Tsiganes et Gens du voyage dans la bande dessinée

7 septembre 2016 3 commentaires
  • On a tous en mémoire les Tsiganes au cœur de l'intrigue de Tintin et les Bijoux de la Castafiore. Mais on sait moins que la ville de la bande dessinée qui s'honore d'un buste d'Hergé, Angoulême, hébergeait durent la Seconde Guerre mondiale un camp de concentration, le Camp des Alliers, qui avait d'abord servi à enfermer des Républicains espagnols avant de devenir un camp pour les nomades, en vertu d'un décret du 6 avril 1940. Dans la très intéressante revue trimestrielle Tsiganes (N°58-59), on retrouve une étude de référence sur la représentation des "Gens du voyage". Elle est sans aucun doute amenée à faire date.

"...qu’ils fascinent, qu’ils intriguent ou effrayent, les Tsiganes ne cessent d’être campés dans l’espace d’une altérité indéfectible, tour à tour étrangers, sauvages, sorciers, complices de forces occultes, infatigables voyageurs portés par le souffle du vent...", écrit Alain Reyniers le directeur de la revue trimestrielle Tsiganes qui vient de consacrer un numéro double aux stéréotypes et aux préjugés que cette population traîne depuis six siècles.

Le dossier trouve son origine dans une exposition initiée en 2005 par Francis Groux où le co-fondateur du Festival de la bande dessinée d’Angoulême avait puisé dans ses collections des images liées à la représentation de ces "Gens du voyage" : Tsiganes, Gitans, Roms, Manouches, Sintis, Kalès ou Bohémiens.

Une communauté de dix millions d’âmes

"Tous les termes sont génériques pour des communautés très diversifiée, en marge, toujours appréhendée comme une nébuleuse nomade par opposition aux sociétés sédentaires, souligne Lucie Servin qui signe un article remarquable sur Les Tsiganes et leur représentation dans la bande dessinée contemporaine. Cette terminologie est le plus souvent celle des États qui orchestrèrent des politiques discriminatoires à l’égard de ces populations, dit-on d’origine indienne et perse, repérées depuis le Moyen-âge, leur imposant des "carnets de circulation" et de nombreuses discriminations. Elles constituent un groupe de dix millions d’âmes implantées essentiellement en Europe centrale et orientale, parfois de façon importante, comme en Roumanie ou en Bulgarie, où ces minorités atteignent respectivement 6% et 11% de la population.

Leur représentation dans la bande dessinée est très courante : on en réfère à Tintin et les Bijoux de la Castafiore (1961), mais on peut aussi les apercevoir dans bon nombre de nos classiques : Spirou (Il y a un sorcier à Champignac, 1951), La Patrouille des Castors (Alerte en Camargue, 1965), Astérix (Astérix en Hispanie, 1969), Nestor Burma (Brouillard au pont de Tolbiac, 1982), Fripounet et Marisette (La Peau du crocodile, 1984), La 27e Lettre de Will & Desberg(1990)...

Tsiganes et Gens du voyage dans la bande dessinée
Ce travail trouve son origine dans une exposition sur le sujet réalisée par Francis Groux.
Plusieurs albums de Krrist Mirror abordent la question des discriminations contre les Tsiganes, notamment au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Elles sont l’objet de stéréotypes que Francis Groux égrène de façon précise : ce sont des gens "à part", on leur prête des vols, des rapts d’enfants, leurs vieilles femmes tirent les cartes et ont un pouvoir de divination, des "sorcières" à tout dire capable de jeter des sorts, etc.

Marc Bordigoni se penche sur le cas du Petit Format Trophée qui publia, entre 1974 et 1982, la traduction d’une BD d’origine britannique (Raven on the Wing) sous le titre de Romano, le footballeur aux pieds nus. Tom Tully en assurait le scénario et le grand dessinateur argentin Franscisco Solano Lopez le dessin.

La revue Trophée, traduction d’un mensuel anglais, publia les histoires de Romano, "le footbaleur gitan aux pieds nus".

De façon surprenante, l’auteur constate qu’en dépit d’une traduction chargée de clichés, la série renvoie une image plutôt juste de la population dont Romano est issu : "...le scénariste écossais connaît le monde gitan, ses rapports à la société environnante, les tensions sociales, injures, préjugés, mais aussi les difficultés réelles du mode de vie, les expulsions à répétitions, etc."

Ces dernières années, Krrist Mirror s’est fait avec talent leur porteur de mémoire, réalisant plusieurs bandes dessinées sur le sujet, tandis que la figure de Django Reinhardt, le Gitan le plus célèbre, apparaît à plusieurs reprises, notamment chez Joann Sfar et chez Clément Oubrerie.

De nombreux extraits, y compris des travaux graphiques d’enfants sur le sujet, réalisés au cours d’ateliers de dessin et ailleurs, complémentent ce parcours remarquable. Cette étude originale, soutenue par une bibliographie de qualité, est jalon essentiel pour tout ceux qui s’intéressent à l’histoire culturelle francophone et à la bande dessinée en général.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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