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Les belles histoires de Glénat Québec
mercredi, 3 février 2010
/ Le Bédénaute /

Né en 1945 à Montréal, Denis Giguère a commencé à lire le beau journal de Spirou en 1955 et n’a pas arrêté depuis.
D’autres BD se sont ajoutées au fil des ans pour tromper l’ennui des longues heures d’études au Collège des Eudistes et des longs trajets en transport en commun. Il a livré de dures batailles aux lecteurs de Tintin, a lu Le fantôme dans La Patrie, a vécu la naissance et le déclin de Pilote et les expériences de (à suivre). Côté québécois, il a été interloqué par Onésime dans le Bulletin des agriculteurs, titillé par Le sombre vilain (dans le Jour) et tenu en haleine par Red Ketchup dans Croc, avant de tomber sous le charme de Caroline Merola.

En lisant autre chose que des bandes dessinées, il obtint quelques diplômes en sciences et travaille dans le domaine très sérieux de la recherche et du développement depuis 1980. Son intérêt pour la BD s’est rapidement transmis à sa blonde permanente et à leurs deux enfants, pour qui la quantité de bibliothèques dans la maison est vite devenue un sujet de conversation entre amis.

Avec la perspective de cinq décennies de lecture et l’expérience des ans, il estime que la BD est trop souvent snobbée par une certaine intelligentsia littéraire, ou trop facilement associé à l’humour facile par le grand public. Garçon un tantinet évangéliste et généralement plein de ressource, il décide alors d’investir un peu de ses loisirs pour la reconnaissance du " genre " qu’est la BD. C’est sur Internet que paraissent les premiers communiqués de la "Liste des BéDénautes " dès 1996, un courriel destiné à informer les amateurs de BD au Québec. En 1997, il s’associe à l’équipe de production de l’émission " Au Pays des bulles " (CINQ-FM) à titre de recherchiste-journaliste pour la radio, et comme critique d’albums dans le bulletin d’information éponyme. Associé à Promo 9e Art depuis 1999, il contribue à l’essor de cet organisme par ses talents de webmestre.

La filiale québécoise de l’éditeur grenoblois aime les belles histoires. Après un premier collectif qui puisait dans les contes et légendes du Québec, voici qu’il nous en présente un sur les histoires d’hiver, et en annonce un troisième sur le thème, cette fois-ci, des parties de pêches.

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Simon Banville
© Le BéDénaute

Histoires d’hiver rassemble six histoires de six pages ayant pour thème cette saison à la fois maudite et adulée des Québécois.

Pour Zviane, c’est le début d’une histoire d’amour teintée d’une féerie tout urbaine. Hicham Absa, auteur marocain établi à Montréal, nous raconte à sa façon comment la Russie put tenir à Stalingrad, en 1943. Serge Brouillet, qui a abordé le thème de l’exploitation sexuelle des femmes dans La pieuvre rouge [1] et la mésaventure d’un draveur dans le collectif précédent, Contes et légendes du Québec, y va d’une solution tout humoristique contre l’envahissement des motoneiges. Kan-J et Mickey, quant à eux, offrent une piste d’explication originale sur la durée parfois interminable des hivers. Simon Banville présente un gentil conte sur une petite fille qui s’est fait l’amie du vent.

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Hicham Absa
© Le BéDénaute

Enfin, pour Vincent Giard, une promenade dans la ville enneigée et enrobée de ses bruits bien particuliers, est un moment de réflexion sur l’enfance et ses souvenirs, mais aussi sur la fin de la vie. Bref, autant d’interprétations de l’hiver, selon des thèmes et des styles graphiques personnels et variés.

Ce recueil est l’aboutissement d’un concours qui a vu un jury sélectionner ces œuvres parmi un ensemble de soumissions. Le but manifeste de Glénat lorsqu’il est venu s’installer au Québec était de trouver des auteurs locaux de talents afin de les diffuser. En trois ans, il a maintenant une douzaine d’albums au catalogue. Mais pourquoi proposer de tels concours ?

Christian Chevrier, directeur général de Hachette Canada et de Glénat Québec, répond : « C’est un moyen de prendre contact avec des artisans de la BD, dessinateurs et scénaristes, qui peut-être n’avaient pas accès à des maisons d’édition, et qui craignaient d’aller présenter leur projet par timidité. L’anonymat du concours peut donc les aider, et dans certains cas, cela nous a permis de dénicher des talents jusque-là inconnus.

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Christian Chevrier
© Le BéDénaute

On retrouve dans ces deux recueils des dessinateurs et des scénaristes qui font déjà de la BD, mais aussi des auteurs pour qui ce n’étaient qu’un hobby, ou qui n’avaient pas eu l’impulsion nécessaire pour terminer un projet en cours et l’amener à terme. »

Un troisième concours est d’ores et déjà annoncé, et aura pour thème la « partie de pêche » [2] : avec cent mille lacs d’eau douce sur le territoire de la belle province, les anecdotes ne devraient pas manquer...

« Ce nouvel appel aux candidatures fait aussi appel au folklore et à l’imaginaire québécois », conclut Christian Chevrier, « avec toute l’exagération dont les pêcheurs sont capables : “mon poisson était gros comme ça” ou encore, “je suis tombé dans une fosse où il y avait des saumons grands comme la chaloupe" ! » Comme les précédent, ce concours est doté de prix en argent, mais il faut bien entendu remplir les conditions d’admissibilité.

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Laurent Garcias et Serge Brouillet
© Le BéDénaute

Christian Chevrier a profité de l’occasion pour présenter Laurent Garcias, le nouvel éditeur de Glénat Québec en poste depuis janvier 2010, et a réitéré son intérêt pour un organiser un "événement BD" à Montréal : la métropole du Québec sera-t-elle enfin dotée d’un festival de BD ?

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Scène d’hiver à Montréal
© Le BéDénaute

Propos recueillis lors du lancement d’Histoires d’hiver, Montréal, 20 janvier 2010.

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Lire les premières planches

Voir aussi une courte présentation de l’album

[1Sans frontières, BD Awards 1995.

[2NDA — Au Québec, une “partie de pêche” est un événement qui consiste à aller taquiner le poisson d’eau douce à la ligne ou à la mouche. Il implique la plupart du temps de tortueux et cahoteux déplacements sur des chemins forestiers ou mieux, par hydravion, afin de trouver une étendue d’eau propice et où l’on entend les huards et les loups, en apportant avec soi canots, vivres et l’attirail de camping. Cela regroupe habituellement une bande de copains, mais les familles peuvent aller pêcher dans les parcs fauniques ou les zones d’exploitation contrôlées. Une excellente façon de renouer avec la nature et de remplacer les tracas de la civilisation par d’autres, plus sauvages. Pour un avant-goût, voir Voyage en zone d’exploitation de Louis Rémillard.


AUTRES IMAGES

Hicham Absa
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180 x 248 píxels

Simon Banville
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180 x 256 píxels