Angoulême 2020 : l’événement Claveloux

3 février 2020 0 commentaire

Elle a été distinguée deux fois lors de la dernière cérémonie d’Angoulême : avec un fauve d’honneur d’abord, avec le Fauve du patrimoine ensuite. Mais c’est plutôt son exposition à l’Hôtel Saint-Simon d’Angoulême qui a fait l’événement : une rétrospective, « Quand Okapi rencontre Métal Hurlant », qui a enthousiasmé tous les visiteurs présents qui ont dû se demander pourquoi il a fallu 2020 et ses 80 printemps pour lui donner la consécration qu’elle mérite.

Sur ActuaBD, notre chroniqueur Thomas Bernard avait longuement expliqué la genèse de cette exposition conçue par Jeanne Puchol et Jean-Marc Lonjon à l’occasion de la réédition de ses principales œuvres sous le label des éditions Cornélius : «  À 80 ans, écrivait-il, Nicole Claveloux est surtout connue pour ses sulfureuses publications pour la jeunesse dont certaines pages distillent encore dans nos mémoires un délicieux poison, mélange de fantaisie et de mauvais esprit qui, faute d’être létal, a rendu addict de nombreuses générations. Ce que le grand public sait moins, c’est qu’elle est l’une des autrices de bande dessinée les plus novatrices de sa génération et qu’elle fut de toutes les aventures éditoriales d’avant-garde qui comptent à nos yeux : "Charlie Mensuel", "Métal Hurlant" et "Ah ! Nana", première revue française de bande dessinée féministe. »

Angoulême 2020 : l'événement Claveloux
Jeanne Puchol et Jean-Marc Lonjon, les commissaires de l’exposition
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Le travail de Nicole Claveloux ne nous avait évidemment pas échappé, depuis longtemps : l’originalité de sa chromatique, son univers baroque et lyrique qui la rapproche du travail de Calvo exposé au même moment de l’autre côté de la Charente, la minutie de son travail dont le trait s’apparente, quand elle travaille au trait, à une gravure de pointe sèche et que Moebius a dû regarder de près, son travail des couleurs lumineuses soigneusement polies à l’aérographe. Mais nous ignorions son travail pictural ou les dessins un peu lestes de son cabinet secret.

Photo : Cédric Munsch
Photo : Cédric Munsch
Photo : Cédric Munsch

Très vite à Angoulême, le bouche à oreille fit son œuvre : en deux jours, la file s’allongea jusque dans la rue et chacun en revenait émerveillé. Pas seulement en raison de la profusion des œuvres exposées (la principale pièce en était remplie jusqu’à la gueule), mais pour la diversité de ses techniques : trait, gouache, aquarelle, huile… et pour la liberté débridée de son imagination. Ce qui achevait de séduire, c’était la pertinence de la scénographie et la grande précision technique des cartels. Merci aux commissaires !

Notre regret : qu’il n’y ait pas eu de catalogue et que l’exposition s’achève au lendemain du festival. Responsable de la programmation de musées, galeries et lieux d’art qui nous lisez, remettez Claveloux en lumière, ce sera une belle et bonne action !

DP

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