorphoses

14 février 2007 0 commentaire
  • Non, l'être humain ne se change pas seulement en cafard. Sylvie Fontaine chronique les métamorphoses des relations amoureuses, dans son nouvel ouvrage qui se déguste comme une dose de bon acide. Hallucinations garanties.

Sylvie Fontaine est une auteur rare, mais multiple. En moins de dix ans et une demi-douzaine d’albums, elle a bâti une œuvre à la fois reconnaissable et en reformation permanente, où la réalité dans son désir d’unicité et d’uniformité doit laisser place à la puissance de l’imagination et de la recréation de soi.

Déjà, dans Là-Bas, un petit album publié par La Cafetière en 1999, un homme en costume trois-pièces poursuivait ses rêves, dans un univers onirique aux formes rondes et changeantes en opposition avec la froideur et la raideur de la ville.

Sylvie Fontaine : variations et métamorphosesS’ensuivit une histoire en deux parties (2000 et 2002) chez le même éditeur : Cubik est une fable politico-sociale située dans un monde totalitaire où tous les êtres humains portent une boîte qui leur cache la tête. Interdiction formelle de contacter les Boules, d’étranges sphères qui flottent mystérieusement... Ici, la métamorphose des personnages est intérieure, leur cheminement celui de la prise de conscience qu’une autre vie est possible.

Fin 2001, un petit album chez Les Oiseaux de Passage vient Changer Tout : une machine qui peut tout faire est inventée. Quelle va être son effet ? Le côté fabuliste de l’auteure lui donne de nouveau l’occasion de transformer le réel tout en faisant joliment passer quelques idées humanistes.

Enfin, en 2004 chez BFB paraît Calamity, le seul récit réaliste de Fontaine : au début du siècle dernier, une jeune femme apprend qu’elle est la fille de Calamity Jane. Elle va partir sur les traces de sa mère. Très différent formellement des précédents albums (pas seulement de par l’absence d’éléments fantastiques), cet ouvrage montre que l’auteure peut développer la psychologie de ses personnages de façon plus classique - mais le thème de prise en main de son identité, aussi fluide soit-elle, est bien présent.

Le Poulet du dimanche, son nouvel album, voit donc Sylvie Fontaine publier chez un nouvel éditeur, Tanibis, réputé pour la qualité de son travail - et cet album ne déroge pas à la règle. Il fallait bien cela pour accompagner les délires très maîtrisés de l’auteure.

La plus grande partie de l’album présente une succession de saynètes dans lesquelles des couples et des familles se font et se défont, au gré des métamorphoses de leur membres. Une sorte de somatisation extrême des espoirs et désespoirs que ressent tout un chacun. Au travers de ces interprétations parfois psychanalitiques des rapports humains, Fontaine opère une transmutation du quotidien, qui nous donne à voir comme une nouvelle dimension où, à côté des trois habituelles, les sentiments prennent chair. Il y a quelque chose d’expressionniste dans ces corps en mutation, une sorte de beauté intérieure que ne renierait pas le surréalisme.

Dans cet album sont également inclus des carnets de croquis, une jolie histoire d’amoureux en lévitation, et, pour clôre l’ouvrage, une incroyable double-page qui en remontre à Geoff Darrow pour la densité des détails, scène citadine où l’observation de la rue le dispute à la fantaisie et à la caricature. Très planant. Signalons enfin la présence d’une préface signée Moebius, pour lequel Sylvie Fontaine professe une grande admiration. Le sentiment semble être partagé.

Quatrième de couverture

Offrez donc Le Poulet du dimanche à tous les couples de votre connaissance. Ils s’y reconnaîtront immanquablement. Avec un peu de chance, l’album leur évitera une visite chez le psy quand les choses tourneront mal entre eux.

(par François Peneaud)

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