Tintin, toujours la mèche au vent

9 février 2016 0 commentaire
  • Tintin, au public vieillissant, disait-on. Un personnage du passé destiné à une élite prétendait-on... Avec un feuilleton radio par la Comédie-Française sur France Culture, une exposition au Grand Palais, deux lieux majeurs de la culture française, et un corpus critique qui ne cesse de s'étendre, Tintin tient bien le cap du XXIe siècle.
Tintin, toujours la mèche au vent
"Hergé, la part du lecteur" de Jean-Marc Pontier (Editions PLG) paraîtra au mois de mars 2016.

Le feuilleton a commencé hier à 20h30 sur France Culture (mais rassurez-vous, on peut l’écouter en Podcast ici : "Alors qu’il vogue vers Port-Saïd en compagnie de son brave Milou, Tintin fait la rencontre de Philémon Siclone, un extravagant égyptologue parti à la recherche du tombeau du Pharaon Kih-Oskh. Ayant accepté de l’accompagner dans sa quête, Tintin va se retrouver mêlé malgré lui à un odieux trafic d’ampleur internationale. De l’Arabie aux Indes, il va devoir traverser une série d’épreuves qui vont lui faire plusieurs fois frôler la mort…"

Cette introduction aux Cigares du Pharaon résume le premier épisode d’un feuilleton adapté pour France Culture par Katell Guillou et joué par les comédiens de la Comédie-Française, l’auguste institution créée en 1680 par ordonnance royale de Louis XIV. Cette production de près de 20 minutes par livraison, réalisée par Benjamin Abitan sur une musique originale d’Olivier Daviaud interprétée par l’Orchestre National de France, fera cinq épisodes et sera le premier de l’un des cinq albums de Tintin que France Culture, depuis longtemps le partenaire de la "Maison de Molière", s’apprête à porter sur les ondes. [1]

Le phrasé est clair, dans une langue parfaitement scandée, nous sommes à la Comédie-Française, bon sang de bois ! Le texte fait surgir des personnages rapidement esquissés comme ce Tintin incarné par Noam Morgensztern tout en retenue, presque neutre, qui reçoit sans barguigner les situations absurdes qui s’offrent à lui et qui décide de partir sans aucune hésitation dans l’expédition archéologique du professeur Philémon Siclone qui lui donne du "cher ami" au bout de quelques secondes.

De gauche à droite Benjamin Abitan, Jérémy Lopez, Noam Morgensztern, les comédiens qui incarnent les personnages de l’album. "Quasiment tous les dialogues ont été conservés" déclare la scénariste Katell Guillou.
Photo : Radio France. Christophe Abramowicz. DR

Rien de bizarre à cela : cette convention avec le lecteur est un aspect assumé par Hergé lui-même. Selon Jean-Marc Pontier, dans son très pertinent ouvrage "Hergé, la part du lecteur", à paraître en mars aux éditions PLG, car c’est précisément dans cet épisode, Les Cigares du Pharaon, que se construisent les fondements du style hergéen : "On pourrait se borner à une lecture colonialiste : Tintin, dans la lignée du Congo, assujettit l’autochtone engeance à des fins d’exploitations personnelles (l’éléphant lui obéit, apportant de l’eau pour se doucher). Pour autant, c’est à un autre degré que l’épisode paraît capital, emblématique de la position d’Hergé vis-à-vis de son lecteur. il parvient, par l’invention d’une langue -et c’est le propre de tout artiste que de créer son mode personnel d’expression - à toucher chez le lecteur ce qui relève à la fois du subconscient et d’une langue préexistante, autrement dit ce qui est donné habituellement comme la caractéristique première de l’éléphant : la mémoire. Hergé, à travers Tintin, comme tout créateur intervenant dans un univers fictionnel, se pose ainsi comme découvreur d’une langue."

C’est cette langue-là, nue, sur un décor sonore mais dépouillé du dessin, qui redonne de la voix au texte d’Hergé, un classique digne de Molière...

Sans le texte, cette fois, Hergé sera encore en haut de l’affiche mais au Grand Palais dans une grande exposition rétrospective cornaquée par Sophie Chang, conservatrice au Musée Hergé à Louvain-la-Neuve, et Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais.

Il est vrai que la fin de l’année sera marquée par la célébration des 70 ans du journal Tintin et les 60 ans de L’ Affaire Tounesol en septembre.

Nous aurons donc d’autres occasions pour vous parler de Tintin dans les mois qui viennent.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Tintin en Podcast sur France Culture

- Hergé au Grand Palais, du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017, au Grand Palais, avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris. M° Franklin-D.-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau. Dimanche et lundi de 10 à 20h. Mercredi, jeudi, vendredi, samedi de 10 à 22h. Mardi : visites groupées et privatisations possibles sur inscriptions. 13 ou 9€. Gratuité selon conditions habituelles du Grand Palais. Prévente sur le site du Grand Palais.

© Moulinsart, dessin de Hergé.

[1Ce n’est pas la première fois que Tintin investit la "T.S.F" : entre 1959 et 1963, 19 épisodes avaient été diffusés sur la Radiodiffusion Télévision Française, la RTF. Auparavant, les disques Decca avaient déjà produit une version sonore des Cigares du Pharaon (1956), déjà, mais aussi d’Objectif Lune (1957) et On a marché sur la lune (1957). Plus tard, des versions sonores prospérèrent sous les labels RCA : L’Étoile mystérieuse (1962) ; Mary Melody : Le Lotus Bleu (1957), Le Sceptre d’Ottokar (1961), L’Affaire Tournesol (1962), Les Bijoux de la Castafiore (1962), L’Oreille Cassée (1977), Les Sept Boules de cristal (1977), L’Étoile Mystérieuse (1977) ; United Records les dialogues et la musique du film Tintin et le lac aux requins (1973). Pas vraiment facile de s’y retrouver dans ce mic-mac. Si quelqu’un a une source fiable...

  Un commentaire ?