Actua BD
Le site de référence pour la bande dessinée francophone





Tchernobyl en héritage
14 janvier 2013

Partager sur Facebook Citer sur votre blog Version imprimable de cet article Version imprimable

Tchernobyl en héritage

26 avril 1986. Le cœur du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl entre en fusion et commence à fondre, provoquant l’une des plus grandes catastrophes écologiques du XXe Siècle. 22 ans plus tard, Emmanuel Lepage fait partie d’un collectif d’artistes - dessinateurs, peintres, photographes, écrivains - qui décident de se rendre sur place pour rapporter un témoignage, regard différent de celui plus habituel des scientifiques ou des journalistes.

Tchernobyl en héritage
- "Les Fleurs de Tchernobyl" - Par Gildas Chasseboeuf & Emmanuel Lepage - La Boîte à bulles.

Gildas Chasseboeuf et Emmanuel Lepage cosignent un magnifique "carnet de voyage en terre irradiée". Initialement publié par l’association "les dessin’acteurs de bande dessinée", le but était, à leur retour d’Ukraine, de réaliser un livre et une exposition au profit de l’association "Les enfants de Tchernobyl". Épuisé, ce carnet est aujourd’hui réédité par La Boîte à bulles.

Soyons clair : quand bien même on pourrait croire qu’il s’agit d’un énième carnet de croquis, la puissance du lieu et la sincérité des témoignages de Gildas et Emmanuel, tout en simplicité, font de cet album une petite perle.

Au fil des pages, la notion du lieu change : de ce croquis du "monstre", le cœur du réacteur, qu’Emmanuel Lepage ne finira pas rongé par l’anxiété et la peur des radiations, à ces paysages paisibles où la nature reprend ses droits, en passant par ces villes-fantômes et portraits de locaux tous plus touchants les uns que les autres...

JPEG - 20.2 ko
- "Les Fleurs de Tchernobyl" - Par Gildas Chasseboeuf & Emmanuel Lepage - La Boîte à bulles.

Gildas et Emmanuel passent par tous les sentiments, et les transmettent avec une sincérité qui ne peut que nous toucher. Les textes sont simples, bruts, sincères...et les dessins le sont tout autant. Ce petit album est poignant.

L’envers du décor de ce carnet nous est donné à lire dans un ouvrage qu’Emmanuel Lepage signe seul chez Futuropolis, Un Printemps à Tchernobyl. Après Voyage aux îles de la Désolation, ce livre est le deuxième documentaire en bande dessinée de l’auteur. Et inutile d’épiloguer : c’est une merveille.

Objet singulier dans le paysage de la bande dessinée classique, cet album est en sorte le "making of" des "Fleurs de Tchernobyl", mais qui va bien au-delà et donne plus souvent le sentiment de lire un article de fond dans la revue XXI qu’une BD au sens propre du terme.

Quelque part, c’est le défaut de sa qualité, car cet aspect "bande dessinée du réel" pourrait en refroidir certains. Néanmoins, la puissance du thème peut difficilement laisser insensible. Porté par un dessin noir et blanc tout en nuances, d’une puissance telle que parfois même les sons ambiants semblent être transcrits avec minutie, le voyage au cœur de la zone interdite de ce groupe d’artistes vaut tous les scénarios du monde.

JPEG - 30.3 ko
- "Un Printemps à Tchernobyl" - Par Emmanuel Lepage - Futuropolis.

Là où l’album pourrait n’être qu’une suite de croquis, et finalement un bis repetita délayé des Fleurs de Tchernobyl, Emmanuel Lepage a la brillante idée de mettre en scène le dosimètre, appareil mesurant la radioactivité, et de son "tic tac" caractéristique, pour replacer sans cesse ses personnages et ses paysages dans leur contexte.

Alors que le taux naturel de radioactivité est fixé à 0,10, le Dosimètre mesure à l’entrée de la zone 0,18 microsiervert/heure, déjà presque 2 fois plus. En approchant la centrale, ce taux passe progressivement à..... 6 ! Puis 8... puis 9....pour dépasser les 22 micriosierverts/heure ! Le danger est palpable, viscéral, et chaque nouveau portrait d’Ukrainien habitant à proximité de la zone prend un angle nouveau. Le dosimètre devient un véritable personnage, un messager de la mort, au sens propre du terme. Maintenant, on sait.

À notre tour, simple lecteur, nous prenons mesure de l’ampleur et de la gravité du phénomène.

Pour autant, les déambulations dans cette zone interdite ne seront pas uniquement le voyage au cœur des ténèbres que les Français de l’expédition pensaient trouver. Interdite à l’homme depuis 20 ans, la nature reprend petit à petit ses droits. Ils sont venus témoigner et dénoncer à leur retour en France les dangers du nucléaire, et le témoignage d’Emmanuel Lepage ne saurait mieux le faire, mais cette zone franche verte et paisible, la richesse de ses rencontres qu’il nous fait partager, le pousse à se poser cette question :
"...Tu crois qu’on peut dire : "Tchernobyl, c’est beau..." ? "

De cet album, en tout cas, on le peut sans détour. Et ces deux ouvrages, complémentaires au possible donnent ensemble une expérience de lecture d’une richesse incroyable.

JPEG - 95.4 ko
- "Un Printemps à Tchernobyl" - Par Emmanuel Lepage - Futuropolis.

- "Un Printemps à Tchernobyl" - Par Emmanuel Lepage - Futuropolis.

- "Les Fleurs de Tchernobyl" - Par Gildas Chasseboeuf & Emmanuel Lepage - La Boîte à bulles.

Commander Un printemps à Tchernobyl chez Amazon ou à la FNAC

Commander Les fleurs de Tchernobyl chez Amazon ou à la FNAC

(par Gallien Chanalet-Quercy)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Article précédent: Adorable Lou !
Article suivant: Prix Artémisa 2013 pour Jeanne Puchol

1 Message : Participez à la discussion





Commande Albums - Qui sommes-nous ? - Rédaction - Conditions d'utilisation - Régie - Site réalisé avec SPIP