Un Musée du Chat et du dessin d’humour va s’ouvrir à Bruxelles

8 juillet 2015 9 commentaires
  • Vendredi dernier, dans une conférence de presse commune, le ministre-président de la Région bruxelloise Rudy Vervoort et le dessinateur Philippe Geluck ont annoncé la création d'un Musée du Chat et de la caricature à Bruxelles en 2019 ou en 2020. Il sera situé en plein quartier des musées.

Cela faisait dix ans que Philippe Geluck cherchait à concrétiser un projet muséal dont on avait eu un avant-goût lors des grandes expositions Le Chat à Paris et à Bruxelles en 2003, à l’occasion des 20 ans de la création du Chat, lesquelles avaient rassemblé plus de 350’000 visiteurs. On se souvient d’un parcours ludique dans son univers mais aussi une déconstruction du concept muséal, entre le parc d’attraction et l’exposition sérieuse, une expérience désacralisée, bouffonne et décomplexée, intégrant à la fois la culture du passé dans ses références mais aussi des éléments qui font la culture d’aujourd’hui nourrie de télévision, d’Internet, de caricature et... de bande dessinée.

Un Musée du Chat et du dessin d'humour va s'ouvrir à Bruxelles
Depuis plusieurs années, l’humoriste expose dans les galeries d’art, avec un succès grandissant.
Photo : D. Pasamonik(L’Agence BD)

Au cœur du quartier des musées à Bruxelles

Pour prolonger cette réflexion, Geluck cherchait un lieu à Bruxelles, la ville où il travaille. Mais où installer cela ? Dans le Centre belge de la bande dessinée devenu depuis peu le Musée de la BD de Bruxelles ? Trop éloigné de son projet, et de toute façon, il y manquerait la place.

Hors de Bruxelles ? L’excentricité du Musée Hergé (et de son manager diront certains...) ont dû lui donner à réfléchir... De toutes façons, pour ce Bruxellois, seule la capitale belge était envisageable, tant pour son attractivité touristique au cœur de l’Europe que par son infrastructure hôtelière conséquente.

Une première approche d’attribution du lieu se fit auprès du gouvernement fédéral [1]. mais l’affaire s’enlisa. Il confia alors sa déception au cours d’une interview à Paris Match et fut interrogé à ce sujet par Laurent Ruquier dans son émission "On n’est pas couché" dans laquelle il regrettait que Bruxelles, ayant déjà manqué l’occasion de faire un musée Hergé et un musée Franquin, passait encore une fois à côté d’une nouvelle opportunité.

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Un musée qui viendra en contrepoint des Musées royaux et du Musée Magritte
Photo : D. Pasamonik(L’Agence BD)

Magie de la télévision, le dessinateur reçut dès le lendemain une proposition d’un élu du sud de la France, une commune entre Montpellier et Marseille dont le zoo attire près de 600’000 visiteurs par an, bonne base pour y construire un Musée du Chat. Découvrant cette information dans la presse, le gouvernement de la Région Bruxelloise présidée par Rudy Vervoort décida de réagir : "J’ai été très surpris de voir comment ils ont pris les choses en main, ce qui aboutit six mois plus tard à cette annonce", nous dit Philippe Geluck.

L’entrée se fera à droite du point d’information touristique de la Ville de Bruxelles (BIP Info), une courette ornée par le portail aux lions qui fait face au Palais royal et à l’endroit où, chaque année, a lieu le Festival de la BD de Bruxelles en septembre, dont le succès se fait grandissant d’année en année : "Il est coincé entre le BIP et Bozart, face au Palais de Charles Quint, nous dit Geluck. Il comporte des étages, mais ce n’est pas un problème puisqu’il faut descendre. La sortie se ferait en contrebas par la rue Villa Hermosa. La Région va remettre l’immeuble en état -il s’agit d’un chantier qui coûtera entre 4,2 et 4,5 millions d’euros- et me le mettrait à disposition sous le régime d’un bail emphytéotique d’une durée indéterminée pour un loyer symbolique en échange du musée que j’installerai sur fonds privés, sous la forme d’un investissement et d’un don de mes œuvres pour ma part, et à l’aide de sponsors. Je ferai fonctionner le musée de façon indépendante en autofinancement."

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Situé à l’arrière du BIP, le musée sera dans la courette aux lions, face au Palais de Charles-Quint.
Photo : BIP. DR

Un musée du dessin de presse et de la caricature

On y trouvera bien entendu des œuvres marquantes du maître du lieu, que ce soit ses bandes dessinées et ses dessins d’humour bien connus de tous, et tout l’équipement qui accompagne les musées d’aujourd’hui : cafeteria, boutique, etc., mais aussi un musée du dessin de presse et de la caricature : "Je le sous-titre car, comme il y a un musée de la BD et que je ne suis clairement pas complètement BD, moi, ce sera un Musée du chat et du dessin d’humour. Il y aura une collection permanente centrée sur le Chat, une annexe sur le chat -l’animal cette fois- dans l’art, dans la bande dessinée, avec plusieurs entrées possibles, et une grande exposition qui va évoluer puisque cela fait plus de trente ans que j’œuvre sur Le Chat avec des sculptures, des toiles comme j’en fais en galerie, mais en plus ample ; la troisième partie sera consacrée à des expositions invitées consacrées à des grands maîtres du passé qui m’ont marqué, des accrochages collectifs de la nouvelle génération. Tout cela est programmé dans ma tête pour plusieurs années. Il y a très peu de musées consacrés à cet art-là. C’est aussi l’occasion de revenir sur des plongées dans le dessin de presse historique, de revenir sur des aventures comme The Punch, L’Assiette au beurre, l’épopée Hara Kiri évidemment... Les sujets se bousculent..."

Ce nouvel équipement culturel dans la capitale bruxelloise créerait, selon le dessinateur, une trentaine d’emplois.

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Un art désacralisé, irrévérencieux et drôle.
Photo : D. Pasamonik(L’Agence BD)

L’idée est brillante car, outre les expositions temporaires qu’il pourrait consacrer aux grands dessinateurs d’humour de notre temps (le dessinateur belge évoque Sempé, Chaval, Siné, Bosc, Reiser, Saul Steinberg, Tomi Ungerer...), l’affaire Charlie Hebdo a fait prendre conscience de l’importance du dessin d’humour dans la culture contemporaine. Et pourtant, aucun lieu n’est vraiment consacré à leur mémoire. Pour Philippe Geluck, dont le père a été lui aussi brièvement dessinateur de presse, cette mémoire a du sens : "J’aimerais bien constituer une collection du musée, explique-t-il, soit en rachetant des dessins à mes collègues, soit en la constituant de dons au musée, et d’en faire un centre d’archivage qui existe pour la bande dessinée, mais pas pour le dessin d’humour. J’aimerais bien donner une impulsion à cette conservation." Ce serait en tout cas une merveilleuse victoire pour ces combattants de la liberté -français, belges ou étrangers- qui défendent, avec des armes dérisoires, leur liberté d’expression et de conscience face à la barbarie de l’obscurantisme.

Au-delà de cet aspect sérieux, on risque de bien s’amuser dans ce musée car l’humoriste annonce déjà que le bar distribuera un Muscadet labellisé « Le Chat » et que le barman s’appellera immanquablement Roger. "On fera également des animations pour les mômes pendant les vacances" ajoute le dessinateur, récemment grand-père, les yeux tournés vers les nouvelles générations.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1La Belgique est un État fédéral qui se compose de communautés (francophone, flamande, germanophone) et de régions (Région flamande, Région de Bruxelles-Capitale et Région wallonne), un peu à l’image des länders allemands. NDLR.

 
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9 Messages :
  • J’adore le Chat et Geluck mais quel gaspillage d’argent public. Est-ce au contribuable bruxellois de payer pour ce musée ? Poser la question, c’est y répondre.

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    • Répondu le 9 juillet 2015 à  07:13 :

      Le contribuable bruxellois s’y retrouve, je crois : la ville réhabilite un lieu qui menaçait de tomber en ruine, l’affecte à la culture. Les murs continuent de lui appartenir. Comme pour le Musée de la BD de Bruxelles qui dépend très peu des fonds publics, au contraire de celui d’Angoulême.
      Comme l’article l’explique bien, le musée lui-même est financé par Geluck et des sponsors, de même que son fonctionnement annuel.
      Si Geluck se plante, le Gouvernement bruxellois pourra réaffecter le lieu à d’autres usages, ou le vendre. C’est de la bonne gestion, je pense.

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      • Répondu par Guerlain le 9 juillet 2015 à  10:16 :

        plusieurs enquêtes démontrent que les subventions à la culture sont beaucoup plus rentables qu’on le croît.
        par exemple, ou encore, ou encore

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  • Contrairement à ce que dit Philippe Geluck dans une interview,il existe un musée en Argentine : Musée de l’Humour de Buenos Aires. Ceci dit, et tout en appréciant Geluck, j’ai un doute : est-ce qu’en prenant le chat comme mascotte cela ne va pas écraser la diversité de propos ? Si leurs créateurs étaient encore de ce monde, aurions nous imaginé un musée de la bande dessinée chapeauté par Greg et son Achille Talon ou Dupa et son Cubitus ? Comment est-ce que la diversité de vue et de graphies seront respectées avec une personnalité unique aux commandes ? Le dessin de presse est une activité politique, on voit mal une couleur unique régir le tout ! Et est-ce qu’on a besoin, après le gift-shop Magritte, le gift-shop Smurfs, le gift-shop MOOF, le gift-shop Tintin, le gift-shop du musée des Arts Anciens, un nouveau gift-shop Le Chat ? Est-ce qu’il n’y a pas là un mélange des genres qui ira, involontairement, au détriment de la libre expression ?

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  • Un grand businessman avant tout qui remplira bien ses caisses et ... de Champagne Avec tous les droits sur les puzzles,les tire-bouchon, les cartes postales les préservatifs, les chocolats avec son Chat. Pourquoi pas ? mais pas avec l’argent public ? N’est-il pas allé dans les Emirats dernièrement ? .

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  • Il faut encore le dire et le redire, le CHAT de TOPOR est l’ancêtre du CHat de GelucK.Il est EVIDENT qu’il s’en est inspiré. Le Chat de Topor avait son émission sur la rtbf, un ovni télévisuel qui a marqué les esprits par son ton décalé et son humour Geluck, pourrait-il lui reconnaître la paternité de son CHAT une fois pour toute et lui rendre hommage ?

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    • Répondu par Guerlain le 8 juillet 2015 à  15:47 :

      vous parlez de Grouchat de Téléchat ?
      Le chat de Geluck apparaît le 22 mars 1983 alors que Téléchat diffusé à partir de septembre 1983 dans Lollipop, animé par Philippe Geluck, en effet
      Les deux chats sont donc contemporains.

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  • Le Musée du Chat et du dessin d’humour responsable !

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