Angoulême 2012 : Erik Arnoux : "Pourquoi je ne vais pas à Angoulême"

16 janvier 2012 22 commentaires

Membre pendant neuf ans du jury de la Caisse d’Epargne pour le concours de la BD scolaire, Erik Arnoux (Sarah Lone, Poker face, Timon, Celadon Run...) a décidé de ne pas venir à Angoulême cette année, alors qu’il y est invité. "Je n’irai plus du tout, d’ailleurs" précise-t-il sur son blog.

Parmi les arguments avancés, on dénombre :

Angoulême 2012 : Erik Arnoux : "Pourquoi je ne vais pas à Angoulême" Le sentiment de se retrouver esclave d’un système obligé de dédicaces en batterie sans contrepartie financière : "...je ne veux plus jamais me retrouver dans la posture habituelle de l’auteur corvéable à merci, trainé en navette pour dédicacer à la chaine des bouquins sur lesquels on ne touche pas un rond, puisqu’on est tous payés quasiment en avance sur droits désormais et qu’en dédicacer un ou mille ne change rien au destin des livres."

- L’impression que cette "invitation" est un leurre : "... ce festival n’a pas d’attrait pour 95% des auteurs qui sont pourtant flattés quand on les invite, parce qu’on leur propose ça comme si c’était un cadeau, une reconnaissance illusoire."

- Le manque de considération et de confort de la prestation : "Comme d’habitude, les centaines d’auteurs sans qui ce festival ne serait rien, (pour qui viennent les visiteurs ?) ne touchent pas un rond alors que le prix des entrées est prohibitif, ne sont pas rémunérés pour leur prestation mais doivent dire merci d’être logés dans des hôtels dortoirs, et de bouffer dans les réfectoires bruyants du Mercure... Une semaine pour s’en remettre."

L’auteur conclut qu’il préfère les petits festivals à l’événement angoumoisin : "...je préfèrerai toujours aller à la Seyne sur Mer ou à Nîmes en juin qu’aller en Charente fin janvier."

DP

Voir en ligne : Le blog d’Erik Arnoux

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22 Messages :
  • Sur le fond, par rapport au festival d’Angoulême, cet auteur a raison. Personnellement, ce festival me fait vomir et je n’y mettrai plus les pieds ni en tant que passionné de BD ni en tant qu’auteur ni en tant qu’éditeur.
    Sur la forme, il faut faire attention à ce que l’on dit.
    Vendre quelques dizaines d’albums de plus, payés en avance ou pas, ce n’est pas rien. à l’heure où la plupart des auteurs crèvent la faim et ne vendent plus rien, c’est assez maladroit de se vanter de n’avoir rien à fiche des ventes.
    De plus, si un auteur n’a plus envie de rencontrer son public, certes qu’en grand festival, il faut qu’il change de métier. OK Angoulême, c’est l’abattage etc mais parmi ceux qui viennent il y a encore des amateurs sincères de BD qui sont contents de voir leurs auteurs et d’avoir une dédicace et qui, accessoirement, le font vivre.
    Attention à rester correct vis à vis d’eux et de la profession. merci

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    • Répondu par Auteur lambda dégoutté le 16 janvier 2012 à  12:48 :

      Le FIBD sans les auteurs, c’est ... rien, il n’existe pas ! Arnoux a tout à fait raison
      ce ne sont que des auteurs signant " en batterie" et le principe des avances sur droit fait que 150 ou 200 albums signés ne changeront rien aux revenus de l’auteur dans 95% des cas, ( et ce n’est pas se "moquer des ventes, là " De plus, si ce n’est que les auteurs font des journées de +8h, non stop crayon en main, sans presque pouvoir assouvir leurs besoins naturels, ou une simple cigarette sans se faire vertement réprimander parcequ’un client a été "raté. Si on rajoute les frais de route A/R, essence, péage, même partagé à 3 auteurs en co-voiturage, celà avait transformé notre joie pour un 1er FIBD en la pire expérience qui soit + fatigue totale et d’en être de notre poche à la sortie !

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      • Répondu par Camille le 16 janvier 2012 à  17:22 :

        et pourquoi n’avez vous pas demandé les frais en train comme la plupart des auteurs ??

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    • Répondu le 16 janvier 2012 à  13:06 :

      Chère Anne onyme ,quand certains éditeurs t’enchainent à ta table le corps en laisse ,du matin au soir ,à signer sans même un break ,il est ou le respect ,de quel coté ? Sommes nous des veaux ?

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      • Répondu par Camille le 16 janvier 2012 à  17:34 :

        C’est à toi de te respecter d’abord si tu veux que les autres te respectent. C’est sur que si tu dis "oui" à tout, on ne va pas te respecter. Tu as le choix ou les editeurs te menacent ??

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    • Répondu le 16 janvier 2012 à  13:11 :

      quelques dizaines d’albums en plus sur lesquels il ne touchera rien parce que payé en avances sur droits, et qu’ilo sait d’expérience que ses revenus liés aux albums ne dépassent pas les avances sur droit...
      cela fait un gros investissement en temps en et argent (tous les faux frais...) pour ne rien gagner de plus.

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    • Répondu le 16 janvier 2012 à  13:56 :

      si un auteur n’a plus envie de rencontrer son public, certes qu’en grand festival, il faut qu’il change de métier.

      Etes vous auteur, vous même pour proférer un tel jugement ? Changer de job car le gars n’a plus envie d’aller travailler gratuitement ( et oui c’est pas payé, pourtant c’est fatiguant ) à la rencontre de son public ?? Perso, mon public peut dialoguer avec moi sans problème sur twiter, ou facebook ou mon blog. Un humoriste très connu a été invité par mon frère pour un anniversaire, sa prestation d’une heure n’a pas été gratuite pour autant, malgré qu’ils se connaissent de très longue date, pourquoi un auteur Bd agirait il différemment ?

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      • Répondu par a le 16 janvier 2012 à  18:20 :

        "Un humoriste très connu a été invité par mon frère pour un anniversaire, sa prestation d’une heure n’a pas été gratuite pour autant, malgré qu’ils se connaissent de très longue date, pourquoi un auteur Bd agirait il différemment ?"

        Parce qu’il aime son public sans qui il ne serait rien et qu’il n’est pas un rapiat qui ne pense qu’au fric ?
        On dirait que les auteurs de nos jours ne sont rien de plus que des businessmen.
        Et puis, pour ce qui est des dédicaces à la chaîne, personne ne vous force à dessiner des fresques non plus. Un petit dessin vite fait au feutre, c’est suffisant.
        Quand on choisit un métier, on fait pas toujours ce qu’on veut. Il faut pas demander le beurre et l’argent du beurre.
        Et même si votre travail est difficile, tâchez de comprendre que c’est difficile à percevoir pour l’ouvrier de base qui lit vos bds et qui aimerait bien lui aussi voyager et être nourri-logé gratuitement.

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        • Répondu le 16 janvier 2012 à  19:24 :

          On t’a reconnu Mélanchon !

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        • Répondu par Bert le 16 janvier 2012 à  19:25 :

          qui aimerait bien lui aussi voyager et être nourri-logé gratuitement.

          Si on reste chez soi, on est aussi logé et nourri (et on dort mieux dans son lit), si le voyage c’est ne rien voir d’autre que sa table et l’album qu’on doit dédicacer, autant rester chez soi en famille.

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          • Répondu par JB le 17 janvier 2012 à  09:53 :

            Nourri logé à Angoulème ? Après 10 h de train j’ai été accueilli par mon éditeur qui m’a glorieusement tendu 10 euros, tiens va t’acheter un hot dog, qui ne m’a plus capté pendant tout le séjour, juste pour nous dire toutes les 5 minutes comme un entraineur de foot, faut signer les gars, faut signer, j’ai du passer au total 20 h à la table, et d’angoulème je n’ai vu... que ma table !! Voir les autres stand, pas le temps, discuter avec d’autres auteurs, pas le temps, voir d’autres dir de coll ou éditeur, interdit, pas quitter le stand. Bref, dégoutté et déçu. Fini !

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        • Répondu le 16 janvier 2012 à  19:48 :

          Beaucoup d’auteurs de BD, aujourd’hui, aimeraient avoir le salaire de cet ouvrier : au moins un SMIG...

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          • Répondu par Sylv1 le 17 janvier 2012 à  16:30 :

            Bcp d’auteurs ont un demi smic, voire moins, l’autre fois, en discutant, à l’heure, nos revenus, à 4 auteurs s’échelonnaient entre, 2,81 euros de l’heure pour le plus lent, à 5,43 euros pour le plus rapide ! Ceci calculé en avance sur droits et au temps passé compté au jour le jour sur les albums ( esquisse, dessin, encrage et couleur ) . Après, nous mettre le salaire d’un ouvrier en exemple, cela fait assez mal je pense, car en sus, le chomage n’existe pas pour notre métier, et un album ou une série peut être stoppée sans préavis, donc même l’ouvrier lambda, vous savez qu’on l’envie parfois...

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        • Répondu par Erik A. le 16 janvier 2012 à  20:09 :

          "un petit dessin fait au feutre, c’est suffisant" ? Tiens donc... Je doute que les gens qui sont dans les files d’attente partagent vraiment cet avis, mais vous avez raison, sur le fond...

          Il y a eu une surenchère et nous faisons aujourd’hui parfois des dessins bien trop travaillés, sans doute. je revois encore Tibet ou de Martin interloqués venir me dire lors d’un de mes premiers festivals que c’était bien trop chiadé, ces dessins au feutre et en couleur là où eux faisaient un profil au crayon. Après tout l’essentiel devrait être la rencontre entre auteur et lecteur, pas l’obligation de dessiner une case de plus avec le même soin qu’on a apporté au 450 qui sont dans l’album...

          On ne reviendra pas en arrière, il faut y prendre plaisir aussi. Je parle pour moi.

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        • Répondu par christophe le 16 janvier 2012 à  21:58 :

          enfin bon, tout le monde ne s’appelle pas Trondheim ou bien Boulet à être invité à la Réunion, Tahiti, Nouvelle Calédonie....Ah c’est sur que c’est toujours les mêmes que l’on voit dans ces petits salon, ultra private...

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    • Répondu le 16 janvier 2012 à  17:08 :

      "accessoirement"
      C’est rien de le dire !

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  • Au moins ce billet met en évidence que les principaux moteurs de cette foire sont de loin les plus mal lotis aussi. Des sommes astronomiques sont brassées par X ou Y et les principaux artisans de l’évènement sont carrément oubliés !
    Y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de Charente !!!

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  • Houla, cher Didier, je n’avais pas écrit ce billet perso sur un blog qui existe depuis 6 ans pour me mettre en avant ici de cette façon, j’aurais préféré parler de mes projets, du tome 2 de Poker Face qui sort dans une semaine et je ne pensais pas que le blog était décortiqué par ActuaBD, qui avait censuré il y a peu un commentaire de ma part précisément sur le même sujet, peu ou prou.

    Mais puisque c’est fait, après tout, pourquoi pas ?
    J’assume. Je ne suis pas du tout un auteur "essentiel" et ce que je dis n’est jamais que mon opinion, en n’engageant que moi. Si c’est partagé, tant mieux...

    Je précise donc quand même que je n’ai JAMAIS fait partie du jury de mes amis de la Caisse d’Épargne, mais que j’ai assuré pour eux sous leur houlette et en compagnie de quelques collègues l’animation de leur Espace (stand), avec un programme conçu pour mettre en avant notre boulot d’auteurs en public : en interviewant des acteurs divers de notre profession venus d’un peu toutes les maisons entre 2000 et 2008. C’est un très bon souvenir, passionnant à vivre et qui m’a beaucoup apporté humainement.

    Mais c’est fini.

    Je n’ai évoqué ce qui est repris ici en partie que pour rebondir sur l’envie (ou non) d’un auteur moyen d’aller en Charente fin janvier, un gars qui préfère juste les petits festivals à taille humaine à un Barnum dont les motivations lui échappent souvent, comme d’ailleurs la manne qui y est brassée.

    On dépense beaucoup pour la BD, mais les acteurs essentiels, les auteurs, (ben oui...) viennent faire leur prestation à l’œil. Et ça fait des années que ça me choque, sans que de toute façon ça ne change quoi que soit.

    J’ai le choix. Personne ne m’a jamais contraint à y aller, Jacques Glénat m’y a accueilli dès 86 et nous traitait plutôt bien. Quand à la CNCE, c’était royal... Merci à eux.

    Alors oui, j’ai juste poliment refusé une invitation en 2012 pour ces raisons-là et d’autres, d’organisation domestique d’ordre plus... privé et j’en parle à ceux de mes amis qui me font la gentillesse de suivre mes humeurs sur mon blog.

    C’est pas bien important, pas de quoi lancer une polémique, un tas de jeunes gens seront ravis eux de rencontrer leur public et vivre le truc à leur aune...

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  • Ouais les auteurs sont trop considéré comme des vaches à lait. Je souhaite sincerement que l’avenement du livre numérique et de l’auto-édition numérique puisse les aider à être + libres, mieux rémunérés...

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    • Répondu le 16 janvier 2012 à  22:01 :

      Je souhaite sincerement que l’avenement du livre numérique et de l’auto-édition numérique puisse les aider à être + libres, mieux rémunérés...

      Le souhait est joli, mais c’est l’inverse qui risque d’arriver, moins libre (les plateformes ont déja montré leur désir de censure, et c’est elles qui imposent le prix de ventes) et moins rémunéré (pourcentage ridicule sur un prix encore plus ridicule).

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  • Angoulême 2012 : Erik Arnoux : "Pourquoi je ne vais pas à Angoulême"
    16 janvier 2012 22:12, par FrédÃÂric

    Peut-on rajouter qu’il est dangereux de cotoyer son éditeur quelques jours, si celui-ci ne vous trouve pas sympa, il peut ne plus vouloir vous éditer (c’est arrivé à un copain).

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    • Répondu le 17 janvier 2012 à  10:55 :

      Exact ! Moi j’ai un copain qui s’est fait virer parcequ’il avait confondu le verre à vin avec le verre à eau.
      Non, mais il faut arrêter de raconter n’importe quoi.
      Je suis moi-même auteur, et je peux vous assurer qu’un éditeur digne de ce nom se base sur des éléments beaucoup plus concrets que ça.Quand il fait un bilan comptable d’une série et qu’il est positif, (soit en terme de bénéfice financier, soit en terme d’image) il la garde quoiqu’il arrive.
      Le côté sympa, pas sympa ne rentre JAMAIS en ligne de compte, à part dans les fantasmes de quelques-uns.

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