"Topo" n° 2 : information, pédagogie et humour au rendez-vous

7 novembre 2016 0 commentaire
  • La revue "Topo" suit sa ligne de conduite tracée en septembre dernier. Ce numéro 2 privilégie information et décryptage, donne des clés pour mieux appréhender l’actualité, mais n’oublie pas quelques pointes d’humour.

Nous vous le présentions il y a deux mois : le nouveau périodique Topo, initié par l’équipe de La Revue Dessinée, s’adresse en priorité au moins de vingt ans avec pour ambition d’associer des journalistes et des dessinateurs afin d’offrir à son lectorat des informations fiables et des clés de compréhension du monde contemporain. Disponible en librairie et sur abonnement, Topo allie une esthétique moderne, colorée et élégante à un souci de clarté et de pédagogie.

"Topo" n° 2 : information, pédagogie et humour au rendez-vous
Couverture de Topo n° 1 © Rami Niemi - Topolino SAS 2016

Le numéro 2, couvrant les mois de novembre et décembre, se place dans la droite ligne du numéro inaugural. Les sujets choisis sont ancrés dans le réel et sont susceptibles d’intéresser les jeunes et les moins jeunes. Nous retrouvons un volume de plus de 140 pages, aux visuels agréables, aux couleurs vives sans être criardes et aux compositions soignées. Les "articles" restent un peu inégaux, mais ce bémol est inhérent à ce genre de publication.

La revue demeure structurée autour de trois types de contenus : des reportages ou enquêtes d’ampleur, à la pagination importante (entre dix et vingt-cinq pages) ; des moments de respiration, souvent instructifs et parfois drôles, d’une pagination intermédiaire (quatre ou six pages) ; des formats courts, humoristiques ou didactiques, d’une ou deux pages.

Couverture de Topo n° 2 © Marie Caillou - Topolino SAS 2016

Les "articles" les plus longs sont aussi – mais peut-il en être autrement ? – les plus instructifs. La journaliste Elsa Feyner et la dessinatrice Carole Maurel réalisent un "grand reportage" sur les conditions de travail dans l’industrie textile au Bangladesh. Si le sujet est dorénavant bien documenté, surtout depuis la catastrophe du Rana Plaza en 2013, leur exposé est d’une grande clarté et ne néglige aucun des acteurs de la filière.

Aurore Glorius et Colcanopa s’attaquent à la question du moment : "Pourquoi Les Républicains [français, et non américains] sortent-ils les gants de boxe pendant la primaire ?". Le fonctionnement de la primaire de la droite est bien décortiqué et illustré avec humour. Les comparaisons sont judicieuses et permettent d’évoquer également la gauche.

Pierre Corbinais et Halfbob s’intéressent aux jeux vidéo dits "100 % gratuits". Ils montrent qu’il n’en est rien et que les concepteurs de ce type de jeu emploient au contraire toute une panoplie d’astuces pour faire payer leurs "baleines" – ces 5 % de joueurs prêts à sortir leur portefeuille pour continuer à jouer. Leur démonstration est efficace et assez drôle. Elle nous rappelle surtout que, même quand il est question de jouer, des enjeux financiers et donc des techniques de marketing sont à la manœuvre.

Delphine Panique nous présente Madame Bovary. Son dessin et son humour sont minimalistes, mais très personnels. Nous restons cependant un peu frustrés à la fin de cette présentation, qui aurait peut-être mérité davantage d’apport sur le contexte historique et littéraire de l’œuvre de Gustave Flaubert.

Peggy Adam nous relate son témoignage sur un voyage qu’elle a effectué sur un voilier où deux jeunes suisses se voient offrir une alternative à la détention. La dessinatrice transcrit l’ambiance du voyage, les animosités, les difficultés et les joies des passagers avec simplicité et humanité, nous rendant ces personnes rapidement attachantes.

Les formats "intermédiaires" sont très variés et tous très réussis. Pochep, dans la rubrique "De qui se moque-t-on ?" ironise sur le "YouTubeur" Norman. Le dessinateur met en avant l’aspect consensuel de l’humour de Norman. Marion Montaigne, dans "La science infuse", explique avec drôlerie mais non sans gravité ce qu’est la dépression. Le sujet n’est pas anodin chez les adolescents, car il est parfois difficile de différencier un ado en rébellion d’un jeune véritablement dépressif.

Thomas Leroy et Killofer font un peu de science-fiction, en présentant ce que pourraient être les transports en 2040. Il y aurait peut-être eu là matière à produire un format plus long, tant le sujet risque de devenir crucial dans les décennies à venir. Killofer nous gratifie de magnifiques dessins, utilisant par exemple les couleurs complémentaires violet et jaune. Mais une partie de son travail pourra rappeler une campagne qu’il a réalisé pour un établissement bancaire français… Pourquoi après tout, le résultat étant particulièrement coloré et presque "design". Quant à Marion Mousse, elle retrace l’histoire du Hairy Metal. Son regard sur les descendants "métalleux" du rock est drôle, mais jamais méprisant.

Les formats les plus courts permettent d’heureuses transitions, bien qu’elles ne soient pas toutes de la même qualité. Nous retiendrons l’humour de Nix, se moquant des coiffures de footballeurs, ainsi que la rigueur de Zineb Dryef et Donatien Mary expliquant le terme "utopie".

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Ma mère était une très belle femme © Karlien de Villiers - çà et là 2007

Topo s’accorde enfin deux parenthèses. Stéphane Melchior et Sacha Goerg poursuivent la "série dessinée" intitulée "Le meilleur des mondes possibles". D’une lecture agréable, leur récit se veut aussi un espace de réflexion, puisque sont abordés des arguments liés aux débats sur les caricatures de Charlie Hebdo et sur le mariage pour tous. Reste à savoir si, avec une parution tous les deux mois, l’histoire parviendra à prendre réellement corps.

Topo nous donne également à lire un extrait du récit autobiographique de la Sud-africaine Karlien de Villiers, Ma Mère était une très belle femme, paru aux éditions çà et là en 2007. Ces quelques pages remplissent totalement leur fonction : donner envie de lire ce livre où la dessinatrice raconte sa jeunesse dans le pays de l’apartheid.

Un extrait de Ma Mère était une très belle femme, repris dans Topo n° 2 © Karlien de Villiers - çà et là 2007

Topo garde donc son cap : de l’information claire et accessible, un peu d’humour, une grande qualité graphique et des sujets très variés. Globalement, l’alchimie fonctionne. Les quelques points un peu plus faibles – ou plutôt un peu moins forts – n’empêchent nullement d’apprécier la lecture de ce numéro 2. Topo trouve le ton juste pour s’adresser aux moins de vingt ans : de la pédagogie mais pas de niaiserie, de l’humour mais pas de faute de goût. Le succès devrait se confirmer…

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Parution le 4 novembre 2016.

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