Tout l’art de Will…

28 novembre 2017 0 commentaire
  • Ayant grandi à l’ombre de géants : Jijé, Franquin, Morris… Will est une figure discrète mais ô combien essentielle de la bande dessinée franco-belge. Une exposition à la Galerie Maghen et surtout un somptueux recueil de dessins, « Mirages », viennent nous le rappeler opportunément.
Tout l'art de Will…
Will
Photo : Daniel Fouss - Dupuis

Willy Maltaite, dit Will (1927-2000) est l’élève et le disciple de Joseph Gillain alias Jijé. Il est, aux côtés de Franquin et de Morris, l’un des piliers fondateurs de l’école de Marcinelle.

L’essentiel de sa carrière est consacrée aux personnages de Tif & Tondu. Il réalise quelquefois en parallèle les décors de ses collègues Franquin (Spirou et Les Pirates du silence) ou Peyo (Benoît Brisefer). En 1957, il commence à diversifier son travail : il dessine Lili mannequin sur des scénarios de Goscinny pour Paris-Flirt prend, pendant deux ans, la direction artistique du journal de Tintin, avant de revenir sagement faire du Tif & Tondu avec une régularité de métronome.

À partir de 1969, avec ses amis Yvan Delporte, Raymond Macherot et Franquin au scénario, il lance une nouvelle série : Isabelle où s’exprime davantage la magie de son trait.

Passant à la couleur directe à la fin des années 1970, il livre des albums plus personnels et plus adultes parmi lesquels la trilogie qu’il signe avec Desberg : Le Jardin des désirs (1988), La 27e lettre (1990), publiés dans Aire Libre ou encore L’Appel de l’enfer (1993).

Peintre talentueux et graphiste émérite, il a durablement marqué la bande dessinée franco-belge même s’il n’a pas eu le même destin que Morris, Peyo et Franquin dont les œuvres ont été adaptées à l’écran. Il est un peu, comme son maître Jijé, un génie discret qui a permis à ses confrères de s’élever et d’atteindre les plus hauts sommets.

Le chaînon manquant entre Hergé et Franquin

L’album « Mirages » publié par Daniel Maghen, un fort volume de plus de 400 pages entrelardées d’extraits d’interviews de l’auteur mises en musique par Vincent Odin, rend justice à ce dessinateur un peu éclipsé par le génie de ses pairs : on y voit tout son parcours créatif, magnifiquement reproduit, et l’incroyable fertilité de son graphisme qui s’exprime dès les premiers moments de sa reprise de Tif & Tondu : là se trouve la véritable élégance, le génie de la simplicité, la parfaite lisibilité... Will est le chaînon manquant entre Hergé et Franquin, comme Jijé, son maître, en moins « loustic », mais davantage pétri de références picturales, entre Ralph Steadman et, surtout dans ses peintures, Cézanne.

Cézanne justement : alors que Jijé louche souvent du côté de Matisse, de Dufy et de l’École de Paris, dont il reproduit les lignes vagabondes, Will regarde de près la perspective chromatique du peintre de la Sainte-Victoire. Il hérite de sa robustesse, de son intelligence instinctive et surtout cette espèce d’apaisement qui fait qu’on ne regarde plus le sujet, l’anecdote, que l’on entre soudainement dans une abstraction que l’on pourrait décrire comme la musique de l’instant, qui se traduit, chez lui comme chez Cézanne, dans une sorte de plénitude.

Photo : Daniel Maghen éditeur
"Mirages" de Will, Daniel Maghen éditeur

Regard

Il y a cela aussi dans ses planches de bande dessinée. Will est l’un de ces rares auteurs que l’on peut déconnecter du récit pour s’attacher juste au regard – à SON regard. On reproche souvent aux expositions de bande dessinée de porter atteinte à l’intégrité de la création, de ne pas exposer les planches en séquences, la narration, dit-on, étant l’essence même du 9e art. C’est vrai, mais chez Will, il y a cette distance tranquille qui permet de s’abstraire du récit, de s’attarder sur le trait, sur l’agencement des formes, en clair sur un autre niveau de lecture.

Et c’est là que l’on s’aperçoit de tout l’art de Will, dont les intentions scénaristiques étaient modestes et en général pas les siennes, mais dont l’art réside précisément dans ces instants où il nous parle seul à seul. Merci à l’éditeur et à l’auteur de cet ouvrage de nous faire revivre cette sensation.

Le galeriste et éditeur Daniel Maghen, Vincent Odin, auteur de l’ouvrage, le dessinateur Eric Maltaite et Claude Maltaite, l’épouse de Will.
Photo : Daniel Maghen éditeur

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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- Will à la Galerie Daniel Maghen jusqu’au 16 décembre 2017. Le site de la Galerie

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