Will en beauté à la Maison de la BD (Bruxelles)

13 juillet 2013 0 commentaire
  • Jusqu'au 24 novembre 2013, la Maison de la bande dessinée à Bruxelles offre à voir un passionnant panorama de l'œuvre de Will (alias Willy Maltaite). Une exposition d'originaux qui convainc de l'apport essentiel de celui qui fut l'un des piliers de l'âge d'or de l'École belge.

Si son éclat est moins éblouissant que celui de ses compagnons Franquin, Morris, Peyo, ou Tillieux, il n’en est pas moins important : il contribue à leur intensité. Il fait partie des épaules -comme celles de Jijé- sur lesquelles ces grands noms se sont hissés pour atteindre à la gloire.

Considérer Will comme un "petit maître" est une erreur : son compagnonnage avec Jijé, Franquin, Peyo, Tillieux, Macherot, Yvan Delporte, Goscinny, Walthéry... montre qu’il est dans le noyau d’un processus créatif qui porte la bande dessinée belge aux premières place de l’histoire du genre.

Ce qui frappe chez Will, c’est l’extraordinaire étendue de ses aptitudes : un trait précis et clair, appuyé sur une observation documentée, un sens unique de la composition et de l’espace et une dimension plastique qui explique pourquoi ses collègues feront souvent appel à ses qualités de décoriste, une culture graphique sans ostentation, une maîtrise des couleurs héritée de l’apprentissage chez Jijé, une sensualité enfin, rarement atteinte par ses collègues.

Will en beauté à la Maison de la BD (Bruxelles)
Dans ces planches issues de collections particulières (notamment celle de Claude Maltaite, l’épouse de l’artiste), on remarque l’extrême propreté du travail, une lisibilité (regardez ce jeu sur les noir et blanc) et une composition très solides.

Cette exposition en fait l’absolue démonstration. Il faut coller son nez sur les originaux, se perdre dans le détail de ses arrière-plans (la précision et la justesse de ses décors parisiens de Tif & Tondu dans Passez Muscade ou dans Choc au Louvre !), observer la mâle autorité de son trait où passe rarement le repentir, de ces décors du Midi parfaitement observés où les bastides entourées de cyprès respirent la quiétude... C’est d’une qualité inouïe !

Dans cette séquence de Tif & Tondu - Choc au Louvre (1964), on admire cette magnifique restitution de la Place de la Concorde, la nuit.

La visite est ponctuée de peintures et d’aquarelles le plus souvent inconnues. Des toiles et des dessins faits pour lui, pour ses amis. Ce frustré de la couleur a pu en prendre le contrôle à la fin des années 1970. Elle devient un nouveau champ d’exploration où il transpose, ici les transparences du bleu de Delft, elles-mêmes inspirées par la faïence chinoise, là des paysages lumineux dont il élabore le glacis des nuances sur un apprêt profond et habile, à la manière de Cézanne ou de Matisse, ses peintres de référence.

Souvent s’y révèle une créature mystérieuse au regard oblique ou lointain, rêveur, et dont la moue, parmi ses formes affriolantes, couronne une sensualité pleine de promesses.

Entre ces deux planches en noir et blanc, une illustration de couverture à la gouache pour le magazine de Spirou datant de 1957, Will montre toutes ses qualités de graphiste
Arrivé tardivement à la couleur, surtout pour des raisons techniques (ici, cette planche a été colorisée a posteriori), Will s’avère être un très fin coloriste.
Dans ces oeuvres qu’il faisait souvent pour lui-même, Will fait le portrait de ravissantes qui, toutes, évoquent son épouse Claude.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Jusqu’au 24 novembre 2013

de 10 à 18h

La Maison de la Bande dessinée

Bd de l’Impératrice 1

1000 Bruxelles

Le Site de l’exposition

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)
En médaillon : (c) Will

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