"Topo" n° 3 : des reportages et analyses toujours pertinents

9 janvier 2017 0 commentaire
  • Avec son troisième numéro, la revue "Topo", "l’actu dessinée pour les moins de vingt ans", confirme ses jolis débuts. Dans un savant dosage de sérieux et d’humour, elle propose des bandes dessinées instructives et souvent belles. A recommander aux plus jeunes… et aux autres !

La revue Topo, sur le modèle de La Revue Dessinée, propose aux moins de vingt ans un décryptage du monde contemporain en bande dessinée. Avec un numéro de 148 pages tous les deux mois, elle ne cherche pas à surfer sur l’actualité la plus brûlante, mais à donner des clés de lecture du monde qui nous entoure. Elle revient, souvent avec efficacité, sur des phénomènes de société, des questions politiques et des points d’histoire culturelle.

Le numéro 3 reste fidèle à ces engagements. L’humour est présent, par petites touches, grâce à Lisa Mandel, Anouk Ricard et Pochep, dont l’ironie fait des ravages et qui se demande cette fois si, par hasard, il ne serait pas passé à côté un "deuxième niveau de lecture" d’Harry Potter.

La chronique scientifique, auparavant dévolue à Marion Montaigne, est reprise par Thomas Leroy et Vincent Sorel. Ils n’ont peut-être pas l’aisance narrative de leur éminente consœur, mais leur mise au point sur la géo-ingénierie se révèle fort instructive et permet de rappeler que la lutte contre le réchauffement global passe d’abord par un ensemble de mesures d’économies avant de parier sur des expériences dignes de la science-fiction.

L’histoire culturelle n’est pas en reste, grâce à Marion Mousse, qui retrace succinctement l’évolution du mouvement hippie, ainsi qu’à Pauline Auzou et Aurore Petit, qui reviennent sur le cliché de la "petite fille brûlée au napalm". Bernard Génin et Victor Hussenot nous apprennent, quant à eux, comment le cinéma d’animation a fait son apparition. Le trait et les couleurs de Victor Hussenot font merveilleusement revivre ces commencements, mais la brièveté de la bande dessinée peut laisser le lecteur sur sa faim.

"Topo" n° 3 : des reportages et analyses toujours pertinents
Paracuellos © Carlos Giménez - Audie Fluide Glacial 2009

Dans cette veine culturelle, la bande dessinée n’est évidemment pas négligée. Topo nous permet de lire ou de relire quelques pages de Paracuellos, le chef-d’œuvre de Carlos Giménez : ce récit d’une enfance dans l’Espagne de Franco est toujours aussi poignant. Xavier Guilbert, par ailleurs, braque ses projecteurs sur V pour Vendetta (d’Alan Moore et David Lloyd). Son analyse, efficace et nuancée, montre à quel point cette œuvre n’a pas perdu de sa pertinence.

D’autres chroniques habituelles de Topo sont conservées. Aurore Gorius et Rita Mercedes dressent un portrait sans concession de Mark Zuckerberg. Zineb Dryef et Donation Mary définissent le mot "genre" et démontrent à quel point il est abusif d’hurler, en sautant "sur sa chaise comme un cabri", contre une soi-disant "théorie du genre". Les jeux vidéo ne sont pas non plus oubliés, au travers des analyses de Pierre Corbinais et des dessins éthérés de Geoffroy Monde.

Enfin, Stéphane Melchior et Sacha Goerg poursuivent leur série "Le Meilleur des Mondes possibles" qui connaît aussi des prolongements sur le site Internet de Topo. Même si nous commençons à en découvrir un peu plus, le mystère qui entoure le groupe d’adolescents demeure aussi épais que le dessin est léger et délicat.

Mais ce sont les enquêtes et reportages les plus longs qui apporteront sans doute le plus de satisfaction au lecteur. Gurvan Kistanadjaja et Joseph Falzon s’attachent à démonter les théories du complot. Sans mépris pour ceux qui peuvent se laisser happer par les idées complotistes, ils exposent les principaux mécanismes à l’œuvre et font un sort à certaines des théories les plus célèbres. Reste un écueil difficile à éviter : les ressorts psychologiques voire psychiatriques du complotisme ne sont que peu pris en compte. Le travail des deux auteurs est cependant d’une grande rigueur et évite tout pédantisme.

Elsa Fayner et Timothé Le Boucher donnent la parole à de jeunes sportifs de haut niveau. Ceux-ci expliquent comment ils essayent – et souvent parviennent – à dépasser la douleur. Sans omettre les difficultés et les faiblesses des uns et des autres, ils nous font découvrir des sportifs à la force mentale extraordinaire et montrent que leurs techniques peuvent aussi bénéficier à tout un chacun.

Le pari le plus ardu, mais relevé ici avec brio, était celui de Catherine Le Gall et Pierre Lecrenier. "Pourquoi les hommes politiques parlent-ils sans cesse de faire des économies ?" La question est certes incontournable, surtout lors d’une année d’élection comme celle qui vient de s’ouvrir. Mais rares sont ceux qui peuvent y répondre avec autant de clarté que ces deux auteurs.

Catherine Le Gall fait preuve d’une grande science de la pédagogie. Elle parvient en effet à expliquer l’endettement des Etats ainsi que les débats consécutifs avec une grande simplicité, qui ne tombe jamais dans le simplisme. Le dessin de Pierre Lecrenier sied parfaitement à ce travail. Son trait net et précis convient non seulement pour illustrer le propos, mais au-delà pour le compléter et en faciliter la compréhension. Les deux auteurs fournissent là un travail en tout point exemplaire.

Avec ce numéro 3, Topo poursuit donc sur sa lancée. Si nous pouvons certes regretter que le nombre assez important de rubriques empêche certains sujets d’être davantage développés, nous ne pouvons que louer la qualité et la diversité du travail des journalistes et des dessinateurs participant à cette aventure éditoriale.

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Couverture de Topo n° 3 © Frederik Peeters - Topolino SAS 2017
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(par Frédéric HOJLO)

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