Thierry Joor : "La bande dessinée jeunesse se moque des segmentations et donc des collections"

3 janvier 2007 0 commentaire
  • Créée en 1996, la collection jeunesse des Éditions Delcourt vient de souffler ses 10 bougies. L'occasion pour Thierry Joor, le directeur littéraire, de faire le point sur ce secteur.

En 2006, vous avez fêté les 20 ans de la maison mais aussi les 10 ans de la collection Jeunesse...

Guy Delcourt s’est positionné sur ce créneau avec gaîté, envie et expérimentation. Notre désir, c’est de faire découvrir des histoires aux enfants. On a vu avec Harry Potter que le cinéma pouvait donner l’envie aux enfants de retourner vers le livre. La bande dessinée peut jouer un rôle identique. Elle a autant de valeur que la littérature classique. Ces dernières décennies, la bande dessinée adulte a pris le pas sur la bande dessinée jeunesse qui s’est petit à petit appauvrie en terme de nouveauté et de créativité. On a un peu oublié qu’au départ, la bande dessinée, c’était pour les enfants.

Quels sont les autres succès de la collection jeunesse ?

On peut citer Les Blagues de Toto, Les légendaires, Toto l’ornithorynque, Le petit vampire, Un drôle d’ange gardien… Il faut donner le temps aux séries d’exister et de trouver leur public. Guy Delcourt ne cherche pas la rentabilité à tous prix sur chaque titre. Il est surtout essentiel de faire un catalogue diversifié et cohérent.

Thierry Joor : "La bande dessinée jeunesse se moque des segmentations et donc des collections"
Thierry Joor et Guy Delcourt

Que représente le secteur jeunesse en termes de chiffre d’affaires ?

Environ 10 à 15%. Il faut savoir que ce sont des livres plus difficiles à imposer commercialement. Ils font partie de catalogues spécifiques et il s’agit d’être présent dans les salons, dans les bibliothèques. Notre catalogue est assez éclectique. C’est un peu l’auberge espagnole. La bande dessinée jeunesse se moque des segmentations et donc des collections. C’est à l’enfant de faire "son marché". Il n’y a pas qu’une seule façon d’aborder la bande dessinée jeunesse.

Le stand Delcourt au salon du livre de Montreuil

Comment se portent les ventes de la collection Shampooing ?

Tout est relatif. Dans le secteur jeunesse du livre, 3000 exemplaires c’est un succès. En BD, c’est plutôt un échec. Shampooing, c’est un terrain d’expérimentation. Dans neuf cas sur dix, les livres ne rapporteront pas d’argent. Ce n’est pas grave car il y aura un succès sur dix et surtout le plaisir d’avoir réaliser les neuf autres. Comment ne pas faire confiance à un auteur comme Lewis Trondheim ? Shampooing, c’est du travail à long terme. D’ailleurs, certains titres de la collection ne marchent pas, mais intéressent des producteurs de dessins animés…
Mais Shampooing n’est pas un label jeunesse. Les petits riens, par exemple, s’adresse plutôt à un public ado/adulte.

Le succès commercial des Blagues de Toto est peut-être une aide…

Sur les Blagues de Toto, le potentiel de vente est très important. Mais ce n’était pas gagné d’avance. Delcourt n’était pas attendu sur ce créneau. Pourquoi ça marche ? L’auteur, Thierry Coppée, s’est approprié le monde de Toto, lui a donné une famille contemporaine et un univers propre. Mais ce n’est pas parce que le succès est là que la qualité doit baisser. Bien au contraire. L’ambition sur Toto ou sur Shampooing reste la même.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire une autre interview de Thierry Joor, réalisée en 2005

Photos : © L. Boileau

propos recueillis le 27 novembre

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