« Zaï zaï zaï zaï » de Fabcaro, Grand Prix de la Critique ACBD 2016 et... Prix Geluck !

10 décembre 2015 10 commentaires
  • Nous l'espérions... Et le voilà qui est désormais officiel : après avoir loupé de peu le prix Landerneau BD 2015 des Espaces Culturels E.Leclerc, "Zaï zaï zaï zaï", l'album de FabCaro (6 Pieds sous terre) remporte le Grand Prix de l'ACBD... ainsi que le premier prix "Philippe Geluck" !

Nous avons plus d’une fois mentionné l’humour caustique et empreint de dérision de Fabcaro dans une sélection d’albums (voir la liste de ces chroniques ci-dessous), et notamment l’association détonante qu’il avait formée avec James & BenGrrr dans la trilogie Amour, passion et CX diesel.

Dans Zaï zaï zaï zaï publié chez 6 pieds sous terre en mai dernier, l’auteur approfondit cette forme d’humour grinçant pointant les incongruités de notre société. Il y décrit la cavale folle d’un auteur de BD pris en flagrant délit d’avoir oublié la carte de fidélité de son supermarché : un incident qui va bouleverser la France entière ! Voici ce que en nous écrivions alors : « "Zaï zaï zaï zaï" mêle dérision, satire de la société de consommation et des rapports artificiels qu’elle engendre, humour absurde, réflexion alambiquée sur le milieu de la bande dessinée, critique des médias et de leur exagération des faits, amplification des raccourcis de la pensée, stigmatisation d’un racisme latent, humour de situation, etc. Les registres abordés par Fabcaro dans cet étonnant road-movie sont aussi drôles qu’intéressants. »

« Zaï zaï zaï zaï » de Fabcaro, Grand Prix de la Critique ACBD 2016 et... Prix Geluck !

« Après un prologue de trois pages, cette dénonciation de nos travers quotidiens tient au rythme d’une situation par page, souvent dans un gaufrier de six cases. Chaque planche (ou double-planche) présente un récit qui progresse au gré de la cavale sans issue du héros, de son rapport à ses proches, à des personnages récurrents ou intermittents. En dépit d’une petite baisse de régime en deuxième partie du récit, c’est avant tout pour son ton décalé que cet album nous a conquis. Ce récit burlesque et absurde est aussi désopilant qu’intéressant. Quel magnifique exercice de style ! »

« Un album détonnant qui va encore faire parler de lui ! », écrivions-nous en conclusion de notre article. En effet, quelques mois plus tard, en octobre dernier, était remis le Prix Landerneau BD 2015 des des Espaces Culturels E.Leclerc. Philippe Geluck, le président de ce jury avait insisté pour que son coup de cœur Zaï zaï zaï zaï, soit primé. Il avait découvert, selon ses mots, « Un genre d’humour qu’il ne connaissait pas », un sacré compliment de la part d’un orfèvre qui décline toutes les gammes de la dérision dans ses livres, ses spectacles et ses chroniques, et ceci depuis plus de quarante ans ! Mais l’humoristique belge dut se plier au vote démocratique de la majorité du jury de libraires Leclerc et accepter que le Prix soit décerné à Manu Larcenet pour Le Rapport de Brodeck (Dargaud) d’après le roman de Philippe Claudel, un choix tout aussi justifié, il est vrai.

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En octobre dernier, alors qu’il était président du Prix Landerneau BD 2015 des Espaces Culturels E.Leclerc, Philippe Geluck militait déjà pour "Zaï zaï zaï zaï". Le voici ici brandissant l’ouvrage en compagnie de Julien Bisson, rédacteur en chef de Lire et de Michel-Edouard Leclerc.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
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Philippe Geluck décerne son premier prix à un auteur de bande dessinée !
Photo : Charles-Louis Detournay

Le papa du Chat fut cependant à ce point séduit par la lecture de l’album de Fabcaro qu’il avait décidé de lui adresser un prix spécial. Voici ce qu’il nous en a dit il y a quelques jours encore : « J’ai décider d’attribuer à "Zaï Zaï Zaï Zaï" le Prix Philippe Geluck 2015, d’une valeur de mille euros accompagné d’un dessin original, que je remettrai personnellement à Fabcaro le jour où nous nous rencontrerons. C’est la première (et peut-être dernière, on ne sait jamais) édition de ce prix. »

Auprès des libraires, le buzz n’en était pas moins probant lorsque l’album se retrouva dans la short-list du Prix de l’association des critiques et des journalistes de bande dessinée (ACBD), figurant au Festival BD-Boum de Blois parmi les cinq finalistes de leur Grand Prix de la critique 2016 : Catharsis de Luz, (Futuropolis), Ici de Richard McGuire (Gallimard), Le Piano oriental de Zeina Abirached (Casterman) ; Tungstène de Marcello Quintanilha (Çà et là), et … Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro (6 Pieds sous terre) !

En début de semaine, l’ACBD, forte de 87 membres, a tranché en récompensant cette fable pseudo-autobiographique d’un auteur de bande dessinée au moment où cette profession n’a jamais été autant fragilisée.

« D’un trait réaliste, mais léger, explique l’ACBD pour motiver son choix, en usant d’un dessin minimaliste dans lequel les postures comptent plus que les visages et les détails, où les décors sont à peine posés, Fabcaro raconte une fuite en avant devant le réel qui joue sur les codes de notre quotidien, les détourne par l’absurde et nous interpelle. « Zaï zaï zaï zaï » est le miroir grinçant et drôle de nos petites vies confortables et apeurées. Journalistes, retraités, gendarmes, caissières, députés, vous et moi, chacun en prend pour son grade. Fabcaro n’épargne même pas le héros à boucle d’oreille dans lequel on reconnaît l’auteur. »

Alors que, Carnet du Pérou, le précédent ouvrage de Fabcaro paru chez 6 pieds sous terre, avait été sélectionné au précédent festival d’Angoulême, il nous semble incontournable que Zaï zaï zaï zaï figure dans la sélection de cette année… Quitte à devenir L’Album de l’année ainsi que Fabcaro titrait avec une pointe d’ironie un précédent album paru à La Cafetière.

Cela dit, Zaï zaï zaï zaï rafle tous les prix en ce moment, au point que l’on peut parler de phénomène : Prix Ouest-France/Quai des Bulles 2015, Prix "coup de cœur" Landerneau 2015, BD RTL du mois de mai 2015. Il est également dans les sélections du Prix des libraires de bande dessinée 2016, du Prix SNCF du Polar 2016, du Prix Libr’à nous 2016 et du Prix Cézam Pays-de-Loire 2016.

Avec, in fine, des lauriers à Angoulême ?

Quelques réflexions sur la bande dessinée se retrouvent dans des lieux incongrus...

Premier élément de réponse : ce mardi 15 décembre pour la présentation officielle de la sélection du 43e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême.

(par Charles-Louis Detournay)

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Toutes les illustrations sont issues Zaï zaï zaï zaï par Fabcaro (6 pieds sous terre).

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Lire la chronique de Zaï zaï zaï zaï, ainsi que notre article concernant la remise du Prix Landerneau BD 2015 des des Espaces Culturels E.Leclerc

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Avec ou du même auteur, lire également :
- L’Album de l’année
- Like a steak machine
- Droit dans le mûr
- Z comme don Diego T1
- Steve Lumour - L’Art de la Winne
- Amour, passion et CX diesel : tomes 1 et 3
- Talijanska
- Jours de gloire
- et une interview de De Metter & Caro : "Figurec, c’est de l’anticipation à très court terme !"

 
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10 Messages :
  • Cela dit, Zaï zaï zaï zaï rafle tous les prix en ce moment, au point que l’on peut perler de phénomène : Prix Ouest-France/Quai des Bulles 2015, Prix "coup de cœur" Landerneau 2015, BD RTL du mois de mai 2015. Il est également dans les sélections du Prix des libraires de bande dessinée 2016, du Prix SNCF du Polar 2016, du Prix Libr’à nous 2016 et du Prix Cézam Pays-de-Loire 2016.

    Donc en gros, ce petit album sympa est un phénomène car il obtient un prix important (ACBD), jusque-là ok pas de problème, un "coup de coeur" au Landerneau à l’initiative de Geluck qui lui attribue en plus un 2éme prix perso (ça fait 2 donné par Geluck dont un franchement...), et puis comme il rafle tous les prix en ce moment, il obtient celui de la BD RTL du mois de mai (il y a plus de 6 mois donc). Et...

    Heu... Vous en faites pas un peu trop ? Je comprends bien le souhait de vouloir valoriser (survaloriser ?) le travail de Fabcaro en argumentant votre propos mais quand même, je trouve personnellement qu’on est un peu dans le "fake" !

    Et puis, une petite recherche rapide sur le web ne crédibilise pas le texte cité plus haut, bien au contraire : Le prix Ouest-France-Quai des bulles (10 lecteurs de ouest-France), et des sélections à Libr’à nous (élection ouverte sur FB avec seule condition pour participer avoir travailler dans une librairie 4 mois dans l’année) et pour le prix cézam (aucune indication, inconnu sur google, vraisemblablement distribué au festival BD d’Angers du weekend dernier) sont des petits prix sponsorisés, au mieux avec un peu de public dedans !

    Je ne parlerais même pas de la sélection au prix Polar SNCF qui semble confirmer que ceux qui sélectionnent les albums ne les lisent pas, ce qui est en soi particulièrement ridicule pour ne pas dire grave, et ne rendent même pas grâce au travail de Fabcaro et au respect de son œuvre !

    Le statut de phénomène pour cet honorable album est à mon sens galvaudé !
    Désolé du pavé, Monsieur Detournay, mais pour une fois, sur cet article, je ne vous suis pas !

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 10 décembre 2015 à  19:59 :

      Bonjour et merci pour votre analyse aussi complémentaire que pertinente,

      Soyons clair, je ne présente pas cet album comme un phénomène parce qu’il est nominé. J’ai découvert cet album il y a plus de six mois, et je l’ai trouvé excellent (malgré une petite baisse de régime en seconde partie, comme expliqué).

      Que Geluck en fasse une chronique dans Siné Mensuel et qu’il ait un (double) coup de coeur en écho du mien (et d’autres), que l’ACBD (dont je ne fais pas partie) reconnaissance l’innovation et l’humour de cet album, que d’autres prix/jury plus ou moins bien composés le valorisent d’une façon ou d’une autre : après tout, ce qui m’importe, ce sont les lecteurs qui peuvent alors s’en faire leur propre idée en lisant eux-mêmes un album qu’ils n’auraient peut-être pas ouvert sans cela.

      Et que cette découverte leur ouvre peut-être d’autres voies de lectures qu’ils auraient auparavant dédaignées : voilà ce qui m’importe ! Multiplier et mélanger les genres, explorer de nouvelles voies, et à force de tentatives pendant des années, prouver que l’on peut encore innover et repousser les limites d’une bande dessinée que beaucoup trouvent bouchées, voilà ce qui m’importe.

      Je vous propose alors de lire cet album, ou de l’emprunter à votre bibliothèque, afin de m’expliquer qu’il ne vous a pas fait rire, réfléchir, ou porter tout simplement un autre regard sur la bande dessinée.

      Pour moi, le seul vrai phénomène, ce sont les passionnés qui continuent de croire en la bande dessinée pour faire rire, réfléchir ou porter un autre regard sur notre monde, même s’ils le font avec des bouts de chandelles, et/ou dans des conditions salariales vraiment difficiles. Et tant que cela aboutira à des albums que je trouve très bons, sans juger de l’environnment de FabCaro, je continuerais à mettre en avant des livres qui sont ainsi reconnus, et qui sortent des carcans commerciaux.

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      • Répondu le 10 décembre 2015 à  20:08 :

        L’art de valoriser la médiocrité.
        C’est à la photocopieuse qu’il faudrait remettre un prix.

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      • Répondu par Yo le 10 décembre 2015 à  20:58 :

        Merci pour votre réponse.

        J’ai acheté et bien entendu lu ZAI ZAI ZAI ZAI, sur le conseil avisé de mon libraire il y a quelques mois déjà. Je ne permettrais pas d’intervenir sur ce sujet sinon...

        Je reconnais beaucoup de qualité à l’album et au travail de Fabcaro depuis de nombreuses années déjà. Zai zai zai zai souffre à mon sens d’une retenue et le propos me semble un peu "freiné" même s’il est très drôle et lance un certains nombres de réflexions bienvenues !

        Toutefois, bien qu’en grande partie d’accord avec votre paragraphe : "ce sont les passionnés qui continuent de croire en la bande dessinée pour faire rire, réfléchir ou porter un autre regard sur notre monde, même s’ils le font avec des bouts de chandelles, et/ou dans des conditions salariales vraiment difficiles", je me permets juste de vous dire que la qualité d’une œuvre ne se juge pas aux moyens, dans un sens comme dans l’autre, bien heureusement.

        Votre travail est particulièrement pertinent, et me permet souvent d’aller vers des titres qui ont pu m’échapper. Je regrette juste cette survalorisation excessive qui à mon sens, nuit au propos.
        L’album de Fabcaro est très honnête, bien au dessus de la production indé et mainstream actuelle. Pourquoi vouloir en faire un "citizen kane" ?

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        • Répondu par Charles-Louis Detournay le 11 décembre 2015 à  03:40 :

          Bonjour et merci de votre réponse,

          Ravi que vous ayez pu lire l’album en question ! Trop de commentateurs se permettent de juger une oeuvre par le biais des quelques extraits que nous présentons, ce qui réduit alors le débat, et catalyse des critiques peu constructives.

          Je comprends mieux le sens de votre réaction grâce à votre évocation du "Citizen Kane".

          Zaï Zaï Zaï Zaï est un très bon album, à n’en pas douter, mais la fin de mon article sur Angoulême ne voulait pas exiger qu’il reçoive un Fauve d’or. Les sélections et prix d’Angoulême sont avant tout le reflet du jury de l’année en cours, dopés par leurs subjectivités respectives.

          Ce qui m’intéresse justement, c’est la continuité possible par rapport à l’année dernière. En effet, Carnet du Pérou du même FabCaro faisait partie de la sélection du 42e FIBD. Pour ma part, et très subjectivement (même si cet avis semble être rejoint par une majorité de la profession), Zaï Zaï Zaï Zaï est plus abouti que Carnet du Pérou.

          Si on suit donc cette logique, Zaï Zaï Zaï Zaï devrait donc faire partie de la sélection du 43e FIBD d’Angoulême. Et c’est bien cette cohérence potentielle qui justifie mon attente. Si c’est le cas, le fait qu’il soit primé dépend vraiment de l’orientation choisie par le jury, mais nous n’en sommes pas encore là.

          Attendons déjà le 15 pour analyser la sélection officielle.

          Excellente fin de semaine

          CLD

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          • Répondu par Yo le 11 décembre 2015 à  15:04 :

            Ravi que vous ayez pu lire l’album en question ! Trop de commentateurs se permettent de juger une oeuvre par le biais des quelques extraits que nous présentons, ce qui réduit alors le débat, et catalyse des critiques peu constructives.

            Nous sommes d’accord. C’est en très grande partie ce que je reproche à Oncle François et à beaucoup d’anonymes de ce site.

            En tout cas, merci à vous d’avoir préciser vos propos. Il est très agréable de pouvoir échanger sereinement sans être
            invectivé gratuitement !

            Bon Weekend !

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  • Fabcaro est hype, il a plein de potes dans la profession, faut bien que ça paye un jour.Zaï zaï zaï zaï est aussi drôle que sa reprise d’Achille Talon, vivement son XIII mystery.

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    • Répondu le 11 décembre 2015 à  00:32 :

      SVP, arrêtez ou venez avec des preuves sur vos dires. Alors que l’échange entre Yo et CLD était intéressant vous débarquez avec vos insinuations. Les forums c’est moins cher qu’un psychoanalyste, mais à un moment ou un autre il va bien falloir que vous vous posiez la question du pourquoi poster un message de cette teneur. Bon rétablissement.

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      • Répondu par Sergio Salma le 13 décembre 2015 à  21:52 :

        Cette personne n’est pas vraiment malade, elle feint , c’est de la provocation. Une chose est sûre, elle a décroché en grande partie de la bande dessinée, ça ne l’intéresse plus assez ; comme les vieux qui avaient aimé les Pieds-Nickelés et qui dans les années 60 ont vu le genre aller dans des directions qui ne les intéressaient plus. Ils ont perdu la bande dessinée qui les enchantait , les distrayait, les faisait rêver. Eh oui, la roue tourne. Que ce soit à cause du fond ou de la forme, les lecteurs décrochent en masse et d’autres rappliquent , c’est normal. Ce petit mot , cette petite pique, c’était son petit message d’adieu, dérisoire, pour dire qu’il n’est plus client de ce qui se fait là, sous ses yeux. Snif.

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  • J’ai lu ce livre, j’ai bien saisi où était la tentative, mais tout tombe à plat, pour être honnête j’ai quand même souri deux fois à la lecture. Faire de ce bouquin un chef d’oeuvre d’humour dépasse l’entendement.

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