Anne Herbauts, une autrice de BD devenue magicienne du livre pour enfant

19 décembre 2020 1 commentaire

Après avoir fait trois albums pour Actes-Sud / L’An 2 entre 2002 et 2005 dans un registre "arty", la dessinatrice belge Anne Herbauts, multi-primée dans les festivals du livre jeunesse, un genre où elle s’accomplit pleinement, publie son nouvel album pour enfants intitulé “Ni l’un ni l’autre”. Rapide rencontre.

Vous venez de publier un nouveau livre jeunesse. Quelle en est la thématique ?

Anne Herbauts : J’essaie d’aborder avec un peu d’humour la question de l’autonomie de l’enfant, afin qu’il s’affirme en tant que personne. J’aborde cette thématique de la construction de l’identité de l’enfant avec beaucoup de nuances et de tendresse. C’est la raison pour laquelle je représente toutes ces boules de couleurs qui illustrent justement ces nuances. L’enfant hérite des caractéristiques de ses parents mais il a sa propre personnalité. Je me penche aussi sur l’habitude que nous avons à donner des petits surnoms affectifs à nos enfants. Ce sont des marques d’affection et moi-même, je le fais avec mon enfant. Peut-être qu’inconsciemment, je souhaite que celui-ci ne grandisse pas trop vite...

Comment est né ce livre ?

Il y a souvent plusieurs choses qui se mêlent. Déjà, il y a l’expression “ni l’un ni l’autre” que j’aime beaucoup. Je savais que je m’en servirais comme titre car il dit beaucoup de choses et il correspond bien à la thématique du livre. L’enfant n’est ni son père ni sa mère, il est tout simplement lui-même.

Vous dites que vous « fabriquez » des livres plutôt que de les écrire. Vous pensez l’ouvrage avant tout comme un objet ?

Je réalise en moyenne deux à quatre livres par an. Je n’ai pas vraiment de méthode, j’ai beaucoup d’idées de livres en maturation. Cela peut prendre plusieurs mois mais dès que je le sens, je passe à la création proprement dite et là, ça va très vite. Ma difficulté principale est de synthétiser mes idées car j’en ai beaucoup. Si je devais les placer toutes, la lecture risquerait d’être moins fluide. Je passe donc beaucoup de temps à élaguer pour obtenir le bon résultat (rires).

Anne Herbauts, une autrice de BD devenue magicienne du livre pour enfant
Ni l’un ni l’autre
Anne Herbauts © Casterman

Vous veniez de la BD et vous êtes passé au livre jeunesse ?

Pour moi, l’album jeunesse possède une écriture très particulière lorsqu’on le compare à la BD. La BD est basée sur un système tabulaire avec une narration par cases, tandis que dans le livre jeunesse, l’organisation entre l’image et le texte est vraiment différente. On peut avoir des livres avec beaucoup de texte et peu d’images et inversément. Pour moi, l’image fait entièrement partie de l’écriture du livre jeunesse.

Je conçois les livres comme un tout mais il faut qu’il y ait des entrées pour le lecteur. Dans le livre jeunesse, il faut garder à l’esprit qu’il y a souvent deux lecteurs en même temps durant la lecture : il y a d’une part l’enfant et, très souvent, il y a une autre personne beaucoup plus âgée qui lui fait la lecture. Ce qui implique qu’il faut que la narration soit fluide pour ces deux types de lecteurs qui sont très différents. Ce qui signifie aussi qu’il ne faut pas utiliser des mots trop alambiqués car l’enfant risque d’être perdu.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

Acheter cet album sur BD Fugue, FNAC, Amazon.

Voir en ligne : Découvrez les livres d’Anne Herbauts sur le site des éditions Casterman

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
1 Message :
  • Très bonne interview d’une grande autrice.
    De plus, elle donne une indication très intéressante du livre d’illustration par rapport à la BD et, par extension, par rapport à d’autres médias (où le rapport texte/image est travaillé)
    On peut ainsi extrapoler :

    La BD, un lecteur.
    L’illustration deux lecteurs (ou un ou trois...).
    Le jeu vidéo un, ou deux, trois, quatre, cinq... joueurs.
    La télévision un spectateur ou deux ou des amis ou une famille.
    Le cinéma, une salle avec un certain nombre de spectateurs.

    Ce comptage du ou des lecteurs (ou spectateurs) a une influence énorme sur la forme du média. Car on n’organise pas la narration et la présentation de la même manière suivant qu’on s’adresse à un singulier ou à un pluriel, à une intimité ou à une exposition.
    Cette attention à l’auditoire usuel est une très bonne base pour tenter de définir la spécificité de chaque forme d’art.
    Je remercie Anne Herbauts d’avoir donné une information en ce sens.

    Répondre à ce message