ActuaBD.com et « Tintin au Congo » sur France Info ce matin

12 mai 2010 23 commentaires

Notre sémillant éditeur-adjoint Didier Pasamonik sera sur France Info ce matin à 11h15 heures pour parler de l’Affaire « Tintin au Congo » dont le procès débute aujourd’hui à Bruxelles. Il débattra avec Patrick Lozès, du Cran (Conseil représentatif des associations noires) qui interviendra en direct en duplex de Bruxelles.

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ON PEUT ÉCOUTER LE DÉBAT ICI :

DOIT-ON INTERDIRE TINTIN AU CONGO ?

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23 Messages :
  • Ras le bal de M’butu et des fausses victimes !
    12 mai 2010 10:53, par Kamil P

    "Si les autres parties du monde ont des singes ; l’Europe a des Français. Cela se compense." A. Schopenhauer.

    Cher monsieur M’butu. Votre croisade m’inspire et aujourd’hui, moi aussi, je porte plainte. Le courage de votre démarche - que certain racistes jugent opportuniste et médiatique - est un exemple qui illumine cette époque où tout est permis sauf pour les opprimés comme vous et moi. Car monsieur M’butu, je souffre moi aussi. Je souffre dans ma dignité de français (en dépit de mon nom à consonance polonaise). Il existe un scélérat, adulé par des centaines de pseudo intellectuels, dont personne n’exige l’interdiction par peur de voir des hordes de nazis s’attaquer à l’intégrité de leur personne. Ce rustre, pilier du national socialisme, c’est Arthur Schopenhauer. La citation que je met en exergue, prouve le racisme de ce penseur dont on persiste à publier les essais, même en France. Vous conviendrez que Schopenhauer jouit d’un crédit plus conséquent que celui de Hergé... et que ma douleur est donc bien plus vive que la votre. Vous conviendrez aussi que le préjudice fait par les troupes allemandes au début des années 40 est parfaitement comparable avec l’occupation de votre patrie d’origine par les forces Belge... J’exige donc, au nom de tous les français et de la France immortelle, que tous les ouvrages de ce monstre soient accompagnés d’un avertissement et d’excuses à défaut d’être interdits purement et simplement. Bien à vous.

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  • Bon débat... ça manquait de "voler dans les plumes", là où Lozès mérite d’y être. Cet homme ne comprendra jamais la caricature.
    Bon, après citer la Bible comme exemple, cher Didier, j’aurai aimé plus des exemples issus du 9ième Art.

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    • Répondu par Xavier Mouton-Dubosc le 12 mai 2010 à  13:58 :

      En même temps, en 11 minutes, difficile de présenter le sujet (aucun exemple n’a été donné), d’amener le débat et la contradiction, puis de conclure.

      La manière dont Didier a joué fort raisonnablement les conciliateurs me semblait la meilleure prise de micro possible. Et de toutes façons, la position la plus défendable dans cette affaire.

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      • Répondu par S ; du aaablog le 12 mai 2010 à  17:25 :

        C’est marrant l’unanimité du point de vue européen sur Tintin. Je n’ai pas écouté le débat de ce matin, donc je ne me permettrais aucune remarques à ce sujet. De même que je ne suis pour l’interdiction d’aucun ouvrage de quelque sorte.
        En revanche, quant au moquerie sur la portée raciste de Tintin au Congo, son influence dans l’imaginaire mondial des rapports blancs noirs, je pense que les lecteurs européens de Tintin méconnaissent trop l’état des rapports inter communautaires en Afrique ou dans d’autres régions du monde aujourd’hui pour réellement mesurer la blessure que sa lecture peut engendrer chez certains.
        Tintin au Congo est un ouvrage que l’on peut excuser par son contexte d’écriture, c’est certain. Mais persister à ignorer les demandes des parties blessées jusqu’à refuser une préface de mise en garde, c’est probablement insultant.
        EN Afrique du Sud, aucun doute là dessus, si on donne aujourd’hui à lire Tintin à ses enfant, c’est le plus souvent qu’on est ouvertement raciste et qu’on veut qu’il épouse les dogmes de la bonne société blanche.
        Cette fonction sociale totalement reconnue de ce livre, aujourd’hui encore, dans un pays où les tensions entre blancs et noirs règnent, prouve bien que Tintin peut encore servir d’outils pédagogique dans le mauvais sens du terme. Mais c’est loin de l’Europe, qui a enterré depuis belle lurette le débat sur la colonisation, là où d’autres pays du monde en subissent encore aujourd’hui l’héritage par intermittence.
        A titre d’information qui peut éclairer ce débat : L’Afrique du Sud vient seulement de découvrir le mot "xénophobie". C’est à l’occasion des récentes émeutes anti congolais, accompagnées de tueries, faites par les sudaf noirs des townships qui accusent les immigrés congolais de leur voler tous les petits jobs de service. Et si les congolais ont immigré en nombre en Afrique du Sud, c’est évidemment une des nombreuses ramifications de l’histoire de la colonisation.
        Tout ça pour dire qu’il m’est arrivé deux ou trois fois de parler bd en Afrique du Sud, avec blancs et noirs, à chaque fois le cheminement de la conversation fut le même.
        Tintin => raciste=>colonisation=>Congo=> problème d’immigration=> émeutes=> tueries.
        Je crois sincèrement que nous n’évoluons pas au même rythme sur le sujet de la colonisation, que ce débat sur tintin en est une nouvelle illustration. Pour certains c’est de l’histoire ancienne, pour d’autres c’est du quotidien. Quoi qu’il en soit, se cantonner au point de européen, s’est réduire la porté d’un livre mondialement connu, emblématique d’une histoire, et porteur d’une vision du monde contestable, quelques fois oubliée, mais pas partout.

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        • Répondu par Kamil P le 12 mai 2010 à  18:52 :

          D’accord Steph, sauf que le débat implique en l’occurrence deux pays européens qui ne cessent depuis trente ans de se flageller sur leur passé colonialiste... et pas l’Afrique du Sud. Là, je veux bien admettre que les données ne sont pas les mêmes. Et encore...
          Il y a à travers le débat autour de "tintin au Congo" d’autres enjeux. Celui du pouvoir de la victime en particulier. M’butu n’est pas plus victime de "Tintin au Congo" que je ne le suis de Schopenhauer...
          "Le marchand de Venise" de Shakespear contient des propos clairement antisémites ; on ne peut pas rattacher cette pièce (assez médiocre d’ailleurs) au nazisme ou sous-entendre que des adolescents pourraient prendre le portrait de Shylock pour argent comptant. Mettre un avertissement liminaire est parfaitement ridicule. C’est une façon bien pratique de se déresponsabiliser et déresponsabiliser le lecteur (voir des parents ou des enseignants).
          Si les gens n’ont pas suffisamment de bon sens pour relativiser et replacer dans son contexte l’album de Hergé, rien n’y changera.
          Si les Belges interdisent "Tintin au Congo" ou acceptent de se compromettre par le rajout d’une mise en garde, la boite de Pandore sera ouverte et avec elle, son cortège d’abus en tous genres.

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        • Répondu par Coco le 12 mai 2010 à  20:44 :

          Il n’y a strictement aucune raison recevable pour modifier la présentation de Tintin au Congo . Tel il fut conçu par Hergé , tel il doit rester ! Cela porte un nom : le respect de l’oeuvre .
          Le racisme bon enfant et paternaliste des occidentaux vis à vis des noirs d’Afrique était un lieu commun dans cette production culturelle , un stéréotype révélateur des mentalités de l’époque . Pourquoi vouloir masquer ou travestir cette réalité historique ?
          Réécrire l’histoire est TOUJOURS une pratique condamnable .
          La seule action positive serait qu’un auteur traite le même sujet ( un jeune blanc dans le Congo des années trente)avec une dimension critique , une autre oeuvre à laquelle on souhaite les mêmes qualités narratives et graphiques que celle de Hergé.

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        • Répondu par Appollo le 13 mai 2010 à  14:40 :

          Je suis d’accord globalement avec ce que tu as écrit, mais je me permets une petite correction : il n’y a pas eu de "tueries" envers les Congolais en Afrique du Sud. Même si l’immigration congolaise en Afrique du Sud, surtout dans le Gauteng, est relativement importante, elle n’a aucune commune mesure avec celle du Zimbabwe (et dans une moindre mesure du Mozambique et de Zambie). Ce sont essentiellement les Zimbabwéens qui ont été victimes des émeutes xénophobes de ces deux dernières années, dans les townships.
          Et puisque quelqu’un citait mon blog, je me permets de donner rapidement mon avis sur "Tintin au Congo" : Joe Dog, des Bitterkomix, m’avait proposé que l’on fasse ensemble une bd, ou quelque chose de ce genre, sur ce fameux album. Joe Dog travaille depuis longtemps sur le représentation de Tintin au Congo, et se passionne aussi pour l’histoire de la RDC. J’avais pour mission de collecter des témoignages, à Kinshasa, de lecteurs congolais de Tintin. Comment réagissaient-ils à cet album ? Le trouvaient-ils raciste ? Souhaitaient-ils son interdiction ? J’ai posé ces questions à plusieurs Congolais, à des auteurs de bd, des prêtres, des fonctionnaires, des gens de la rue : globalement, les Congolais n’en ont rien à faire de "Tintin au Congo". Ceux que ça intéresse un peu, trouvent évidemment que c’est un album plutôt raciste, mais ils pensent aussi que c’est un témoignage de l’époque coloniale et du regard que portaient les Belges sur "leur" Congo (même si Hergé n’y a jamais mis les pieds, et s’il n’avait visiblement pas l’intention de faire une oeuvre réaliste). En fait, m’ont dit certains d’entre eux, "Tintin au Congo" a un avantage : il a parlé du Congo à des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, et fait désormais partie intégrante du folklore du pays (d’où les fresques murales et les multiples objest artisanaux reprenant le thème).
          Mon avis personnel, c’est que 1. "Tintin au Congo" est un mauvais Tintin, une oeuvre de jeunesse assez inintéressante, bien loin de ce que fera Hergé à partir du Lotus bleu 2. c’est un ouvrage manifestement raciste, que le seul contexte historique n’excuse pas : à la même époque - et même avant - Gide, Londres ou Leiris parlaient de l’Afrique noire avec une intelligence et une quasi-absence de préjugés d’un autre niveau (et après tout, pourquoi serions-nous moins exigeants envers la Bande dessinée qu’envers la Littérature). 3. il ne s’agit pas de demander une censure, une interdiction, ce qui serait particulièrement stupide, mais Casterman serait avisé de proposer une petite préface pour "avertir" le lecteur, et ce d’autant que Tintin est clairement une série à destination des enfants (rien à voir avec Shakespeare ou Schopenhauer dont les lecteurs sont a-priori plus avisés).

          Appollo

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          • Répondu par Kamil P le 14 mai 2010 à  10:52 :

            Vous imaginez sérieusement que les enfants vont lire ou tenir compte d’une notule explicative ?
            Vous êtes bien naïf.
            Allons, je crois que la façon la plus intelligente de réagir c’est de faire comme Romain Dutrex avec sa parodie intitulée "Tintin au Tarterets". Ça remet bien les choses à leur place.
            Didier Pasamonick a raison sur toute la ligne sur ce sujet et je trouve que son intervention sur France Info a été de bon sens. Des exemples de livres, BD, pour jeunes ou vieux avec des a priori et des clichés énormes, vous en avez des pelletés... dont certaines signées par de grands noms.
            Car le point important du dossier, très justement souligné par Frédéric Mitterand, c’est qu’a part un inventaire important de clichés, il n’y a pas de propos racistes dans "Tintin au Congo".
            Vous vous voulez lire un truc raciste ? Lisez "Rabbi Slomon et la marée noire", ça vous donnera une idée de ce qu’est vraiment le racisme.
            Moi, j’ai un peu de sang acadien. Vous avez pas idée du nombre d’inexactitudes blessantes qu’il y a dans "Le dernier des Mohicans". Est il question d’avertissements ? Pas que je sache. Pourtant des tas de gamins lisent chaque année ce navet.
            Le résultat de ce débat sera au final, de faire une pub pour cet album, de poser "Tintin au Congo" en martyre de la liberté d’expression... bravo.

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          • Répondu par S ; du aaablog le 15 mai 2010 à  10:00 :

            Bonjour Appollo,
            Lors de mon récent séjour, c’était les congolais les nouvelles "cibles" des préjugés, et des émeutes en hiver dernier. Les Sud Africains commencent à normaliser leur immigrations qui jusqu’il y a peu était volontairement laissée libre. Les congolais étant le dernier mouvement migratoire, ils sont du coup sous l’éclairage de l’actualité. De plus, il faut reconnaitre qu’ils assurent particulièrement dans l’intégration, vu le nombre hallucinant de congolais que j’ai rencontré au travail (ce français qu’ils parlent divinement bien les trahis toujours :). Beaucoup m’ont fait comprendre que les congolais suscitaient des jalousies particulièrement plus fortes que de coutume.
            Bref, je ne suis pas un expert dans ce domaine, j’ai juste eu la chance de beaucoup communiquer sur place et ce point de vue que je reflète est essentiellement lié à la subjectivité de mon parcours.(peut-être également à nos discussion sur Tintin ?)
            D’ailleurs, c’est surtout Tintin qui importe. Je ne suis pas partisan sur la question. Mais j’ai des inclinaisons, pour une contextualisation éditoriale, de type préface par exemple. Pourquoi ? Essentiellement pour deux raisons. Oui, le débat à lieu aujourd’hui en Europe, mais Tintin est une œuvre à portée mondiale. Intégrer cette force de rayonnement dans son traitement éditorial me semble logique. Ensuite, parce que Tintin est également une œuvre de jeunesse, qui à l’époque se dotait d’une volonté en partie pédagogique. Deux données qui invitent également à un traitement peut-être plus précautionneux.
            Bref, je ne milite pas, mais j’ai beaucoup de mal à comprendre la "force", parfois très puissante, de résistance face à l’installation d’une mise en garde. Tintin, me semble-t-il, est une œuvre suffisamment ambigüe et destinée en priorité à des regards naïfs pour qu’au moins cela puisse se discuter sans s’outrer.

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            • Répondu par Appollo le 15 mai 2010 à  11:50 :

              Oui, Stef, je suis encore une fois d’accord avec toi. Je ne comprends pas pourquoi Kamil semble prendre ça si à coeur : personne ne demande de censure ou d’interdiction (enfin, dans cette discussion). Suggérer une préface, c’est simplement prendre une précaution de lecture pour un public ignorant du fait colonial. Je pense que lecteurs congolais (mais pas qu’eux) apprécieraient ce genre de démarche éditoriale.
              Pour ce qui concerne les Congolais d’Afrique du Sud, tu as sans doute raison. On en reparlera à une autre occasion.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 mai 2010 à  16:46 :

      En fait, je ne m’y suis pas résolu parce que cette interdiction demandée touche à quelque chose de bien plus large que le seul secteur de la bande dessinée : Bien sûr que j’aurai pu citer tout le monde, la Loi de 1949 et sa censure stupide contre Tarzan, les stéréotypes dans Blake et Mortimer avec ses “jaunes”, Spirou dont les mains collent aux cheveux noirs crépus, Lucky Luke et ses noirs aux grosses lèvres dans En remontant le Mississipi, qui déplaisaient aux éditeurs suédois, Buck Danny, ennemi des "faces de prunes", j’aurais pu souligner que les méchants Schtroumpfs sont bien entendu les noirs,que Gaston est l’apologie de la fainéantise et que Largo Winch, celui du fric triomphant...

      J’aurais pu raconter les scrupules d’ lui-même qui a tenté après la guerre, dans cet album et dans Cock en Stock, d’atténuer le caractère raciste de ses propos.

      J’aurais pu démontrer pourquoi cette démarche est un véritable acte de censure et que la Justice doit y mettre fin.

      Et en même temps, pourquoi ce débat n’est pas inutile, l’injustice qui consiste à tenter de faire croire que la bande dessinée dans son entière est raciste alors que Les Rivaux de Painful Gulch ou encore Canyon Apache de Morris et Goscinny, de même que Les Passagers du vent de François Bourgeon, Carnets d’Orient de Ferrandez,ou Deogratias de Jean-Philippe Stassen ou encore Rampokan Java de Peter Van Dongen sont des monuments d’antiracisme.

      Mais il me fallait pour cela plus de temps et un public peut-être moins large que celui de France Info. Mais je suis à la disposition de quiconque me le demandera.

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      • Répondu par S ; du aaablog le 15 mai 2010 à  10:09 :

        Didier,
        Comme tu parles de Lucky LUke, je me demande combien de français savent que dans leur version anglaise les dessins sont retouchés pour ne pas choquer les communautés. Les lèvres justement, ont disparues. Quant au langage autochtone moqué des indiens, il est transformé en anglais parfait. On ne blague pas avec ça chez les anglosaxons.

        Bref, personnellement, je préfère une contextualisation en ouverture qu’une exportation tronquée. Ceci dit, je
        suis presque certain que Lucky Luke n’est pas commercialisable sans retouche aux U.S.A , donc je ne condamne pas l’éditeur.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 15 mai 2010 à  15:30 :

          Didier, Comme tu parles de Lucky LUke, je me demande combien de français savent que dans leur version anglaise les dessins sont retouchés pour ne pas choquer les communautés. Les lèvres justement, ont disparues. Quant au langage autochtone moqué des indiens, il est transformé en anglais parfait. On ne blague pas avec ça chez les anglosaxons.

          Je suis très étonné par cette assertion. En fait, je faisais allusion à la demande des éditeurs suédois de faire mincir les lèvres des noirs dans En remontant le Mississipi. Morris les avait envoyé se faire voir...

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          • Répondu par S ; du aaablog le 16 mai 2010 à  08:15 :

            Didier,
            Je profitais simplement de ta citation de Lucky Luke pour la mettre à ma façon en parallèle avec ce débat (connaissais pas l’histoire avec la Suède). Il faudrait que j’examine attentivement toutes les BD éditées en anglais par Cinebook (Iznogoud notamment), mais leurs adaptions tendent à effacer toute forme de caricature et d’humour considérée comme inacceptable dans la culture anglo-saxonne. Même, et c’est là que les français décrochent et ne comprennent pas, lorsque cet humour est complétement bienveillant. Les anglais, eux, restent outrés.

            C’est pour ça que je me demande dans quelle mesure, du moment qu’on a le souhait de faire rayonner notre bande dessinée à travers le monde, il ne vaut mieux pas prendre certaines pincettes éditoriales pour encadrer l’œuvre plutôt que de gommer discrètement certains aspects de notre culture française (disons notre décontraction à rire de sujets fâcheux dans Lucky Luke) pour mieux s’exporter.

            Pour moi, ce n’est pas si éloigné du débat sur Tintin au Congo. SI la colonisation était un sujet classé dans l’histoire du monde, et pas seulement celle de l’Europe, le débat et les plaintes n’auraient pas cours aujourd’hui. Sans encadrement, vu qu’il est impossible de toucher à Tintin (et tant mieux !), c’est le procès assuré pour une œuvre à portée mondiale.

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 mai 2010 à  09:20 :

              Didier, Je profitais simplement de ta citation de Lucky Luke pour la mettre à ma façon en parallèle avec ce débat (connaissais pas l’histoire avec la Suède). Il faudrait que j’examine attentivement toutes les BD éditées en anglais par Cinebook (Iznogoud notamment), mais leurs adaptions tendent à effacer toute forme de caricature et d’humour considérée comme inacceptable dans la culture anglo-saxonne. Même, et c’est là que les français décrochent et ne comprennent pas, lorsque cet humour est complétement bienveillant. Les anglais, eux, restent outrés.

              Là aussi, je suis très surpris. Alors que tu ne les a pas encore examinées, toi qui te piques d’être un journaliste qui étudie en profondeur tes sujets, tu affirmes qu’ils effacent toute forme de caricature d’humour (d’ailleurs, ca veut dire quoi, en français ?).

              Cinebook est le partenaire quasi exclusif de Media Participations en Angleterre, pour ainsi dire soutenu par ce groupe dans le cadre d’une politique que je trouve très intelligente. Je serais très étonné que les services de Sophie Castille prennent le risque de trahir l’œuvre des auteurs sans les consulter. En fait, je ne crois pas à ta théorie, car c’en est bien une.

              C’est pour ça que je me demande dans quelle mesure, du moment qu’on a le souhait de faire rayonner notre bande dessinée à travers le monde, il ne vaut mieux pas prendre certaines pincettes éditoriales pour encadrer l’œuvre plutôt que de gommer discrètement certains aspects de notre culture française (disons notre décontraction à rire de sujets fâcheux dans Lucky Luke) pour mieux s’exporter.

              "Discrètement" ?!? On rêve ! Je pense que nous ne devons pas nous laisser impressionner par ce qui n’est rien d’autre qu’une dérive liberticide du droit anglo-saxon, influencée par une culpabilité à propos d’une ségrégation qui a disparu de leurs lois, après un long combat, que depuis la fin des années 1960 et qui est encore bien présente dans les esprits dans certains états des USA aujourd’hui. Ces lois pour les racistes américains ne nous concernent pas. Schoelcher était français, ne l’oublions pas.

              Pour moi, ce n’est pas si éloigné du débat sur Tintin au Congo. SI la colonisation était un sujet classé dans l’histoire du monde, et pas seulement celle de l’Europe, le débat et les plaintes n’auraient pas cours aujourd’hui. Sans encadrement, vu qu’il est impossible de toucher à Tintin (et tant mieux !), c’est le procès assuré pour une œuvre à portée mondiale.

              La colonisation s’inscrit dans l’histoire du monde. Tu te focalises sur la colonisation européenne voilà tout. Ceci n’explique pas pourquoi ceci ressort opportunément en 2010. Le Congo a une curieuse façon de fêter son indépendance. Cela pose questions. Je reviendrai sur le sujet de Tintin au Congo prochainement.

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              • Répondu par Appollo le 16 mai 2010 à  11:52 :

                "Ceci n’explique pas pourquoi ceci ressort opportunément en 2010. Le Congo a une curieuse façon de fêter son indépendance."

                Mais il ne semble pas que l’affaire "Tintin au Congo" ressorte "opportunément" cette année, si ? Le plaignant s’est manifesté depuis quelques années, il n’a pas attendu le cinquantenaire, si j’ai bien tout suivi. Et je ne crois pas que les autorités de la RDC se soient manifestées à ce sujet.
                La RDC va fêter son cinquantenaire sans d’animosité particulière envers la Belgique, le roi des Belges y est même convié (alors que Sarkozy ne s’est rendu et ne se rendra à aucune des manifestations concernant les anciennes colonies françaises).

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                • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 mai 2010 à  12:07 :

                  Le plaignant s’est manifesté depuis quelques années, il n’a pas attendu le cinquantenaire, si j’ai bien tout suivi.

                  2007 en ce qui concerne M. Mbutu. 2010 en ce qui concerne M. Okata qui est conseiller honoraire auprès du Ministère congolais des Affaires étrangères.La question reste entière et se politise curieusement à l’occasion du 50e anniversaire de l’Indépendance.

                  Ici en France ou en Belgique, nous ne savons pas qui représentent ces gens. La question est posée : si cet album est raciste, pourquoi l’état congolais ne se prononce-t-il pas sur le sujet ? C’est quand même son pays qui est signalé sur la couverture. Pourquoi sont-ce des (simples ?) citoyens qui financent cette procédure ?

                  Quels sont les vrais ressorts de cette affaire ? Le film de Spielberg, des intérêts politiques personnels ? Si oui, lesquels ?

                  La grande presse (TV, grands quotidiens) aime bien s’interroger sur cette affaire mais pas sur ceux qui en sont les acteurs et leurs motivations.

                  Ca vous dirait vous qui êtes étudiant ou, selon ce qu’on peut lire dans la presse, depuis 10 ans au chômage ou, dans le cas de M. Okata, un expert en relations internationales à la retraite, d’investir sur vos deniers personnels dans une procédure aussi peu assurée qui rebondit de mois en mois ? A qui profite la procédure ? Telle est la question.

                  Je vous rappelle que, parmi les premiers, ActuaBD a rencontré M. Mbutu..

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              • Répondu par S ; du aaablog le 16 mai 2010 à  14:04 :

                Didier,
                j’ai dû mal m’exprimer ou tu as dû mal me comprendre. Je ne suis certain que dans le cas du Lucky Luke, où modifications avérées il y a. C’est pour cela que je ne parle que de ce titre et de "tendance à". Achète en un et tu le constateras par toi même. J’ai très longuement parlé avec Olivier Cadic, PDG de Cinebook, et un peu avec Sophie Castille, à ce sujet. C’est des décisions qu’ils ont prises précisément pour ne pas rencontrer de résistance morale dans les pays anglo-saxons.

                Quand je parle de "discrétion", c’est précisément parce personne ou presque ne le sait. Même toi tu n’es pas au courant.

                Quand je parle de vérifier d’autres titres dans leur catalogue, je pense à des séries qui pourraient rencontrer le même type de traitement selon les critères anglo-saxons, tel Iznogood, car pour ma part j’ai exclusivement parlé de Lucky Luke avec eux (et des titres qu’ils ne peuvent pas éditer pour des raisons semblables).

                Quand à la validité ou non de ce traitement, je ne me permets pas de juger ici s’il s’agit d’un manque de respect ou non, je te laisse seul juge.

                Enfin, je ne me pique pas d’être un journaliste qui vérifie ces sources, je défends toujours, et au contraire, être essentiellement un critique qui parle des livres et des auteurs avec subjectivité. Je ne parle presque jamais du contexte ou de l’information, tel que ce peut être le cas ici. Lorsque j’en discute sur internet, c’est informel, avec fautes d’orthographe, en tant que S ; du aaablog. Néanmoins, mes dires tels que ceux sur Lucky Luke sont toujours vérifiées par moi-même. Dans le cas ici présent j’en ai très longuement discuté avec le très aimable Olivier Cadic que je te conseille d’interviewer officiellement. Il est brillant et cela ferait un papier à la fois différent et très informatif pour ce site. Ne serait ce que sur Tintin et des possibles problèmes à l’étranger, il en parlait lui-même bien avant la polémique m’avait t-il dit.

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                • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 mai 2010 à  18:35 :

                  Cher Stéphane, Peut-être t’ai-je mal compris. Mais ton message laissait entendre qu’il y a une politique, discrète mais délibérée de la part de Média-Participations pour censurer ses œuvres à l’étranger.

                  Qu’il y ait des "oublis commerciaux", c’est un fait. Par exemple -et c’est opportun de le rappeler ici, Tintin au Congo, comme les Soviets, ne figurent pas dans les <i<Tintin adaptés en dessins animés.

                  De même, En remontant le Mississipi n’a pas opportunément été mis en tête de liste. Inutile de taquiner la bête qui dort.

                  Mais tout ceci a été fait en accord avec les ayants droit et ne leur a été en aucun cas imposé. Les éditeurs étrangers sont un minimum responsables, quand même, et c’est surtout les raisons commerciales qui les motivent.

                  En ce qui concerne Lucky Luke, je viens de terminer justement le dossier introductif de En Remontant le Mississipi pour Atlas. C’est le seul titre qui pourrait poser problème, bien qu’il n’y ait rien qui, à mon sens, ait un caractère raciste.

                  Goscinny était un antiraciste affiché et lui comme Morris ont vécu aux États-Unis et ont tout le tact nécessaire pour traiter les Noirs avec l’égard qui leur revient. Chercher des noises racistes dans cette œuvre est un contresens.

                  Morris était furieux chaque fois que l’on tentait de le censurer. Pas qu’il n’était pas capable d’un dérapage, mais surtout parce que les arguments étaient cons. Il est allé avec Tillieux s’expliquer avec le censeur en chef de la commission de la Loi de 1949, M. Barberiche (authentique !). Mais Tillieux (ou Morris, pas le temps de vérifier), l’avouait lui-même : ils s’étaient enfilés quelques bières avant le rendez-vous pour se donner du courage et leurs arguments un peu éméchés n’ont pas beaucoup pesé face aux austères censeurs de la République.

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                  • Répondu par S ; du aaablog le 17 mai 2010 à  08:42 :

                    Non non Didier, aucun sous-entendu.
                    Je ne sais guère comment sont traités les contrats, et ce n’est pas ça que je voulais relever. La discrétion, c’est par rapport au public français, ou aux experts, que je l’entendais, en ce sens qu’aucun ne le sait vraiment.
                    Or dans un débat comme celui-ci, savoir que telle ou telle BD est modifiée pour répondre à des préoccupations morales, d’autant plus dans le domaine de la caricature des communautés(raciste ou au contraire),ça peut être éclairant. Tintin et les congolais / Lucky Luke et les indiens.

                    J’ai retrouvé une itv de Olivier Cadic sur le web dans laquelle justement il dit modifier certaines BD en fonction du marché (U.S.A, Angleterre, Indes...), avec l’accord des auteurs. Il serait intéressant de savoir lesquelles, en dehors de Lucky Luke, furent adaptées, et pourquoi ?

                    Bref, tout ça pour, en recentrant le débat, dire que Tintin, Lucky Luke, sont confrontés dans leur rayonnement mondial, à certaines limites dans le regard qu’elles portent sur certaines communautés.Un regard, une manière, un humour, typiquement français, qui ne passe pas, ou mal, certaines barrières culturelles, même lorsque cet humour et ce regard sont bienveillants.

                    Tintin, à l’époque en partie malveillant, est victime de ce décalage. Certains français le légitiment par son aspect historique et s’étonnent que dans certaines régions du monde, dans certaines communautés, il puisse encore relever d’une actualité et blesser.

                    Olivier Cadic est passionnant à ce sujet. Évidemment, je ne suis pas d’accord en tout avec lui, j’ai une préférence pour le respect des œuvres originales et je préférerais une préface. Néanmoins, il est bien plus expérimenté que moi dans le rapport aux cultures étrangères et son savoir en la matière est éclairant à entendre.
                    Cordialement

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  • Tintin et les murs peints au Congo
    13 mai 2010 00:11, par Patrick

    Il semblerait qu’au Congo même, certains Congolais parviennent à contextualiser l’oeuvre de Hergé, voire même à y trouver de l’humour. Voyez le blog d’Appollo, qui vit au Congo http://appollogue.blogspot.com/. Il y a ici des photos de murs peints, indéniablement de facture populaire. Cela ne semble pas gêner le moins du monde les habitants du lieu.

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    • Répondu par Riri Grosse Teigne le 13 mai 2010 à  09:06 :

      La culture c’est comme la confiture : les "Lettres persanes" sont de Montesquieu, mais c’est bien aussi de les avoir attribuées à Diderot : ça faisait un joli nom à citer. Peu importe finalement que ce ne soit pas à bon escient, ça donnait à la conversation un vernis brillant. Et le vernis, faut jamais le gratter, donc tout va bien !

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 mai 2010 à  14:17 :

        Oh ! Vous avez raison ! Heureusement que j’ai bien attribué Tintin au Congo à Hergé, sinon mon vernis en aurait pris un sacré coup ! ;)

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