Tintin, une affaire qui roule !

16 décembre 2016 3 commentaires
  • En plus de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais, Tintin est l'invité de luxe de Train World, le nouveau musée du train situé à Bruxelles-Schaerbeek. Une affection pour le rail qui se décline en librairie.

Décidément, Tintin est la figure incontournable de cette fin d’année 2016. Non content de trôner au Grand Palais, d’avoir marqué sa présence au BD-FIL de Lausanne, et d’occuper l’actualité des salles de vente, le reporter du Petit Vingtième devient le premier invité de Train World, le magnifique musée ferroviaire belge inauguré l’année dernière et dont le réputé François Schuiten a assuré toute la scénographie.

Lors de la conférence de presse, Piet Jonckers, le directeur de ce prestigieux établissemnt, n’a pas manqué de saluer le partenariat avec Moulinsart : "Cette première exposition temporaire consacrée à Tintin et les trains est un grand pas pour le développement de Train World. Merci à Moulinsart pour avoir travaillé avec nous sur ce projet. Nous ne pouvons que nous féliciter de cette réelle et positive collaboration."

Tintin, une affaire qui roule !

L’ancien hall de gare a été redécoré aux couleurs de Tintin.
Au premier plan : Nick Rodwell, et Piet Jonckers, le directeur de Train World.

D

A l’intérieur des guichets, des scènes tirées des albums vous surprendront !

Décidément sur tous les fronts, Nick Rodwell a également tenu à remercier François Schuiten d’avoir pensé le premier à ce rapprochement entre Tintin et Train World. "Et comme chez Moulinsart, nous avons des experts en toutes choses, continue-t-il, Je laisse la parole à notre expert en train : Dominique Maricq."

Petits-fils de conducteur de locomotive et fils de cheminot, ce collaborateur de Moulinsart à qui l’on doit déjà plusieurs ouvrages autour du reporter à la houpette a démontré les liens évident entre Tintin et les trains :

"10 janvier 1929 : dès la première case de ses aventures, Tintin prend le train. Cela ne sera d’ailleurs qu’une longue histoire d’amour entre Tintin, Hergé et les trains. Les albums regorgent de convois ferroviaires, de gares, d’aiguillages et d’uniformes. Cette exposition représente donc une belle façon de redécouvrir le monde formidable de Tintin. Nous avons réunis une séries d’originaux, ainsi que la documentation assemblée par Hergé et son père pour réaliser ces albums remarquables. Où que l’on regarde, il y a à chaque fois des découvertes à faire, tout en retournant à l’œuvre elle-même."

Un train à l’image de Tintin... au Pays des Soviets

La visite de presse a permis de dévoiler un train qui empruntera la voie Bruxelles-Nivelles aux couleurs de Tintin. Si l’on s’attendait à ce que les visuels mettent en scène, le reporter en milieu ferroviaire, afin de faire le lien avec l’exposition du Train World, la promotion est au contraire résolument orientée vers le prochain album colorisé que Casterman et Moulinsart publient le 17 janvier prochain.,Ils présentent les mêmes dessins respectivement en noir et blanc sur une face du train, et en couleurs de l’autre. Une excellente réclame !

En voiture !

Revenons à cette exposition qui mérite largement le déplacement jusqu’à Bruxelles. Au lieu de dédier un espace isolé du musée à Tintin, l’exposition temporaire s’insinue admirablement au sein de la scénographie de François Schuiten. Çà et là, des valises ouvertes et abandonnées sur des quais ou des bancs dévoilent la documentation d’Hergé avec, en regard, les planches de Tintin. IL suffit de se mettre en quête des macarons rouges pour suivre les éléments de l’exposition temporaire disséminés tout au long du parcours. Si Hergé et son père s’imposent dès l’entrée, il faut ensuite aller à la recherche des différents éléments, ce qui permet de (re-)découvrir Train World, tout en s’amusant de l’inventivité de cette scénographie amusante.
En effet, l’expo temporaire ne se résume pas à des valises ouvertes. Cela va du plafond, sur des écrans, à des représentations sur des trains, ou derrière une petite vitre. On en vient même à faire machine arrière pour voir un élément qu’un autre visiteur vous dévoile : un vrai jeu de piste !

Trois immanquables

Trois éléments déterminants attireront certainement les Tintinologues :

- Un remarquable long métrage qui retrace tous les voyages de Tintin en train, et qui mêle les cases des albums à des prises de vues réelles. Un documentaire célébrant le rail, mais surtout la culture des pays rencontrés, d’une grande fraîcheur et très dépaysant.

- Dans la maison du garde-barrière, une véritable maison présente sur le site du futur musée que Schuiten a utilisé dans sa scénographie (voir les éléments d’explication du musée à la fin de la visite), un reportage peu connu réalisé en 1976 par FR3 présente la rencontre entre un jeune lecteur de Tintin et Hergé. Dans cet espace rétro, la vision de ce documentaire comporte bien des éléments intéressants (et plutôt inédits) empreints d’une douce nostalgie pour cette époque révolue. Profitez-en pour bien inspecter tous les recoins de la maison !

- Posé sur une caisse, le visiteur pourra retrouver le contenu d’un dépliant qu’Hergé a illustré en 1935 à l’initiative des rails belges (SNCB) : Renseignements pratiques sur le transport des marchandises. A la fois humoristique et très pertinent, ce dépliant est très rare car les archives des chemins de fer belges ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette brochure n’est réparue que dans les années 1980 [1] et avant que Le Feuilleton intégral ne les reproduise peut-être prochainement, cette exposition est une très rare occasion de pouvoir feuilleter cette composition comme l’avait imaginée Hergé.

La grande réussite de cette exposition temporaire est de ne pas s’adresser qu’aux férus de Tintin. Par sa composition et la pluralité des angles de vues, les plus jeunes ou les moins connaisseurs prendront autant de plaisir à arpenter les grandes salles. Une visite à réaliser seul, en couple ou en famille jusqu’au 16 avril 2017. Une très belle réalisation !

Des ouvrages en pagaille

Casterman et Moulinsart profitent de cette exposition pour remettre en avant Hergé, Tintin et les Trains, un ouvrage publié l’année dernière et qui faisait déjà le lien avec Train World.

Inédit par contre, cette remarquable monographie de Philippe Goddin consacrée au contexte de création et de publications des premières aventures de Tintin ! dont on vous parlait ce matin.

Hors des sentiers battus

Moins politiquement correct, Le Dictionnaire amoureux de Tintin se révèle pourtant une superbe immersion dans l’univers d’Hergé. Ancien collaborateur de l’Echo des Savanes et d’Hara-Kiri, ancien rédacteur-en-chef de Fluide Glacial, Albert Algoud est aussi et avant tout un grand connaisseur de Tintin, et d’Hergé, auxquels il a consacré de nombreux ouvrages depuis trente ans.

Respectant le concept de cette collection-phare des éditions Plon, ce dictionnaire amoureux classe par ordre alphabétique des réflexions, expériences et questionnements d’Albert Algoud. Tour-à-tour passionnant, cocasse, humoristique ou sarcastique, son auteur utilise un style imagé et très abordable, qu’on peut lire dans l’ordre ou dans le désordre, au bon vouloir du lecteur. Du sexe de Milou à l’antisémitisme, des moustaches des Dupondt à l’influence supposée de Louis-Ferdinand Céline sur les jurons d’Haddock, aucun sujet ne semble tabou pour Algoud.

Si c’est une statue de Nat Neujean qui illustre la couverture, et qu’aucun dessin d’Hergé ne vient illustrer l’ouvrage, c’est que Moulinsart n’en cautionne pas le contenu. Algoud règle effectivement quelques comptes, notamment en citant un courrier d’un lecteur qui critique sèchement l’un de ses précédents ouvrages. L’auteur répond point par point à ce connaisseur anonyme qui lui a écrit avec le papier à en-tête de… Moulinsart !

Bref, 800 pages pour les férus de Tintin, qui voudraient explorer de nouvelles voies.

Plus respectueux de l’œuvre

Plus cher, mais toujours aussi qualitatif, le septième volume du Feuilleton intégral (et donc la troisième parution à ce jour) reste le cadeau idéal des amateurs historiques de Tintin et d’Hergé. Le contenu de ce nouveau volume se rapproche du précédent (le sixième tome) : une aventure de Tintin comme elle parue dans le Petit Vingtième, une autre de Jo, Zette et Jocko qui mêle les pages de Cœurs Vaillants et les couvertures du Petit Vingtième, sans oublier les aventures de Quick et Flupke.

Petites particularités de ce recueil : les pages en trichromie de l’Île noire telles qu’elles sont parus à l’époque ainsi que les très belles pages publicitaires des Mésaventures de Jef Debakker. On prend d’ailleurs un grand plaisir à comparer les costumes dessinés pour Cœurs Vaillants, par rapport à ceux repris au final dans les versions belges.

Trois postfaces d’érudits Jean-Marie Ebs, Philippe Mellot et Benoît Peeters permettent une nouvelle fois de contextualiser Hergé avec son époque, grâce à de superbes documents : sources, repentirs, courriers professionnels, documentation, modifications sont autant de découvertes que de pistes de réflexion : passionnant.

Mais la palme revient sans doute à l’ouvrage de Dominique Maricq : Hergé, Tintin et Compagnie publié chez Gallimard Hors-Série – Découvertes, cet apparent petit ouvrage recèle une nouvelle fois de somptueux trésors. Dominique Maricq est parvenu à mêler une approche très grand public de l’œuvre, avec des réflexions et des documents qui raviront les tintinologues : dans les pages relativement ordinaires du corpus on trouve des documents à déplier qui dévoilent des reproductions d’originaux : des crayonnés aux cases originales, de la mine de plomb à l’encre, du strip de l’entre-deux guerres à la planche couleur du Journal Tintin, l’œuvre d’Hergé déploie toutes ses facettes !

Pour 9,20 €, cet ouvrage qu’on glisse facilement en poche ou dans un sac convient à un public très large. Moulinsart, qui a longtemps publié des objets luxueux, commence à se rappeler que la bande dessinée est un art populaire...

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Tintin à Train World,
du 5 décembre 2016 au 16 avril 2017
Gare de Schaerbeek
Place Princesse Elisabeth
1030 Schaerbeek (Bruxelles)

Commander :
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- Le Feuilleton intégral vol 7 1937-39 chez Amazon ou à la FNAC

Toutes les photos sont : Charles-Louis Detournay (pas d’utilisation sans accord préalable)

[1L’Univers d’Hergé, V Illustrations, p 95, Casterman-Rombaldi 1988.

 
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3 Messages :
  • Tintin, une affaire qui roule !
    16 décembre 2016 20:21, par Zmylpat

    "Si c’est une statue de Pat Neujean qui illustre la couverture, et qu’aucun dessin d’Hergé ne vient illustrer l’ouvrage, c’est que Moulinsart n’en cautionne pas le contenu."

    C’est absolument inexact, le "Dictionnaire amoureux de Tintin" étant au contraire une commande de Nick Rodwell à Albert Algoud !!!
    Et si aucune vignette d’Hergé ne figure dans le livre, c’est parce que Plon fait appel à des illustrateurs attitrés pour ses "Dictionnaires amoureux", entre autres Alain Bouldouyre comme c’est le cas ici.
    Vous remarquerez d’ailleurs qu’il n’y a pas plus de photographies que de cases de "Tintin" (cf. les portraits de Benoît Peeters, Philippe Goddin ou encore Pierre Sterckx).

    Ah, et au passage, Neujean s’appelle Nat, non Pat...

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 17 décembre 2016 à  12:21 :

      Bonjour et merci pour votre message,

      Nous avons bien entendu corrigé cette faute de frappe.

      Concernant la commande de cet ouvrage à M Algoud, nous nous étions basés sur une conversation que j’avais eue avec l’éditeur de cette collection, M Jean-Claude Simoën.

      Mais par acquit de conscience, nous avons contacté Albert Algoud lui-même, afin de vérifier ce qu’il en était réellement. Je vous laisse prendre connaissance de son message ci-dessous :

      Albert Algoud
      Photo : DR

      « Cher Monsieur,

      L’idée de ce "Dictionnaire amoureux de Tintin" revient uniquement à Jean- Claude Simoën qui a fait appel à moi et à convaincu Vincent Barbare qu’il s’agissait d’une bonne idée !
      À l’époque, nous ignorions d’ailleurs qu’allait se tenir l’Expo Hergé au Grand Palais.

      Nick Rodwell ne fut et n’est en rien impliqué dans ce projet.
      Vous direz donc à votre informateur qu’il est TRÈS mal informé !!!

      Bien cordialement,

      Albert Algoud »

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      • Répondu par Zmylpat le 30 décembre 2016 à  13:55 :

        Je tiens l’info de longue date d’au moins une personne impliquée dans le bouquin. Alors qui dit vrai...
        Quant à l’absence de rapport entre le Dictionnaire et l’exposition, cela va sans dire.

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