Un label nommé Kstr

5 mai 2007 0 commentaire
  • Avec quatre premiers albums qui sortent le 15 mai, Kster a bien l'intention de trouver sa place dans les librairies. La collection, destinée aux 25-35 ans, brandit l'étendard de l'esprit rock. Premières impressions et explication du responsable du label, Didier Borg.

Un label nommé KstrUn nouveau label, un prix unique, des albums qui sortent des catégories habituelles : Casterman se lance avec fougue dans l’aventure Kstr, à l’image de son passionné directeur de collection, par ailleurs co-fondateur du festival Rock en Seine, Didier Borg : « Pour moi, le rock d’aujourd’hui est quelque chose d’extrêmement ouvert sur l’extérieur, sur l’autre, très accueillant. Adapté à la BD, il s’agit pour moi de décloisonner, décomplexer, ne plus enfermer dans des petites cases, opposer noir & blanc ou couleur, manga et comics etc., mais surtout proposer aux auteurs de se lâcher, de faire la BD dont ils ont envie, et non celle dont on a besoin ».

Pour Didier Borg, il est temps de sortir des créneaux à la française :
« Ce qui me gêne avec la vision de la BD en France, c’est que le simple fait de proposer une pagination longue suffit pour catégoriser le « roman graphique » avec une connotation intello de la chose. Ce n’est pas mon idée. Je propose des histoires en one shot certes, mais sans prise de tête ! »

Il tient à une relation forte avec ses auteurs :« J’accroche d’abord sur le dessin, puis je m’intéresse à l’histoire, je contacte alors les auteurs et nous faisons connaissance… Si ça accroche entre nous je fonce ! Dans tous les cas il faut que l’envie soit partagée, je déteste les chasseurs de prime ».

Avec quatre premiers titres assez différents, Kstr veut donner l’image d’une assez grande liberté de ton et d’inspiration.

Elles, pour nous le plus réussi du lot, explore les atermoiements d’un jeune dessinateur qui tombe sous le charme de deux étudiantes plus jeunes que lui. D’abord tétanisé par leur charme, il parvient à intégrer leur petite bande puis à les séduire. Mais dans sa tête, rien n’est clair : ni le choix de la dulcinée, ni son décalage culturel avec ces beautés frivoles. Bastien Vivès, très jeune auteur (23 ans), capte avec une extrême finesse les émotions intérieures, et dessine à merveille les ondulations des deux sirènes. Il y a probablement beaucoup de vécu dans le personnage du dessinateur...

Regards Croisés commence comme une chronique intimiste avant de basculer dans le tragique. Le mélange des genres ne fonctionne pas très bien, mais il faut souligner l’originalité du graphisme et des couleurs. En général, une seule teinte, cohabitant parfois avec quelques touches d’autres nuances (vert, mauve, sépia...) Un style neuf, qui voit Gilles Aris (Le Vieux Fernand) passer au scénario, laissant Thomas Cadène prendre en charge le dessin.

Missing évoque la vie brisée d’un flic hargneux qui a perdu sa fille, victime d’un serial killer. Croyant retrouver le coupable, il perd tout contrôle et s’enfonce dans une fuite en avant sans rémission. Du noir à l’américaine, qui force un peu trop le trait mais s’avère très efficace.

Angle Mort, un album dessiné par Olivier Balez (Charmes Fous) et scénarisé par l’écrivaine Pascale Fonteneau, s’inscrit dans la tradition du récit de voyous, ou de la chronique mafieuse, très à la mode. Malheureusement, l’histoire est plombée par des dialogues trop lourds, regorgeant de dialogues obscènes à la Scorcese. Dommage, car Les dessous de Bruxelles, petit supplément placé en fin d’album, est un guide plein de vie de la cité.

(par David TAUGIS)

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