Tahya El-Djazaïr T1 : Du sang sur les mains - Par A. Dan et Galandon - Editions Bamboo

21 juillet 2009 0 commentaire
  • Comment parler d’Algérie après l’oeuvre incontournable (et monumentale !) de Jacques Ferrandez saluée unanimement par la critique BD et des historiens de renom dont l’épilogue vient tout juste de paraître ?

À l’exception de la série Carnets d’Orient ou du dytique Azrayen de Lax et Giroud publié naguère dans la collection Aire Libre, la Guerre d’Algérie reste encore peu traitée dans la bande dessinée francophone ; raison de plus pour s’intéresser à ce dernier album sorti chez Grand Angle Bamboo : Tahya-El-Djazaïr (Vive l ’Algérie).

Paul, jeune instituteur revient en Algérie au début des années 1950. Cet ancien résistant possède de solides amitiés dans la population algérienne, non seulement avec Pierre , ancien compagnon de lutte contre les nazis, aujourd’hui sous-officier dans l’armée française, mais aussi avec Amine, vieil ami musulman, militant communiste pour la cause indépendantiste.

Tahya El-Djazaïr T1 : Du sang sur les mains - Par A. Dan et Galandon - Editions Bamboo

Dans le contexte d’une Guerre d’Algérie naissante qui ne dit pas encore son nom, le jeune homme refuse de choisir son camp. Se déterminer lui est d’autant plus difficile qu’il n’est pas insensible au charme de Yasmina , la fille d’Amine, la jeune femme étant elle-même au service de ce qu’on appelle alors… des terroristes ! À la fin de ce premier tome on comprend que le jeune homme va devoir se déterminer, mais pour qui et au prix de quels sacrifices ?

On retrouve dans ce récit ce qui désormais constitue la « marque » du scénariste : un contexte historique fort et sérieusement documenté, des personnages engagés à la personnalité insolite et singulière entraînés malgré eux dans la « grande histoire ».

Au fil des évènements qu’il va vivre Paul va donc assister à l’effondrement de toutes ses certitudes : aussi bien celles d’une colonisation “à bout de souffle“, que celles, encore plus fragiles, d’amitiés fraternelles devenues interdites. Tout en restant précis sur les mécanismes qui entraînent chacun des personnages vers l’affrontement et la violence, le scénario n’en oublie pas de souligner que chacun d’eux est aussi fait de chair et de sang, pétri d’interrogations et de doutes.

Affronter ce sujet sans tabou, sous un angle neuf et original, c’est le pari tenté par Laurent Galandon scénariste de l’Envolée sauvage et plus récemment de l’Enfant maudit. Un scénariste qui, décidément, n’a peur de rien ! Ce jeune auteur s’affirme à chacune de ses productions de plus en plus comme un créateur exigeant, à la démarche ambitieuse et courageuse.

Le récit haletant et captivant n’évacue aucun des aspects plus ou moins sombres de cette période encore mal connue et d’approche romanesque souvent encore... délicate. Les ambigüités et la difficulté des choix de chacun des protagonistes donnent à cette histoire plutôt simple dans sa progression, beaucoup de force et de crédibilité.

Le récit est particulièrement bien servi par le graphisme précis et souple de Daniel Alexandre (A.Dan) qui s’accorde avec justesse au ton et à l’esprit du scénario. Le travail sur les couleurs d’Albertine Ralenti est efficace et subtil, joue habilement sur des effets “rétro“ mêlant tons sépias et palettes de couleurs réduite recyclant un style graphique très “années ’50". La maîtrise et l’abondance des gris colorés renforcent l’ambiance méditerranéenne et contribuent à un récit crédible et captivant.

Bien qu’on puisse deviner l’issue tragique et difficile de ce récit tendu, on n’en attend pas moins la suite avec une grande impatience.

(par Patrice Gentilhomme)

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